Ile Maurice: Patrimoine émotionnel - La Tourelle dans la mémoire de ses enfants

Impossible d'oublier le passé. Ce temps où ils galopaient sur La Tourelle et jouaient innocemment sur cette montagne, méconnaissable aujourd'hui. Alors que les coups de pelleteuses retentissent au loin, que les manifestations vont bon train, aux enfants de Tamarin, ils ne restent que des souvenirs.

C'est le cas de Frederick Rougier Lagane, 44 ans. Aujourd'hui, il habite un appartement qui donne directement sur les constructions de Legend Hill; il a du mal à croire que toute cette beauté qu'il avait l'habitude de contempler n'est plus et qu'elle a laissé place au béton. Tout en observant l'extérieur affectueusement, il se remémore ces moments inoubliables. «Je vivais dans une maison avec mes parents un peu plus loin avant. Je me souviens comment je courais derrière les oiseaux là-bas. À 7 ans, on allait à la pêche avec comme vue La Tourelle déserte et magnifique. Tout cela n'est qu'un souvenir maintenant. J'ai vu la montagne s'effacer au fur et à mesure», raconte avec nostalgie Frederick.

Tout en précisant que cela fait mal au cœur de penser que ce ne sera plus pareil, Frederick explique que cette montagne ne marque pas que des souvenirs mais il a aussi été témoin de rencontres et de liens d'amitié qui sont restés avec le temps. «Peu importe la classe sociale et le nom de famille, nous jouions librement là-bas.»

Des parties de chasse, de cache-cache... il n'est sans doute pas le seul à s'en remémorer. En hissant «so bal filé», dans la cité de Tamarin, Sylvio Duanat, 59 ans, s'en rappelle aussi. Ce père de famille, pêcheur de profession, s'est installé à Tamarin quand il avait 8 ans et il ne l'a pas quitté depuis. Ses quatre enfants y ont aussi grandi. «Ti ena karo kann, la saline disel; tousala enn mari souvenir sa. Monn mem koumans par travay labourer o pie la montagn. Inn tonbe, leve, rie laba. Zor- di mem pa resi gayn akse. Banla dimann ou kot ou pe ale... », regrette l'homme. Des mots que répétera Josiane Marianne. La vieille dame de 70 ans a grandi et s'est mariée à Tamarin. Tout en s'occupant d'une petite grotte qui fait face à la montagne dans la cité, elle dit que Dieu est témoin de comment La Tourelle a une signification très importante pour elle. En effet, elle raconte que, durant 'lepok margoz', cette montagne et sa nature étaient sources de vie. Elle a su apporter aux habitants et aux plus démunis bien plus qu'une belle vue et un endroit paisible pour respirer l'air frais, à la fin d'une journée de travail. «Nou bousé manze inn gayn li ar sa montagn la paski lerb pou nouri zanimo laba em ki ti al sers sa. Kan mo ti ena 20 tan, mo ti fek marie. Pa ti ena gaz, pa ti ena four electrik tousala. Monte, desan sa montagn la al rod diboi pou kui manze. Enn lepok sa. Zordi mo nepli kapav marse pou al laba me mo sagrin kan mo mazine kouma beton pe remplas boner la natir.»

Marie Anne Mamet se souvient aussi de cette époque. Cette grand-mère de 65 ans a grandi, elle, au pied de la montagne dans un campement en paille que possédait sa famille. Son quotidien à cette époque était rythmé par les bêlements des cabris et la brise de mer. «Je me souviens de cette montagne comme étant le paradis des cabris. On jouait et on pêchait en face. Tous les ans, à une époque, ça brûle naturellement pour ensuite laisser la place à une belle verdure.»

Des souvenirs qu'ils ne pourront tous pas effacer de sitôt. Pour nos interlocuteurs, il est difficile de penser que cet édifice, témoin de tant d'histoires, disparaît peu à peu. Pour eux, le village qu'ils ont côtoyé n'est plus le même. Avec le regard dans vide et le cœur lourd, ces joies d'antan se sont transformées en peurs. Tout en affirmant tous qu'ils ne sont pas contre le développement, ils confient toutefois que ces constructions, qui défient la nature, sont des risques. Des risques qui rendent l'avenir de village incertain...

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