Tunisie: Inlucc | Lanceurs d'alertes et dénonciateurs - Le processus de protection pointé du doigt

Sur les 182 demandes consenties par l'Inlucc, seules 55 personnes ont pu effectivement bénéficier de la protection.

Dans le cadre de la célébration de la journée nationale des lanceurs d'alerte, l'Instance nationale de lutte contre la corruption (Inlucc) a organisé hier un séminaire à Tunis, sous le slogan «Je dénonce la corruption, je protège le pays». Cette journée a été l'occasion de rendre hommage à des centaines de lanceurs d'alerte qui ont pris des risques et ont choisi de dénoncer la corruption dont ils ont été témoins.

«Je salue mille fois ceux qui sont prêts à tout pour faire éclater la vérité et préfèrent l'intérêt national au détriment de leur bien-être, leurs intérêts professionnels, leur statut social, leur intégrité physique, leur équilibre psychologique et leur stabilité familiale», a déclaré Imed Boukhris, président de l'Inlucc, à l'ouverture du séminaire.

Imed Boukhris a insisté lors de son allocution sur la possibilité de gagner la guerre contre la corruption à condition que les citoyens y adhèrent pour cumuler les victoires. D'un autre côté, il ajoute que cet effort doit être accompagné par une volonté réelle des appareils de l'Etat pour corriger les lacunes, empêcher que ces erreurs ne se reproduisent et rompre avec le phénomène de l'impunité.

Il a également invité l'ensemble des structures publiques privées à s'inscrire dans le processus de protection des lanceurs d'alertes, afin d'éviter la pérennisation des mauvaises pratiques.

Jusqu'en février 2021, l'Instance nationale de lutte contre la corruption a reçu 859 demandes de protection. Mais jusqu'à présent, seules 182 personnes sont convaincues du bien-fondé des éléments qu'ils ont présentés à l'Inlucc, restent 382 demandes de protection, toujours à l'étude.

Mais encore une fois, sur les 182 demandes satisfaites, seules 55 personnes ont pu effectivement bénéficier de la protection. «Une véritable problématique pour l'Inlucc et les dénonciateurs», regrette Mejda Benhmed, conseiller juridique à l'Inlucc.

Il est à signaler que 56% des demandes de protection satisfaites proviennent de lanceurs d'alerte venus du ministère de l'Intérieur, suivi du ministère des Transports et de la Logistique.

Par ailleurs, les lanceurs d'alertes, même sous protection de l'Inlucc, continuent à être harcelés dans leurs lieux de travail ou en dehors. Ainsi, l'Inlucc a porté plainte contre 28 personnes accusées d'avoir persécuté des dénonciateurs.

La loi organique de 2017, relative au signalement des faits de corruption et à la protection des lanceurs d'alerte, dispose en effet dans son article 35 qu'«est puni de six mois à deux ans d'emprisonnement quiconque aura eu recours à des mesures de rétorsion, à l'intimidation ou à la menace directement ou par personne interposée et de quelque manière que ce soit à l'encontre du lanceur d'alerte... Au cas où ces actes auraient occasionné un dommage corporel ou moral grave, l'auteur est puni de cinq (5) à dix (10) ans d'emprisonnement».

L'instance se réjouit, notamment, de la protection policière accordée pour la première fois à une dénonciatrice, en la personne de Nawal Mahmoudi, cette fonctionnaire du ministère de la Santé qui a mis à nu plusieurs affaires de corruption.

Dans le but d'une meilleure protection des dénonciateurs et des lanceurs d'alerte, l'Inlucc vise à renforcer la coopération avec d'autres structures, notamment avec le ministère de la Justice en vue de mettre à leur disposition des avocats.

Pour l'Inlucc, il est également important de ne pas occulter la question du soutien psychologique des lanceurs d'alertes qui sont souvent harcelés. A ce titre, l'instance est à la recherche d'une coopération avec des médecins psychiatres, capables de prendre en charge ces personnes.

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