Ile Maurice: Est-il vraiment nécessaire d'avoir un leader de l'opposition?

Arvin Boolell s'expulse. De son propre chef, dit-il, il abandonne son siège de meneur de l'opposition. Fait contraire aux fois précédentes où les expulsions furent sur ordre d'un speaker qu'il accusait de ne pas comprendre l'importance de la fonction du leader de l'opposition.

Aujourd'hui, l'expulseur a changé de nom. Mais le spectacle qui est livré ne change pas dans l'essentiel pour un peuple, spectateur impuissant, face à une guerre de nerfs, entre partis de l'opposition, où se mêlent ego personnels et impulsivités, calculs et ambitions inavouées.

Poste avant tout constitutionnel

Le poste de leader de l'opposition est prévu par la Constitution. «There shall be a leader of the opposition... » nous dit l'article 73. Avec ce qui se passe actuellement, les partis de l'opposition font du poste une variable politique plutôt qu'une exigence constitutionnelle. Ils se renvoient la balle sur la démission de l'ancien titulaire et la nomination de son successeur, laissant des considérations partisanes, l'avenir politique personnel des chefs de partis guider leur choix dans une décision ayant une haute signification constitutionnelle dans une démocratie. De la nomination d'un leader de l'opposition, ils en font une question de stratégie politique. S'éloignent ainsi les principes de reconnaissance de l'importance constitutionnelle et institutionnelle du poste.

Les fréquentes expulsions

Évidemment, ce n'est pas la première fois qu'un jugement est porté sur l'importance du poste de leader de l'opposition et de sa nécessité constitutionnelle. Les nombreuses fois où le leader de l'opposition a été expulsé du Parlement sont une illustration sans équivoque du peu de cas qui est fait de l'importance constitutionnelle du poste, et de la latitude dont jouissent ceux qui détiennent le pouvoir législatif de faire fi de l'article 73 de la Constitution. Dans cette rubrique, la question a été soulevée de savoir si le Parlement est légalement constitué sans leader de l'opposition, même si ce n'est que pour une seule séance.

Les événements qui ont lieu actuellement doivent pouvoir nous faire dépasser la question de la nomination du leader de l'opposition (NdlR, texte écrit avant que Xavier-Luc Duval n'accepte le poste de leader de l'op- position, hier). Ils doivent nous interpeller sur l'importance accordée à l'institution qu'est l'opposition dans le système de démocratie parlementaire tel quel qu'il existe et évolue à Maurice. Ce qui se passe aujourd'hui n'a rien de comparable en termes de non-reconnaissance, voire de dénigrement du poste, avec les fréquentes expulsions du leader et autres membres de l'opposition du Parlement.

Pouvoir législatif absolu

Ceux qui contrôlent le pouvoir législatif et qui font peu de cas de ce que disent l'opposition et son chef de file ne sont nullement choqués de voir qu'aucun des trois partis de l'opposition ne s'emballe pour prendre un poste qui n'a pas la reconnaissance souhaitée comme dans un système de démocratie parlementaire digne de ce nom. À trop brimer l'opposition, c'est l'esprit de notre Constitution et les principes parlementaires Westminsteriens qui sont piétinés.

Le leader de l'opposition a pour rôle de participer aux débats sur les projets de loi et de poser des questions parlementaires, dont une PNQ. Lorsque l'on sait que tout projet de loi est voté comme une lettre à la poste, sans que l'opposition puisse y apporter un iota de changement, et lorsqu'on sait que c'est le gouvernement qui décide de la manière de répondre aux questions et qu'il peut même ne pas y répondre, on aura compris l'étendue du rôle que joue le leader de l'opposition dans les faits.

À quoi ça sert ?

Au-delà du Parlement, le leader de l'op- position peut être consulté dans la prise de certaines décisions. Mais on parle bien de «consultation». Cela veut dire un coup de téléphone d'une durée de 15 secondes pour l'informer. Il n'a pas son mot à dire dans la décision, et même s'il le dit, il n'y a aucune obligation de le prendre en considération.

Un dur rappel pour conclure : l'opposition et son chef n'ont de l'importance que celle que le gouvernement du jour veut bien leur donner. Dans une telle situation, est-il vraiment nécessaire d'avoir un leader de l'opposition, ou encore insister pour que ce soit un chef de parti politique qui occupe le poste ?

Plus de: L'Express

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