Ile Maurice: Leadership du PTR - Pourquoi Ramgoolam est indéboulonnable...

Détestez-le autant que vous le souhaitez. Prouvez, avec les arguments qui vous conviennent, qu'il est impossible pour lui de redevenir Premier ministre.

Au sein du Parti travailliste, Navin Ramgoolam est, malgré tout, le seul maître. Il a, avec brio, survécu à l'attaque inattendue de ses ex-alliés PMSD-Reform Party-MMM en faisant mieux : Navin Ramgoolam a fait asseoir son autorité comme jamais auparavant. Revers gagnant ! En remportant la bataille de Val-De-Vie mardi, le leader rouge n'a, certes, pas gagné les élections générales et beaucoup pensent qu'avec lui comme candidat au poste de PM, cette éventualité est tout simplement chimérique. Les membres de son parti sont-ils si suicidaires que ça ?

«Fodé pa mars lor mo gro pous. Napa vinn bless leader Parti Travayis. Bizin respekte li.» Ce ne sont pas les propos d'un ramgoolamiste notoire, mais ceux d'Arvin Boolell, venu apporter son soutien indéfectible à Navin Ramgoolam mardi dernier à Val-De-Vie, Phoenix. Les rouges s'y étaient réunis après que le MMM, le PMSD et le Reform Party ont mis leur veto à la candidature de Navin Ramgoolam au poste de Premier ministre aux prochaines élections générales. Cette tournure a complètement pris à contre-pied les trois ex-alliés du Parti travailliste qui avaient espéré que la pression accentuée sur Navin Ramgoolam allait, dans le pire des cas, le faire concéder qu'il ne se présenterait pas comme PM, faute de quoi certains travaillistes - Boolell entre autres - allaient entrer en guerre contre lui.

Mais c'était mal connaître la capacité de Navin Ramgoolam à écarter toutes les attaques et à rallier sa meute autour de lui. Ce même Boolell qui avait lui-même été humilié par Navin Ramgoolam à l'entrée du square Guy Rozemont au premier BP post-affaire-coffrefort, un peu comme son père sir Satcam qui a volontairement cédé le leadership du PTr à Navin Ramgoolam en 1991, a ainsi refusé de prendre sa revanche.

«Ramgoolam connaît les secrets des uns et des autres. C'est une arme redoutable pour maintenir chacun à son rang»

Pourtant, Ramgoolam est loin d'être au summum de sa popularité qui a sans doute connu son pic en 1995 (60-0 face au MSM) et 2005 (38-22 face au MSM-MMM entraînant la naissance d'une brèche dans les circonscriptions mauves de la capitale). Aujourd'hui le vent a tourné et il s'est même intensifié - certains ont osé venir avec des pancartes anti-Ramgoolam-Bérenger-Duval - à la marche du 13 février, mais le leadership de Ramgoolam ne vacille pas. Les rouges, ces jours-ci, auraient même pu emprunter la chanson mythique du MMM pour dire «komie siklonn pou vini na pa les latet nou Navin al besé».

«Oui, nous entendons le bruit de la rue qui veut une rupture et une réforme», concède Patrick Assirvaden, président du PTr et sans doute un des plus importants soutiens de Ramgoolam. «Moi je pense personnellement que la rupture ce n'est pas qu'une question d'hommes, mais également une question de gestion du pays. Le pays ne peut pas être gouverné par un groupe de jeunes ayant la vingtaine. L'expérience, la vision et les convictions de Ramgoolam sont cruciales pour arriver à cette rupture. L'homme de la rupture sera Ramgoolam. Et c'est ce que pense la majorité du Bureau politique. Ce fameux bruit de la rue dont vous parlez, nous en avons discuté en long et en large au BP qui conclut que Pravind Jugnauth a fait de Navin Ramgoolam un martyr aux yeux du hardcore de l'électorat travailliste.»

Mais ce discours est en porte-à-faux avec ce qui se chuchote au sein du PTr qui compte bien des anti-Ramgoolam, ce que confirme Patrick Assirvaden. «Oui, je confirme qu'il y a des anti-Ramgoolam au BP, mais ces mêmes personnes pas diber ar Ramgoolam quand ils sont en face de lui», avoue Assirvaden. Pourquoi, lui demande-ton ? «C'est à eux de répondre. Mais moi je dis, en privé et au BP, ce que je pense à Ramgoolam. On se dispute. On se parle durement. Et ça s'arrête là. Ceux qui vous parlent en off doivent avoir le courage de leurs convictions. Sinon qu'ils quittent la politique.»

Pourquoi donc cette lâcheté ? Nous avons posé la question à Reza Issack, exmembre du PTr : «Sachez d'abord que j'ai quitté le PTr en bons termes et je suis toujours en speaking terms avec Navin Ramgoolam. Vos lecteurs doivent savoir que ce que je vais dire ne découle d'aucune rancœur et que je ne suis pas en train de régler mes comptes et je vais être le plus objectif possible.» Vient ensuite son explication : «Navin Ramgoolam dispose à lui seul du pouvoir de donner des investitures aux élections. Les anti-Ramgoolam préfèrent un ticket plutôt que d'exprimer leur opinion sur la faiblesse électorale de Ramgoolam.»

«À quoi sert un ticket si c'est pour perdre les élections», lui demande-t-on. «Ils sont tous obnubilés par ce sésame. Du coup, des critiques deviennent des encenseurs quand ils se présentent devant Ramgoolam. C'est fou, mais c'est vrai», raconte Reza Issack.

Il avance ensuite une deuxième raison. «Ramgoolam est bien informé. Il connaît les petits secrets des uns et des autres qui n'ont pas intérêt à s'ériger contre lui. Those who live in glass houses should not throw stones, n'est-ce pas ? Vous ne pouvez pas imaginer jusqu'où vont les tentacules de Ramgoolam. Il a même ses sources au sein du gouvernement.»

C'est avec Reza Issack que nous ouvrons justement la page du calcul castéiste. «Pensez-vous qu'Arvin Boolell refuse de défier le leadership du PTr parce qu'il n'est pas Vaish ?», lui demande-t-on. «Non. Absolument pas. Arvin est d'un tempérament docile. Un peu comme son père, il est l'éternel Poulidor. Contrairement à Ramgoolam, c'est un sentimental et il cède.»

L'argument castéiste est aussi évincé par Milan Meetarbhan, qui a été, entre autres, le bras droit de la com et de la confidence de Navin Ramgoolam pour les élections de 2019. «Ramgoolam ne pratique pas le castéisme et ce n'est pas pour cette raison que son leadership n'est pas challenged. C'est peut-être son charisme, sa personnalité, mais je vous assure qu'il ne surfe pas sur le castéisme.»

Nous lui demandons ensuite si Navin Ramgoolam peut gagner les prochaines élections en se présentant comme Premier ministre. Après un long sourire très perceptible au téléphone, Milan Meetarbhan répond : «En politique, never say never, et tout est possible. De- puis quelques jours, depuis la déclaration de rupture de Bérenger, je note un changement d'attitude de ceux qui au sein même du parti souhaitaient un changement de leadership. C'est mon sentiment aujourd'hui. Combien de temps cela va-t-il durer, je ne le sais pas. Mais cette dernière semaine a été d'un apport certain à Ramgoolam.»

Ramgoolam sort indéniablement comme le grand vainqueur de cette semaine politique. Mais une «vraie victoire» pour lui serait celle d'une élection générale. Ça c'est une autre histoire...

Le film d'une carrière parsemée de défaites

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