Afrique: Mandature de la RDC à l'UA - L'année culturelle lancée avec « Une saison au Congo », un choix significatif

Organisée autour de la représentation de la pièce cinquantenaire d'Aimé Césaire offerte par le Théâtre national au Palais du Peuple, la soirée du 27 février a marqué l'ouverture solennelle des activités culturelles qui émailleront l'année de la présidence de Félix-Antoine Tshisekedi placée sous le signe de la culture.

Comme souligné par le Pr Isidore Ndaywel è Nziem à la conférence de presse tenue au Musée national à quelques heures de la cérémonie, soit le 25 février, c'est suivant l'esprit de sa mandature que le chef de l'État a procédé à son ouverture samedi. Il en sera de même pour les activités à venir qui surferont sur le thème central « Arts, culture et patrimoine, leviers pour l'édification de l'Afrique que nous voulons ».

Mise en scène par Viminde Segbia, Une saison au Congo, était l'un des trois temps forts, plutôt l'événement de la soirée, à l'instar de l'adresse du président et de l'interprétation de l'hymne de l'Union africaine en français, lingala et swahili. Une innovation de l'Institut national des arts (INA) qui, de cette manière, a voulu donner une coloration plus congolaise à la cérémonie que le spectacle, à savoir la représentation du Théâtre national abordant le grand classique de feu Aimé Césaire, avait illuminé. Quoiqu'interrompue pour des raisons protocolaires, la pièce joué avait déjà conquis l'assistance conviée à la manifestation d'ouverture.

Le commentaire livré par le directeur général de l'INA, ayant pris part à ce moment inédit concocté par le Panel d'accompagnement de la mandature de la RDC à la présidence de l'UA, en donne un bel aperçu. Le metteur en scène, soutient le Pr Yoka Lye Mudaba, « a pris le parti de ce Lumumba humain mais subliminal et pathétique ». Ce faisant, nous renseigne-t-il, Viminde Segbia « a en partie respecté les ambiances festives et électrisées des bars de Léopoldville telles que décrites déjà chez l'auteur (l'auteur déroule ces scènes "d'ambiance" à volonté à chaque acte...).

Néanmoins, de l'avis du dramaturge qu'il est, le Pr Yoka rassure : « Il y a là aucun débordement trivial ; bien au contraire, comme chez Césaire, les femmes qui entourent Lumumba dans le spectacle sont l'image de la popularité du leader auprès des catégories sociales d'en-bas" ». C'est donc avec toute la symbolique de cette réalité d'autrefois que Césaire a construit son Lumumba. Un personnage de fiction certes, mais non dénaturé, comme l'a d'ailleurs affirmé le Pr Yoka : « Lumumba a été un être de chair et de sang, avec ses faiblesses mais surtout son énergie vitale exceptionnelle. C'est en cela que se situe le pathétique ». L'homme de théâtre a regretté l'interruption d'Une saison au Congo, nous l'avons dit pour des raisons protocolaires, qui a empêché l'assistance de découvrir davantage. Dans la suite de la création, avise-t-il, elle aurait été face à « un Lumumba en ascension et en transfiguration mentales et idéologiques culminantes, jusqu'au sacrifice suprême ».

Aimé Césaire, auteur choisi à dessein

Choix fait à dessein pour marquer l'ouverture de l'année de présidence de la RDC à l'UA, Une saison au Congo porte sur la tragédie de la décolonisation. Commentant ce grand classique de la littérature africaine le Pr Ndaywel s'appesantit sur le fait qu'il la dépeint à partir du récit de la vie « d'une figure panafricaine, mais d'abord congolaise, en l'occurrence Patrice Emery Lumumba ». Le grand historien qui offre son expertise au volet culturel de cette mandature congolaise a souligné la grande pertinence de cette pièce, savoir qu'il y est question « d'une tragédie loin d'être unique en son genre, étant considéré comme l'une des grandes crises dans le monde noir. Plusieurs crises s'y sont déroulées sous cette forme ».

Pour le Pr Ndaywel, inclure l'œuvre d'Aimé Césaire dans le contexte de la mandature est d'autant plus légitime que le défunt auteur est tenu pour l'un des grands de la littérature négro-africaine. « Fondateur de La négritude avec Léopold S. Senghor et Léon Gontran Damas, du mouvement de la prise de conscience noire, Aimé Césaire c'est aussi un représentant des afro-descendants », a soutenu l'historien. Et de poursuivre : « Le fait que la pièce soit d'Aimé Césaire est un rapprochement, comme le fait l'Union africaine auprès des afro-descendants, estimant que l'Afrique est composé de six régions. Savoir, l'Afrique Centrale et du Sud, le Nord, l'Est, l'Ouest et la diaspora. Mais la diaspora non pas au sens où nous l'entendons, mais la grande diaspora composée des afro-descendants, notamment les Africains des Amériques et des Antilles ». Dans l'entendement de l'historien, aborder l'œuvre d'Aimé Césaire, « c'est une convocation autour des afro-descendants ».

Et de conclure à cet effet : « Aimé Césaire a deux intuitions particulières qui reviennent fréquemment. C'est d'abord celle d'un littéraire qui s'intéresse à l'histoire. Il a dès lors énormément écrit sur des questions historiques dont le livre sur Toussaint Louverture. Et toutes ses pièces de théâtre portent sur des drames historiques que ce soit Et les chiens se taisaient (1956), La tragédie du Roi Christophe (1963), Une saison au Congo (1966 et 1967) ou Une tempête. Ses écrits portent toujours sur le drame du monde noir représenté par une figure de proue qui a essayé de le conduire vers un progrès ».

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