Maroc: Nadia Atia, un engagement constant au service des enfants handicapés mentaux à Berkane

Berkane — Malgré ses préoccupations et ses responsabilités de mère et de femme entrepreneure en particulier, Nadia Atia a su garder, voire développer son attachement, sa passion et son amour pour l'action humanitaire et associative dans laquelle elle s'est engagée depuis son jeune âge.

Nourrie d'une forte ambition et d'une volonté de fer, Mme Atia, présidente de l'Association Badr pour les enfants en situation d'handicap mental à Berkane, sa ville natale, incarne l'image de la femme affectueuse et compatissante.

"C'est avec mon père, un notable de la ville, et ses actes de générosité et d'altruisme que j'ai appris que la solidarité humaine est une valeur fondamentale et que la véritable richesse d'un être réside dans le bien qu'il fait autour de lui", a-t-elle confié à la Map.

Pour Mme Atia qui a rejoint le milieu associatif dans les années 90 via des actions d'aide et de bénévolat au sein de nombreuses associations de diverses préoccupations, l'exploration de ce domaine par une jeune femme, à cette époque, dans un milieu conservateur et une petite ville aux habitants très attachés aux mœurs et aux traditions, n'était pas une chose aisée.

La patience, la conviction, la volonté, la passion le dévouement ont fini par primer et l'impossible est devenu réalité. Elle préside l'association Badr qui est devenue au fil des années un modèle réussi dans son domaine d'activité, à savoir le soutien et l'accompagnement non seulement des handicapés mentaux mais aussi de leurs familles.

L'association a vu le jour en 1997 alors que le concept même de handicap mental n'était pas bien assimilé et maîtrisé, et les personnes en situation d'handicap mental arrivent avec beaucoup de mal à se trouver une place dans un environnement miné par les clichés et les fausses idées sur cette pathologie.

Au début, se rappelle Mme Atia, ce n'était pas facile à Berkane d'évoquer avec les membres de la famille du malade le sujet d'une association qui accueille et vient en aide à cette catégorie de personnes. Frappés de plein fouet par la souffrance, ils refusaient catégoriquement l'idée de laisser le garçon ou la fille quitter la maison ou aller dans les locaux d'une association.

"Mais ce refus et cette incompréhension étaient pour moi une raison forte pour travailler dur, batailler et défendre corps et âme la cause de ces petits enfants, symbole de pureté et d'innocence. Avec eux je sens le bonheur et la joie. Ils sont une partie de ma vie", a dit cette mère de trois enfants.

L'association qui comptait à ses débuts six enfants en situation d'handicap mental dans un local modeste, accueille aujourd'hui 150 enfants et adolescents, dont 40 pc de filles, dans un centre spacieux et bien équipé, sous les yeux et la responsabilité d'un personnel éducatif et administratif qualifié, alors que plus de 80 autres enfants sont inscrits sur la liste d'attente, a encore ajouté Mme Atia.

Et de poursuivre que les acquis et les réalisations de l'association sont une source de fierté, de satisfaction et de motivation pour aller encore de l'avant, aidés en cela par les Hautes orientations royales et le soutien considérable de l'Initiative nationale pour le développement humain (INDH).

"Mon rêve est de contribuer à l'amélioration du quotidien de ces enfants et de les voir jouir de tous leurs droits fondamentaux", a fait savoir Mme Atia qui a fait plusieurs formations au Maroc et à l'étranger, et ce pour assurer un accompagnement humain, permanent et évolutif, adapté à l'état et à la situation des bénéficiaires de l'Association.

Le travail avec et pour cette catégorie qui est confrontée à plus de difficultés que les autres citoyens, requiert certaines compétences, et fait appel à plusieurs spécialités et un bon encadrement, parce que la personne handicapée mentale est une personne à la fois ordinaire et singulière.

Pour elle, l'effort collectif est indispensable pour accompagner et booster les avancées importantes qu'enregistre le Maroc dans le sillage de l'intérêt particulier accordé aux personnes à besoins spécifiques.

L'Association Badr s'attèle à la faveur de l'engagement, la patience et le dévouement de ses éducatrices spécialisés et ses staffs administratif et paramédical, à découvrir et à développer les capacités et les compétences des enfants afin de faciliter leur intégration dans la société.

L'objectif est aussi d'alléger les souffrances des familles sur les plans financier, social et psychique, en sus de la lutte contre les préjugés et la discrimination à l'égard des personnes à besoins spécifiques à travers l'organisation par l'association de journées portes-ouvertes, pour permettre aux habitants de la ville de rencontrer les enfants et de découvrir les services, les prestations et les programmes individuels éducatifs et ludiques dont ils bénéficient.

"Pour mieux faciliter la réalisation des objectifs visés à plusieurs niveaux, l'association ne ménage aucun effort pour nouer des partenariats et établir des accords de coopération et d'échange d'expériences et d'expertises, notamment avec des établissements publics et des organes gouvernementaux, et avec des associations étrangères", a-t-elle indiqué.

L'effort engagé dans ce sens a permis notamment de créer une boulangerie-pâtisserie au niveau du centre, de bénéficier de sessions de formation et d'échange d'expertises, de programmer des activités sportives pour les enfants, de fournir aux enfants atteints de maladies chroniques et ceux du milieu périurbain et rural des tablettes pour poursuivre leurs apprentissage à distance en période de coronavirus, et d'assurer à l'association les soins de santé et les médicaments nécessaires.

L'association, qui a mené également un projet d'une durée de deux ans avec l'Union européenne axé sur la formation et l'encadrement des éducatrices, ne cesse de prendre de l'ampleur en ce sens qu'elle s'apprête à s'engager dans un nouveau projet portant sur l'introduction de la formation professionnelle et bien d'autres initiatives.

La tâche devient de plus en plus difficile mais Mme Atia ne compte pas lâcher et baisser les bras parce que, pour elle, il reste encore une chose si importante : comment assurer l'avenir à ces enfants, sachant que l'association a le droit d'accueillir cette catégorie jusqu'à l'âge de 18 ans, et c'est à ce stade que se pose le véritable problème.

"Armée de ma passion et de l'amour que j'éprouve pour ces enfants, je vais continuer rien que pour assurer aux enfants de l'association, dont certains sont devenus jeunes et même adultes, un accompagnement adapté et de qualité", a assuré Mme Atia qui a été portée dernièrement à la tête de l'Union nationale des associations œuvrant dans le domaine du handicap mental.

Et dans l'attente de concrétiser le rêve de la création d'un grand centre de formation et de qualification professionnelle à même de les aider à devenir autonomes, mener une vie digne et jouer un rôle actif dans la société, elle a souligné l'impératif pour nous tous d'aider cette frange de la population.

Entre motivation, enthousiasme, et optimisme, la présidente de l'association Badr, une passionnée de la peinture et de l'équitation, affirme que malgré ses multiples engagements et responsabilités familiaux et professionnels, elle consacre 60 pc de son temps au service de cette noble mission: l'éducation, la scolarisation et la santé physique et psychologique des personnes en situation de handicap mental à Berkane.

"Cette frange de la population a besoin de nous tous, même avec un sourire. Mettons alors la main dans la main pour faire prévaloir les droits de citoyenneté des personnes en situation de handicap", a avancé Mme Atia qui a la capacité de communiquer son optimisme autour d'elle.

Plus de: MAP

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