Sénégal: Maïssa Mahécor Diouf, Dg Safru sur les 100000 logements - « En plus du foncier, l'État va injecter 55 milliards FCfa cette année » :

interview

Très attaché à la réussite du programme des 100 000 logements sociaux, le Président de la République a récemment organisé une réunion avec les différents acteurs pour accélérer le processus. Dans cet entretien, le Directeur général de la Société d'aménagement foncier et de rénovation urbaine (Safru Sa), Maïssa Mahecor Diouf, fait le point sur l'état d'avancement des opérations d'aménagement, la question du financement, la place des privés nationaux...

Pouvez-vous revenir sur les missions de la Société d'aménagement foncier et de rénovation urbaine (Safru-Sa) ?

Au Sénégal, plusieurs politiques relatives à l'habitat social ont été mises en œuvre sans réussir à résorber le gap entre l'offre et la demande de logements. C'est ainsi que, de plus en plus, on assiste à une évolution exponentielle de la demande. D'où la nécessité de mettre en place un programme novateur qui garantit l'accès équitable au logement dans un cadre aménagé. La mission de la Safru est donc de contribuer à la réduction du coût du logement social en rendant disponible un foncier aménagé à mettre à la disposition des promoteurs publics ou privés qui pourront ainsi proposer des logements à des coûts accessibles aux populations. Dans ce cadre, la Safru, qui s'est vu confier l'aménagement du pôle urbain de Daga Kholpa, est aussi compétent pour intervenir dans l'aménagement de sites que nous appelons sites hors pôles appartenant à des promoteurs publics ou privés.

Le programme suscite beaucoup d'espoir chez les populations. Où en êtes-vous avec les opérations d'aménagement ?

Aujourd'hui le projet est dans sa phase active d'opérationnalisation articulée aux deux approches adoptées. Il y a d'abord une approche hors pôle qui permet de donner au projet une envergure nationale, en conformité avec le Plan national d'aménagement et de développement territorial (Pnadt) qui prône la promotion des métropoles d'équilibre. À cet effet, sont déjà identifiés les sites et les promoteurs pour la mise en œuvre d'une phase d'urgence devant nous permettre de réaliser 10.067 logements sur 285 ha repartis entre Bambilor, Lac rose, Fatick, Kaolack, Diass, Kébémer, Sandiara, Podor, Tivaouane, Thiès, Bakel, entre autres. Le démarrage des travaux de Voirie, réseaux, divers (Vrd) se fera sans délais dès que la consolidation, en cours, des différentes études sera finalisée. Il y a, ensuite, une approche pôle qui va faciliter l'atteinte de notre vitesse de croisière avec le développement du Pôle urbain de Daga Kholpa assis sur plus de 2000 ha. En 2021, le focus sera mis sur le début de l'aménagement d'une zone prioritaire de 400 ha après le paiement des impenses et la prise de possession du site, en relation avec les commissions départementales d'évaluation des impenses de Rufisque et de Mbour.

Les aménagements nécessitent beaucoup de moyens, comment les financez-vous ?

À ce jour, outre le foncier offert gratuitement, l'État va injecter, cette année, près de 55 milliards de FCfa pour prendre en charge les travaux de Voirie, réseaux, divers (Vrd) dans la phase d'urgence à travers la Safru. Nous sortons d'une réunion présidentielle sur le financement du logement présidée par le Chef de l'État. Outre la Bceao et les banques commerciales, tous les instruments publics (Cdc, Ipres, Css, Bnde, Bhs, Fhs, etc.) se sont engagés à accompagner le financement du programme à travers des mécanismes innovants qui seront stabilisés par la commission interministérielle sur le logement installée dans ce sens. À Daga Kholpa, la Safru Sa, par le mécanisme de la valorisation foncière, pourra générer des ressources propres et assurer la pérennisation des programmes d'aménagement à travers des outils et modèles économiques et financiers.

Est-ce que les promoteurs privés ont été impliqués ?

La mise en œuvre du projet 100 000 logements doit se faire sur du foncier appartenant à l'État. L'identification des sites devant abriter les logements est en cours, mais est confrontée à des difficultés de prise de possession et d'immatriculation. En attendant l'opérationnalisation des pôles urbains et la prise de possession des sites situés dans les pôles, l'État du Sénégal a fait appel aux promoteurs privés et publics disposant d'un foncier sécurisé (bail ou titre foncier). Le choix de ces promoteurs est basé sur des critères comme la disposition d'un foncier sécurisé, l'expérience dans la réalisation de programme immobilier, la capacité financière permettant la réalisation du programme. Et, vu le niveau d'investissement et de marketing que requiert la réalisation des logements, la place des promoteurs privés est centrale pour une bonne réussite du projet.

À terme, à combien devrait s'élever le prix du logement pour le Sénégalais ?

C'est un programme qui devrait permettre à de nombreux Sénégalais, d'ici et de la diaspora, à revenus faibles ou irréguliers, de bénéficier d'un logement décent dans un cadre aménagé à 12 millions de FCfa. À terme, il participera considérablement à la correction des déséquilibres territoriaux en érigeant le secteur de l'habitat au cœur du Pap2a (Plan d'actions prioritaires ajusté et accéléré). Il va également contribuer au renforcement des métropoles d'équilibre, au développement de nouvelles zones d'activités, avec une bonne maîtrise de l'urbanisation à travers des cités plus sûres, plus conviviales et attractives, intégrant les dimensions sociales, culturelles, environnementales et économiques. Par ailleurs, l'écosystème de la construction va contribuer à l'industrialisation de la production et intensifier la main-d'œuvre. D'après nos projections, le programme des 100 000 logements va générer environ 634 000 emplois sur cinq ans et relever considérablement le niveau de vies des populations. Propos recueillis par Oumar FÉDIOR

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