Sénégal: Sédhiou - 10 véhicules incendiés dont celui du gouverneur, les symboles de l'Etat attaqués

De violentes émeutes ont éclaté hier matin, vendredi 5 mars à Sédhiou et dans certaines collectivités de l'intérieur de la région. Le bilan est lourd : dix voitures sont mises à feu y compris celle du gouverneur de région et l'inspecteur régional des eaux et forêts. Une scène de chaos généralisé s'est dessinée dans le centre-ville de Sédhiou avec de longues colonnes de fumée âcre qui ont assombri le ciel du Pakao. Les manifestants se sont attaqués aux symboles de l'Etat avec une ampleur jamais vécue auparavant. Les écoliers qui ont été rejoints par d'autres acteurs sociaux, réclament la libération sans condition du député et principal opposant Ousmane Sonko.

Une véritable scène de guérilla urbaine hier matin, vendredi 5 mars dans les rues du centre-ville de Sédhiou. Après avoir délogé leurs camarades de tous les ordres d'enseignement, les élèves qui ont reçu le soutien d'autres catégories sociales se sont attaqués aux institutions et symboles de l'état. Pneus et troncs d'arbre calcinés sur toutes les voies d'accès avec de longues colonnes de fumée perceptibles au loin, les manifestants ont mis le feu à huit véhicules de l'administration dont celui du gouverneur, de l'inspecteur régional des eaux et forêts, la citerne et les véhicules tricycles stationnés dans l'enceinte de la mairie.

Au tribunal également, le véhicule du Procureur de la République et celui d'un greffier sont saccagés. Les manifestants ont même tenté de mettre le feu au tribunal de grande instance de Sédhiou. Le bâtiment administratif du secteur des Eaux et forêts est incendié en même temps que les produits de saisie comme les charrettes et du bois. Les vitres à l'entrée de la mairie et l'inspection d'académie caillassés, l'inspection régionale des eaux et forêts détraquée et vandalisée ainsi que le domicile du médecin-chef de région et la Division régionale de l'urbanisme. La police intervient et fait usage de grenades lacrymogènes.

Dans cette confusion grandissante, des manifestants se sont emparés des deux armes des agents des eaux et forêts. De peu, le pire allait se produire mais heureusement que les militaires étaient à côté et ont récupéré très vite ces armes. Cependant, des munitions ont continué à exploser durant quelques minutes dans les bureaux des forestiers.

LA CONTAGION S'EPAISSIT FACE A L'INSUFFISANCE DES EFFECTIFS DE SECURITE

Impossible de contenir la colère de la foule. L'armée est appelée en renfort. Ils ont dû sensibiliser les manifestants et réussi à calmer leur ardeur. Pas de blessés graves ni d'interpellation mais la scène de chaos est bien manifeste et indescriptible. Le département de Bounkiling a été tout aussi agité. A Madinda Wandifa, le domicile du maire Malang Sény Faty et la mairie sont incendiés et une station de service saccagée. Dans la commune de Bounkiling, le mur de clôture de la façade de la brigade de gendarmerie est envoyé au sol sur près de 50 mètres, la poste, l'Agence de l'informatique de l'Etat, le bâtiment du secteur des Eaux et forêts et leurs véhicules brûlés. Quant à la mairie et la préfecture, elles ont été dévastées et le bureau du préfet méconnaissable. Dans cette partie nord de la région de Sédhiou, d'autres foyers de manifestation nés la veille n'ont pas faibli. C'est le cas ce vendredi à Diacounda, Inor, Boughary où les populations ont bloqué le trafic sur la route nationale N°4 reliant Bounkiling à Ziguinchor. La commune de Marsassoum dans l'ouest de Sédhiou est également entrée dans la danse avec quelques pneus calcinés.

LA COORDINATRICE DE JIGUËN PASTEF CUEILLIE A SON DOMICILE

Les gendarmes de Kolda sont arrivés peu après 13n heures au moment où le calme était presque de retour. A 15h 20, la police est allée cueillir à son domicile Fatou Bintou Diédhiou, l'une des leaders du parti PASTEF-Les Patriotes de Sédhiou. Sa maman Lalia Sambou dit ne rien comprendre de cette arrestation : « c'est ma petite fille qui est venue me dire que la police est entrée dans la maison et cherche à faire embarquer Miss (Ndlr surnom de Fatou Bintou Diédhiou). Elle-même est venue nous dire qu'elle va répondre à la police. Nous ne sommes pas du tout surpris car partout dans le pays, les responsables du PASTEF font l'objet d'arrestation et sans raison » dit la vieille dame.

A Sédhiou comme ailleurs dans son inter land, les manifestants réclament à tue-tête la libération sans condition du député et principal opposant Ousmane Sonko embastillé pour une affaire de viol et de trouble à l'ordre public. Aux environs de dix-huit heures, quelques scènes de violence ont repris à hauteur de la gare routière mais elles s'étaient vite estompées car les manifestants étaient moins nombreux que le matin. Un calme précaire a pris place à nouveau sans toutefois laisser clairement apparaitre ce que ce jour, samedi, sera.

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