Afrique de l'Ouest: Débat sur l'avenir de Barkhane au parlement - Quel impact sur la stratégie française au Sahel ?

Après le Sénat, le 8 février dernier, l'avenir de la force française au Sahel, Barkhane, était en débat à l'Assemblée nationale, le 4 mars 2021. C'était en présence de la ministre des Armées, Florence Parly.

Même si le besoin de ce débat devant les élus nationaux, a été exprimé depuis plus d'une année, le contexte actuel l'a imposé. Et pour cause. D'abord, les sondages récents donnent près de 51% de l'opinion française hostile à la présence militaire de l'Hexagone au Sahel.

Cette hostilité de l'opinion interne française s'explique d'abord par le ballet des cercueils des soldats français qui ont péri dans les sables mouvants de la bande sahélo-saharienne.

En effet, depuis le début de l'intervention française au Sahel, d'abord à travers l'opération Serval puis à travers la force Barkhane, la guerre des Blancs au pays des Noirs, s'est soldée par le lourd bilan de plus d'une cinquantaine de « boys» français qui ont accepté le sacrifice suprême en donnant leur vie pour « l'amour de la patrie ».

Ensuite, cette hostilité de l'opinion française s'explique par le fort sentiment anti-français qui ne cesse de prendre des proportions à travers moult manifestations dans les pays du Sahel pour demander le départ des troupes étrangères au moment même où la France paie le plus lourd tribut de sa présence aux côtés des Etats ouest-africains dans la lutte contre l'hydre terroriste.

Ces échanges apporteront leur plus-value à la problématique de la présence française au Sahel

Il était donc tout à fait normal que les mandants du peuple se saisissent de la question non seulement pour trouver des réponses à cette difficile guerre qui, périodiquement, mais régulièrement, fauche la vie à des fils et filles de la France, mais aussi pour savoir où va l'argent du contribuable.

On le sait, en effet, la guerre au Mali coûte à l'Hexagone les yeux de la tête, à tel point qu'elle a été contrainte de demander le secours des autres Etats européens qui, pour l'instant, n'ont répondu que timidement à travers la force Takuba alimentée par les pays de l'Est européen, en l'occurrence la Serbie et la Croatie.

Mais quelles que soient les raisons qui ont imposé le débat sur l'avenir de Barkhane au Parlement, il n'y a pas de doute que ces échanges apporteront leur plus-value à la problématique de la présence française au Sahel. D'abord, ils permettent de convaincre la minorité des politiques français hostiles à la présence militaire de la France au Sahel.

L'on sait, en effet, que seuls les sénateurs communistes appellent aujourd'hui à un départ des soldats de Barkhane du Sahel. L'on peut donc espérer que ce débat puisse fournir à cette poignée d'irréductibles, les arguments nécessaires pour, à défaut de réviser leur position, obtenir au moins une bonne compréhension pour accompagner la présence des troupes françaises au Sahel mais aussi, cerise sur le gâteau, pour sensibiliser leurs électeurs.

Il n'est un secret, en effet, pour personne que la force Barkhane est d'abord présente en Afrique pour défendre les intérêts français. Si la digue sécuritaire sahélienne venait à céder, ce serait un véritable tsunami pour les pays européens, à commencer par la France qui est aujourd'hui plus que jamais dans le viseur des ingénieurs du mal que tout autre Etat du vieux continent.

L'Afrique doit jouer pleinement sa partition

Ensuite, ce débat permet surtout de questionner la stratégie française au Sahel pour plus d'efficacité. En effet, comme le disait Georges Clemenceau : « La guerre ! C'est une chose trop grave pour la confier à des militaires ». Cela est d'autant plus important aujourd'hui qu'en plus de la solution militaire à la crise terroriste dans le Sahel, il se dégage un fort goût pour des négociations politiques avec certains groupes armés.

L'on peut donc penser que le débat au Sénat et à l'Assemblée nationale est un signe des temps. Cela dit, quelle que fût la teneur des discussions, l'on sait qu'elles ne pouvaient remettre fondamentalement en cause la présence française au Sahel. L'on sait, en effet, que les deux Chambres, à majorité à droite, n'entendait pas demander un retrait des troupes françaises.

Elle ne peut pas le faire aujourd'hui, au moment où il y a des alertes sérieuses sur l'expansion des groupes terroristes vers les pays de la côte ouest-africaine où les intérêts français sont plus présents que partout ailleurs.

Le seul impact prévisible de ce débat est donc les ajustements annoncés il y a quelque temps par le président français et qui ne devraient concerner que les 600 militaires que la France avait envoyés en renfort.

Ceci étant, l'Afrique doit jouer pleinement sa partition car, avant tout, c'est d'elle qu'il s'agit. Ce débat Parlement français ne doit en rien ressembler à la Conférence de Berlin qui avait décidé du sort de l'Afrique à la veille de la conquête coloniale.

Et c'est en cela que l'on peut saluer la consultation des Chefs d'Etat du G5 Sahel qui ont défilé à l'Elysée pour se faire entendre avant le sommet de N'Djamena prévu en mi-février.

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