Congo-Brazzaville: Alvie Bitemo - « Pour les élections, mon souhait est que la paix règne au Congo et, pour le 8 mars, que les femmes prennent conscience que l'heure n'est plus à la fête »

interview

Son audace et son anticonformisme l'emmène à interpréter des textes les plus saugrenus et engagés des auteurs qui sont parfois très controversés. Connue aussi pour son franc-parlé, elle ne met pas de gants pour évoquer les problèmes sociaux de son pays d'origine (Le Congo) de même qu'elle le fait pour sa nationalité d'adoption (France) avec une thématique qui revient souvent : l'exil. De plus, ses avis bien tranchés sur les sujets qui lui tiennent à cœur ne lui ont valu pas que des amis. Alvie est également une musicienne à part entière, elle écrit et interprète ses compositions.

Pouvez-vous vous présenter ?

Je me nomme Alvie Bitemo, mais je suis plus connue sous le nom d'Alvie Bee dans le monde de l'art ou j'ai plusieurs casquettes, chanteuse, comédienne, costumière et de temps en temps musicienne et actrice au cinéma.

Quelle est à ce jour votre actualité tant sur le plan musical que théâtral ?

Mon actualité est un peu en berne, puisque les théâtres, salles de concerts et autres sont fermés. Néanmoins je continue à donner des ateliers d'allocution qui consistent à aider les adolescents à dominer leur timidité, leur peur afin de passer leurs oraux de bac plus facilement mais surtout de les aider à s'accepter et accepter la différence des autres pour un vivre-ensemble plus apaisé. Mais une fois que les lieux culturels seront ouverts, je serais sur scène à Lyon en création, une performance nommée Grand ReporTerre 3, un projet qui va réunir Aristide Tarnagda, écrivain burkinabé, Boureima Salalouka, journaliste burkinabé, et moi-même à la guitare basse et chant. Dans la foulée, la reprise de mon Stand-up « Rester debout et parler » au théâtre Point du Jour, la relance du spectacle Congo Jazz Band de Mohamed Khacimi, mise en scène par Hassan Kassi Kouyaté, et en juin nous serons sur scène avec une nouvelle création ( Départ) qui réunira théâtre, peinture et chants avec des artiste tels Doctrovée Bansimba , Jézabel d'Alexis et moi-même. Mais cela ne pourra se faire que si la situation sanitaire s'améliore.

On sait que le Congo reste sans contexte votre source d'inspiration. Comment plus de 10 ans que vous êtes absente du sol congolais ?

Le Congo reste mon pays d'inspiration, ne dit-on pas loin des yeux près du cœur ? Je suis revenue au Congo en mode privée début 2020 et plus loin en début de 2018 pour me ressourcer. Aujourd'hui avec toutes les nouvelles technologies et tous les réseaux sociaux à portée de main, les nouvelles circulent plus vite et on est informé à la seconde près. Des fois, j'ai l'impression de vivre encore au Congo, même si certaines vérités me ramènent à la réalité comme les coupures d'électricité et d'eau. C'est souvent agaçant de ne pas pouvoir communiquer avec une personne pour motif de coupure d'électricité au Congo ! Avec les années, ça s'empire malheureusement. Quant aux autres secteurs, comme l'éducation, la santé, ce n'est pas mieux. Mais le Congo reste mon pays, mes racines et puis quand j'ai le spleen, il suffit que je prenne le métro et que j'aille dans un bistrot du coin sur Paris pour me plonger dans l'ambiance du pays.

On dit souvent que vous avez des avis tranchés sur des sujets qui vous tiennent à cœur.

C'est vrai, des thèmes comme la sécurité, la santé, l'éducation, la culture, me parlent beaucoup et ce sont des choses qui devraient être acquises dans notre pays mais malheureusement ce n'est pas le cas. Donc quand il s'agit de parler de ces choses, je ne sais pas faire de concessions.

D'où vous vient votre franc-parlé ?

Mon franc-parlé vient de mon éducation, j'ai toujours été entourée des hommes mais aussi quand on a vécu au Congo et à travers toutes ces guerres que notre pays a connues, soit on se résigne, soit on se lève et on décide vivre malgré tout.

Vous évoquez beaucoup le thème de l'exil, pourquoi autant d'intérêt pour ce sujet ?

Le thème d'exil revient souvent car je me sens toujours un peu exilé du fait que je ne sois pas au Congo. Dans cette problématique, je parle souvent de la souffrance des exilés, parfois rejetés, ou encore mal intégrés, et bien évidemment les solutions pour s'en sortir. L'exilé n'est pas toujours rose, détrompez-vous ! Repartir au pays oui c'est possible, mais pour quoi faire ? Voilà la question ultime que se posent beaucoup d'exilés, un coup de poing à la face pour ceux qui ont vécu des horreurs.

Également passionnée de musique, les critiques ont du mal à placer votre musique dans une case. Comment la définiriez-vous ?

Je reconnais que c'est un problème pour les producteurs et critiques musicales. Moi aussi je ne saurai donner une définition de ma musique, j'aime le fait de ne pas être catégorisée, j'aime être libre de chanter ce que je veux et comme je le ressens mais surtout je ne dicte pas mon inspiration. Mais je dirais que je fais de l'afro-folk, ou la musique du monde. Après chacun est libre d'interpréter ma musique par rapport à son ressenti.

Avez-vous un sujet qui vous tient à cœur et sur lequel nous n'avons pas pu débattre ?

Pour les élections qui arrivent mon souhait est que la paix règne au Congo et, pour le 8 mars, que les femmes prennent conscience que l'heure n'est plus à la fête ou celles-ci se pouponnent (belle fringues, des tissages et perruques qui coûtent la peau des fesses). En fait, nous nous trompons de lutte, les femmes devraient mettre à profit ce jour afin de lutter contre les inégalités sociales, pour le bien- être et la dignité de la femme congolaise.

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