Burkina Faso: Finalement, le genre, c'est quoi ?

Depuis le CP, on nous rabâchait les oreilles que le genre était une dualité de masculin et de féminin. En classe, il n'y avait pas de rangée de fille et de garçon ; chacun avait une voisine et savait que sa voisine était une conscience à part entière mais qu'entre elle et le garçon il y avait quand même des différences et des nuances, des contradictions mais jamais d'opposition. Le maître nous disait que Fatou était une fille mais que son état de fille ne faisait pas d'elle un être inférieur ou incomplet.

D'ailleurs, la première de la classe c'était elle. A la maison, chaque matin avant que le soleil ne se réveille, je partais puiser l'eau au puits avec les filles et la portais sur ma tête ; je lavais les ustensiles avant d'aller à l'école. J'aidais ma mère à faire la lessive et je connaissais aussi bien le mode d'emploi de la cuisine que ma conjugaison à l'imparfait du subjonctif. Ma mère m'a éduqué comme une fille pour que je sois un homme ; l'homme qui sait mettre la main à la pâte sans rechigner ; l'homme qui sait se brûler les doigts pour que la famille soit rassasiée ; l'homme qui sait porter le pagne quand il le faut sans perdre un seul brin de sa virilité. On n'a pas besoin d'avoir un phallus pour être le sexe fort. Parce que de toute façon, qu'est-ce que la force ?

Entre l'homme et la femme qui est le plus fort ? En quoi la femme peut-elle être faible ou inférieure à l'homme par-delà l'expérience de la grossesse à l'accouchement ? En quoi étais-je supérieure à féline Fatou qui nous battait à plate couture en classe chaque trimestre du CP1 au CM2 ? Chaque matin, à tour de rôle, nous balayions la classe et la cour de l'école ; nous lavions les toilettes de l'école, garçons et filles ; nous arrosions le potager du directeur ; pendant la montée des couleurs, on avait même du mal à reconnaître les garçons et les filles, tous avaient la boule à zéro. Bref, le concept de genre existait et avait un sens, parce que le masculin était indissociable du féminin. Mais c'était sans tambour battant ni trompette, sans cor ni cri.

Aujourd'hui, la question du genre est devenue un genre de ritournelle si nasillarde que personne n'écoute avec attention. La question du genre est devenue un genre de fonds de commerce sur fond de publicité où l'image de la femme battue fait ombrage à l'homme martyr sans voix.

Faites un arrêt sur image sur les affiches de l'affaire et vous verrez que les mâles ont mal par omission et par négligence. La question du genre est devenue un filon de financement au point que les spécialistes en la matière se sont multipliés. Il y a même des hommes parmi ces érudits du genre ! A chaque discours, les violences faites aux femmes équivalent aux violences faites aux anges du ciel. Les violences faites aux hommes ne font pas suffisamment mal pour être mentionnées.

Les pires formes de violences que subissent les hommes par les femmes sont encore inconnues ou méconnues, peut-être même pas reconnues. Quand ma voisine de derrière jette les affaires de son mari dehors, pour un oui ou pour un non, parce que la parcelle et la maison lui appartiennent, y a-t-il violence ou non ? Quand l'autre du pan coupé du haut de ses grades se fait prendre le salaire chaque mois par sa « blessure sucrée » d'à-peine 1 m 69, y a-t-il violence ou non ? Lorsque celui d'en face ne peut même pas recevoir sa mère du village chez lui, ou héberger les deux orphelins de son défunt grand frère, là il n'y a pas l'ombre d'une violence ! Je ne parlerai pas des matchs programmés mais jamais joués sur la pelouse conjugale. La liste est longue pour énumérer toutes ces pires formes de violences que les hommes subissent dans leur foyer sans broncher.

Le tout n'est pas dans les bastonnades, les brimades et autres tortures ; la violence n'est pas que corporelle ou physique ; elle est aussi psychologique, psychique même. Elle est insidieuse et subtile ; silencieuse et douce. Si seulement je pouvais citer des noms, beaucoup de « femmes capables » démissionneraient dans ce pays. Mais cette chronique ne veut pas être une violence faite aux femmes.

C'est une erreur de ramener le concept genre à la femme. Dans l'approche genre, nous devons éviter de faire du copier-coller. L'égalité homme-femme n'est pas une égalité mécanique quantifiable au kilogramme près. On n'a même pas besoin d'être égaux pour être heureux. Nous avons besoin d'une société équitable où la femme et l'homme vivent en symbiose sans forcément compter et comparer leurs droits. L'égalité même n'est pas la panacée ; seuls le respect et l'équité doivent être prônés et défendus.

Dans nos sociétés traditionnelles, le rapport de la femme à la terre ne faisait pas d'elle la malheureuse qu'on brandit aujourd'hui comme un trophée de guerre. Depuis qu'elles sont allées à « l'école du blanc », l'égalité est devenue un droit et un critère de «développement durable » et le développement lui-même est cette évolution matérielle et chiffrée qui s'érige sur la cendre de nos structures et valeurs socioculturelles.

Non, nous devons éduquer nos enfants aux rôles et aux responsabilités de l'homme et de la femme dans nos sociétés africaines. Nous devons leur apprendre à voir en la fille le complément, sinon le supplément d'âme qui lui faudra demain et non un être à barder de droits et de libertés parfois aberrants et superflus. En attendant que les femmes me cherchent, aidez-moi avec le numéro vert de la lutte contre les violences faites aux hommes.

Plus de: Sidwaya

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