Maroc: Nabila Mounib - Parcours de lutte sans relâche d'une figure de proue de la scène politique marocaine

Rabat — Le champ politique au Maroc est souvent perçu comme étant l'apanage des hommes, intéressant peu de femmes, la secrétaire générale du Parti socialiste unifié (PSU) Nabila Mounib, quant à elle, est l'exception par excellence de cette "règle". Elle présente l'exemple de la femme marocaine ayant franchi avec courage et engagement un territoire dominé par la masculinité.

La coordinatrice de la Fédération de la gauche démocratique (FGD) revendique une expérience singulière, qui l'a menée, suite à un parcours riche depuis les années 70 au sein du mouvement de la gauche, à la tête du PSU, devenant ainsi la première femme marocaine à atteindre le secrétariat général d'un parti politique.

Une fois à la faculté de sciences de Rabat, la jeune étudiante a rejoint les rangs de l'Union nationale des étudiants du Maroc (UNEM), qui était pour elle "une véritable école politique", avant de partir en France pour préparer sa thèse de doctorat en endocrinologie à l'université de Montpellier, où elle a intégré le mouvement des étudiants démocrates progressistes, raconte Mme Mounib dans un interview accordé à la MAP, à l'occasion de la Journée internationale de la femme.

Membre de "l'Organisation de l'action démocratique populaire" (OADP) avant sa fusion avec d'autres mouvements pour devenir le PSU, la gauchiste alliant charisme et élégance tient à préciser qu'elle a intégré le parti par conviction et pas pour devenir secrétaire générale.

Pour la casablancaise, atteindre le sommet du parti paraissait loin, mais chemin faisant, elle a siégé dans les instances décisives de l'organisation, commençant par la section d'Anfa à Casablanca, et puis en 2000 elle a été élue pour la première fois au conseil national.

"Ma nomination à la tête du parti n'était pas un pur hasard", souligne-t-elle, rappelant que le mouvement féministe marocain a œuvré sur tous les champs et les militantes du PSU en faisaient partie, pour permettre aux femmes de participer massivement au champ politique.

Le fait d'élire une femme était le résultat d'un long parcours de militantisme même à l'intérieur du parti, a-t-elle noté, ajoutant qu'elle n'a pas rencontré par la suite des difficultés avec ses camarades hommes, qui l'encourageait à aller de l'avant pour le rayonnement du parti, par conviction des valeurs de la pleine égalité entre les sexes.

"J'estime que j'ai essayé d'assumer ma pleine responsabilité comme je l'ai pu durant mes deux mandats, j'ai fait des réalisations, j'ai failli peut-être dans d'autres, mais toujours dans un élan de rendre cette expérience positive, pas seulement pour les militantes du PSU ou de la FGD mais pour l'ensemble des femmes qui participent dans le champ politique", se réjouie-t-elle, exprimant son vœu de voir demain beaucoup de femmes à la tête de partis politiques.

Mounib estime en outre que l'accès des femmes aujourd'hui à l'éducation et à l'emploi facilite leur accès à la politique, notant toutefois que le problème de "mentalités arriérées" entrave toujours l'émancipation des femmes au Maroc, c'est ce qui doit être changé, notamment par le biais de l'éducation et toutes les voies de la communication audiovisuelle.

"Le combat des femmes est aujourd'hui un combat de longue haleine", a-t-elle relevé, soulignant que les moments les plus intéressants de sa carrière politique étaient ceux qu'elle a passé avec des jeunes, dans leurs écoles et universités, et ce sont ces jeunes qui doivent prendre la relève dans l'avenir.

Professeur universitaire à l'université de sciences à Casablanca depuis l'âge de 25 ans, elle a affirmé qu'elle rêvait toujours de devenir professeur, que l'enseignement est un acte de générosité d'abord et une mission plus qu'un travail. Pour elle, son père était son premier professeur exceptionnel, qui lui a inculqué la culture de la lecture.

"Je suis à la faculté de Casablanca depuis 32 ans, j'avais été choisi parmi les meilleurs élèves qui avaient obtenu leur master pour aller préparer un doctorat en France, et au retour j'étais sûr que j'avais un poste" relève-t-elle, notant qu' elle a essayé d'accomplir cette mission avec toute son énergie, pour donner le meilleur aux étudiants.

Pour la professeure, mère de trois enfants et grande-mère d'une petite fille, veiller au bien être de sa famille est un bonheur extraordinaire. "Mes enfants à un certain âge me reprochaient d'être occupée par le parti (...). Ils sont aujourd'hui fiers de moi", souligne Mme Mounib, qui a su allier responsabilité partisane et responsabilité familiale en veillant à être pleinement présente quand elle est avec ses enfants.

"L'éducation de mes enfants est une priorité", affirme la secrétaire générale du PSU, qui leur a "transmis les valeurs de solidarité et de générosité".

"J'ai eu la chance d'avoir un mari qui m'a aidé, ajoute-t-elle d'un ton serein. "Mon mari est mon plus grand soutien et l'un des facteurs clés de ma réussite, on a appris à être démocratiques même à l'intérieur de la maison, en répartissant les tâches et en s'entraidant, parce que la société se construit à deux, l'homme et la femme".

Passionnée de sport et des voyages, la militante a assuré que le secret de la réussite de tout mariage est le dialogue, le respect mutuel, et surtout être toujours à l'écoute de son partenaire.

La politicienne a salué le combat de toutes les femmes marocaines, femmes au foyer, femmes à la tête d'un ministère, dans une classe d'étude, ou à l'hôpital, en les appelant à continuer l'engagement, pour voir davantage de compétences féminines qui rayonnent dans tous les domaines et portent haut le drapeau du Royaume.

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