Sénégal: Le Covid-19 doit amener à repenser la place de la femme, selon une spécialiste du genre

The 2021 theme for International Women’s Day (March 8 is “Women in leadership: Achieving an equal future in a Covid-19 world”.

Dakar — La crise multiforme provoquée par la maladie à coronavirus doit inciter à penser la place de la femme dans un nouveau cadre que le monde doit s'inventer, la pandémie de Covid-19 ayant montré "le vrai visage de l'inégalité", estime Yaye Ramatoulaye Dièye, conseillère régionale genre au bureau régional du Programme alimentaire mondial (PAM) pour l'Afrique de l'Ouest et du Centre.

"Je pense donc que cette pandémie a eu le mérite de montrer le vrai visage de l'inégalité et offre donc une opportunité de redéfinir nos politiques et nos actions grâce aux leçons qu'elles nous aura enseignées", a-t-elle déclaré dans un entretien avec l'APS, en perspective de la commémoration de la Journée internationale de la femme.

La crise liée à la maladie à coronavirus "a en vérité fait ressortir les inégalités structurelles qui existent dans tous les domaines, la santé, l'économie, la protection sociale et même la sécurité", a fait observer la spécialiste sénégalaise.

"Nous avons connu d'autres pandémies, mais celle-ci remet également en cause notre mode de fonctionnement et de gouvernance, en même temps qu'elle appelle à une plus grande flexibilité et à repenser notre système d'éducation, nos transactions financières, commerciales, etc.", analyse Mme Dièye, ancienne spécialiste du genre à la Commission de l'Union africaine, à Addis-Abeba.

"Il faut également penser à la place de la femme dans ce nouveau système", dit-elle, faisant valoir que les femmes "sont prédominantes dans le secteur informel, sans accès à la protection sociale, et donc plus sujettes aux chocs et catastrophes qui pourraient survenir".

"Le commerce virtuel et l'école en ligne deviennent incontournables dans un contexte où l'inclusion numérique est encore limitée et peu accessible aux filles et aux femmes. Et lorsqu'elles ont accès à Internet, les femmes et les filles sont exposées au harcèlement en ligne", signale Yaye Ramatoulaye Dièye.

Elle relève que "l'effet des mesures prises telles que la fermeture des écoles et l'option d'une éducation en ligne ou à travers les radios, bien que louables, ne sont accessibles qu'aux personnes ayant accès à ces technologies".

Suivant cette analyse, il y a le risque de voir les progrès "encore timides" réalisés dans l'éducation des filles par exemple remis en cause, ce qui constitue un indicateur de "la fragilité de nos systèmes".

Avec l'avènement de cette pandémie mondiale d'une ampleur jugée sans précédent, "les progrès réalisés dans la promotion de l'égalité des sexes sont sans aucun doute compromis, et les inégalités entre les sexes se sont aggravées, notamment en raison des mesures prises en réponse à la crise, qui n'ont pas pris en compte la dimension genre", analyse Mme Dièye, par ailleurs experte en suivi-évaluation et ingénieure des travaux statistiques de formation.

"Une architecture genre"

Le Covid-19, souligne-t-elle, "affecte les femmes de manière disproportionnée du fait qu'elles sont en première ligne dans les institutions de santé en tant qu'infirmières, réceptionnistes, etc., et donc plus exposées".

Sans compter que "les mesures de contrôle de la propagation du virus, y compris le travail à domicile, la distanciation physique et les restrictions de mouvement ont alourdi le travail domestique non rémunéré, de même que la violence domestique".

S'y ajoute que "les conséquences de la fermeture des écoles se font déjà ressentir, car ayant rendu les filles particulièrement vulnérables aux mariages précoces, aux grossesses, autant de facteurs qui limitent leur chance de retourner à l'école".

Interrogée sur la manière dont l'Union africaine par exemple pourrait être amenée à réajuster sa politique genre, elle répond que l'égalité des genres "est considérée comme la pierre angulaire" du programme de développement de l'institution continentale, "comme en témoigne l'Agenda 2063".

L'Agenda 2063 désigne un schéma et un plan directeur par lesquels l'Afrique compte se transformer par le biais d'un cadre stratégique devant permettre au continent d'atteindre son objectif de développement inclusif et durable.

Selon Yaye Ramatoulaye Dièye, l'UA "priorise l'égalité des sexes et l'autonomisation des femmes dans ses domaines de travail et propose des solutions progressistes pour atteindre cet objectif sur le continent africain, elle a d'ailleurs une architecture genre qui est des plus avancées au monde".

"Déjà avant la pandémie, signale-t-elle, l'Union africaine était dans l'optique de la définition d'une nouvelle stratégie relative à l'égalité de genre et à l'autonomisation des femmes, visant à renforcer les mécanismes de reddition des comptes relatifs aux engagements pris par les Etats, et à la mise en œuvre effective des nombreuses politiques dont notre continent dispose en la matière".

Elle fait savoir qu'en réponse à cette pandémie, l'organisation panafricaine "a développé déjà dans la phase la plus aiguë de la crise des directives pour l'intégration du genre dans la réponse nationale en appelant à une participation effective des femmes aux processus de prise de décisions, dans le cadre de cette pandémie, et même au-delà de cette crise".

"Ces directives doivent être mises en œuvre en tenant compte des leçons apprises de la première vague et même" de l'épidémie de fièvre Ebola, "afin d'aider nos Etats à construire des systèmes plus résilients, qui puissent limiter l'impact des chocs sur les femmes et les filles".

Yaye Ramatoulaye Dièye conclut sur ce point en observant que l'Union africaine étant "un organe politique", les Etats membres "doivent s'engager dans la mise en œuvre de politiques et programmes de développement qui transforment de façon structurelle les relations de genre".

Plus de: APS

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