Ile Maurice: Gestion de nos déchets ménagers - BEM recycling dépollue et recycle nos appareils

Un téléviseur qui tombe en panne, un ordinateur qui ne fonctionne plus, un réfrigérateur qui a fait son temps ou encore un vieux téléphone portable qui tombe et qui se casse... Nous avons tous été au moins une fois confrontés à l'une de ces situations. Mais la question est, que se passe-t-il ensuite ?

SI certains entassent les équipements électriques et électroniques (EEE) usagés dans un coin chez eux, il faut savoir que beaucoup s'en débarrassent en les déposant sur un trottoir, dans l'attente du passage des camions à ordures ou en les jetant sur des terrains abandonnés. Est-ce la solution ?

Pourquoi ne faut-il pas déposer ses EEE devant sur le trottoir ou les jeter n'importe où ? Prenons l'exemple des réfrigérateurs. Il faut savoir que nos frigos sont composés d'une flopée de composants, plastique, verre et de tout un tas de fils électriques qui contiennent du cuivre.

Un réfrigérateur abandonné n'importe où est une source puissante de pollution pour le sol. Cependant, le laisser sur le trottoir n'est pas une solution non plus, car une démarche qui favorise le commerce parallèle de métaux entre autres. C'est prendre le risque que l'appareil se retrouve entre les mains d'individus peu scrupuleux, dépourvus des qualifications pour manipuler certains composants susceptibles de libérer des gaz nocifs pour la couche d'ozone.

En effet, les déchets d'équipements électriques et électroniques (DEEE ou D3E) sont reconnus comme étant dangereux. D'ailleurs, de nombreux pays ont adopté des procédures de recyclage et de traitement spécifique obligatoires. Pour une gestion convenable de nos DEEE, la solution est de faire appel aux services d'une entreprise de recyclage.

BEM recycling est l'un des spécialistes de traitements des DEEE. Située à la Chaumière Branch Road, St-Martin, à Petite-Rivière, BEM recycling est une entreprise familiale très investie dans la protection de l'environnement. Depuis 19 ans, elle est spécialisée dans la collecte, la valorisation et l'élimination des DEEE.

Ainsi, les EEE qu'ils collectent subissent un processus complexe de dépollution, de compression, broyage, traitements spécifiques entre autres, avant d'être utilisés dans la fabrication de nouveaux produits.

Nous avons rencontré Thierry Malabar, chargé de projet de l'entreprise

Quel est votre constat concernant la gestion générale des DEEE à Maurice ?

Cela fait 19 ans que nous existons. Malgré toutes ces années, nous constatons que le problème de la gestion des DEEE est loin d'être réglé dans le pays. Il y a encore tellement à faire... Parvenir à changer les habitudes et faire évoluer les mentalités est un travail de longue haleine qui demande énormément de temps. Malgré l'état d'urgence climatique, beaucoup continuent de négliger les EEE. Il n'y a qu'à visiter certains coins de l'île pour le constater. Des machines à laver usagers, des fours, des réfrigérateurs, entre autres, sont jetés dans les rues ou en pleine nature sur des terrains vagues. Malheureusement, nous ne pouvons récupérer ce matériel parce que contaminé et encore plus dangereux à manipuler. Même s'il reste énormément à faire, et que notre métier présente encore des incompréhensions, nous gardons espoir parce que nous constatons que de plus en plus de Mauriciens nous contactent avec l'envie d'adopter un comportement responsable.

Des incompréhensions ?

La sensibilisation est un processus qui occupe une place importante dans notre métier et qui prend beau- coup de notre temps. Par exemple, il faut savoir que nos services sont payants, un point que nous devons expliquer à chaque personne qui nous contacte, pourquoi nous existons et pourquoi il est important de nous faire confiance. Beaucoup ne savent pas en quoi consiste la dépollution d'un appareil électroménager. Ils ignorent que c'est un processus complexe et dangereux qui implique la manipulation de substances toxiques, et qui requiert «connaissance et maîtrise». Ils ne savent pas que certains matériaux que nous recyclons peuvent contenir des particules dangereuses et représenter un danger pour la santé. Les Mauriciens ne sont pas suffisamment informés, il n'y a pas de campagnes de sensibilisation pour expliquer que jeter des EEE n'importe où est un véritable désastre écologique.

Bénéficiez-vous de subventions de l'État ?

Oui, mais pas suffisamment malheureusement. Il faut savoir que le processus de dépollution est technique et extrêmement coûteux. Bien que de nombreuses entreprises sou- tiennent notre démarche et travaillent avec nous depuis des années, nous n'arrivons à couvrir entièrement nos frais. C'est la raison pour laquelle la contribution du client est essentielle. Mais à Maurice, c'est très compliqué. Quand un client nous contacte parce qu'il désire adopter un comportement responsable en ne jetant ses équipements dans la nature, et que nous lui expliquons que nos services sont payants, il ne comprend pas. Il ne comprend pas pourquoi en plus de nous remettre son appareil, il doit s'acquitter d'un paiement.

En 2020, nous avons recyclé 100000 tonnes de DEEE, mais nous avons besoin de la compréhension du plus grand nombre pour travailler correctement, du soutien du gouvernement particulièrement. Si comme en France il existait une éco-contribution D3E, qui étend les responsabilités du producteur d'un appareil jusqu'à la fin de vie de celui-ci, ce serait un grand pas pour notre pays, cela faciliterait notre tâche, car à chaque achat d'un EEE, le client s'acquitterait d'une petite contribution, utile, et qui garantirait une fin de vie propre à tous les appareils.

Actuellement, les tarifs que nous pratiquons ne peuvent être comparables à ceux appliqués en France étant donné que nous sommes un état insulaire, et que nous ne bénéficions malheureusement de toutes les facilités administratives de l'hexa- gone. Si une éco-contribution D3E existait à Maurice, cela faciliterait énormément notre activité.

Connaître les composants de notre réfrigérateur

En moyenne, nos frigos sont composés de 56 % de métaux ferreux, 6 % de métaux non ferreux, 30 % de plastique, 2 % de verre plat, 1 % de substances dangereuses (gaz fluorés, réfrigérants entre autres), et 5 % de matériaux divers.

Recyclés :

- Les métaux ferreux : l'acier, l'inox sont utilisés dans la construction d'armatures métalliques ou pour renforcer le béton.

- Les métaux non ferreux, à savoir l'aluminium, servent par exemple à fabriquer des pièces automobiles. Quant au cuivre, on l'utilise pour la conception de nouveaux câbles entre autres.

- Le plastique, présent à environ 30 %, est utilisé dans l'automobile, ou sert également à fabriquer de nouveaux équipements électroménagers.

Aujourd'hui, verre, métaux ferreux et non ferreux sont recyclables à 100 %

L'écoparticipation, une solution pour la gestion des DEEE

En France, l'éco-participation ou éco-contribution est obligatoire depuis le 15 novembre 2006. Elle repose sur le principe de «pollueur-payeur» et implique la responsabilité élargie des producteurs. En magasin, son montant s'ajoute généralement de façon visible sur le prix de vente des produits et dépend, entre autres paramètres, du type et du poids de l'appareil. Ainsi, selon le barême EEE ménager entrée en vigueur le 1er janvier 2021, pour l'achat d'un réfrigérateur standard au prix de € 520 par exemple (soit environ Rs 25 180), s'ajouteront € 18 d'éco-participation (soit environ Rs 870). Le consommateur s'acquittera de la somme totale de € 538 (soit environ Rs 26 050). Ces € 18 (Rs 870) assureront les frais de recyclage de l'appareil en fin de vie. Concernant un four à microondes, le consommateur ajoutera € 3 (environ Rs 145), ou € 0,02 (environ Rs 1,00) pour un smartphone standard.

Différence entre éco-taxe et éco-participation/ éco-contribution

En France, bien que les deux existent et que leur paiement est obligatoire, ils ne sont pas à confondre. Une taxe est une redevance perçue par l'État, l'éco-participation s'assimile à un financement participatif indépendant des pouvoirs publics, géré par des organismes de recyclage privés qui sont des organisations à but non lucratif. Les fonds ne servent pas à financer les services publics mais à la lutte contre la pollution, le bon fonctionnement des processus de collecte, le traitement et la revalorisation des EEE par exemple.

Plus de: L'Express

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