Maroc: Latifa Ibn Ziaten, un rempart inébranlable contre les partisans de l'extrémisme et de la radicalisation des jeunes

Rabat — Entre mars 2012 et mars 2021, beaucoup de choses ont changé dans la vie de Latifa Ibn Ziaten, mais pas son profond chagrin suite à la perte de son fils Imad. Cette douleur est toujours la même malgré l'écoulement de neuf ans depuis qu'il a été tué dans une attaque terroriste à Toulouse, en France.

Les souvenirs cruels liés à cet attentat sont restés ancrés dans la mémoire de Latifa Ibn Ziaten avec leurs détails les plus subtils : le moment où elle a appris la nouvelle de la mort de son fils, puis sa visite à l'endroit où il a été tué et au quartier où le meurtrier "Mohamed Merah" a vécu, ou encore son dialogue avec les jeunes de ce quartier qui ont décrit le meurtrier comme un "martyr de l'Islam", qui lui a fait sentir que son fils avait été tué deux fois. Ces événements et bien d'autres, elle ne peut s'en souvenir sans que son cœur ne se brise de chagrin et les larmes ne coulent sur ses joues.

Derrière la "success story" de cette militante dans le domaine du travail social et humanitaire, devenue un symbole mondial du dialogue interconfessionnel et du rejet de l'extrémisme, se cache ainsi une histoire triste qui a commencé le 11 mars 2012 quand elle a été informée du meurtre de son fils Imad, qui travaillait comme parachutiste dans les forces armées françaises.

Un jeune Français d'origine algérienne a assassiné Imad d'une balle dans la tête, ainsi que six autres personnes, avant qu'il ne soit éliminé par la police.

Cette native de la ville de Tanger, qui a immigré en France il y a plus de quarante ans, a confié dans un entretien à la MAP : "La mort de mon fils m'a fait perdre le goût de la vie. Imad était un jeune homme ambitieux avec beaucoup de rêves qu'il cherchait à réaliser. Il était plus qu'un fils, notre relation était très forte et notre communication excellente".

Par conséquent, la mère endeuillée a décidé, après quarante jours, que les funérailles de son fils se rendent à l'endroit où il avait été tué.

Elle se souvient ce jour-là : "Malgré le refus de ma famille, j'étais déterminée à y aller. J'avais un sentiment fort que mon fils m'avait laissé un message avant sa mort. Je me suis dirigée vers les lieux et j'ai été surprise par ses taches de sang qui étaient toujours là. C'était un moment difficile et indescriptible."

A ce moment précis, précise Mme Ibn Ziaten "j'ai décidé de chercher la maison dans laquelle vivait le tueur, afin de connaître la raison qui l'a amené à me priver de mon fils. Mais j'ai été choquée par les propos véhiculés par les jeunes de ce quartier populaire. Ils considéraient que Mohamed Merah était un martyr et ce qu'il a fait une victoire pour l'Islam.

"À l'époque, j'ai senti que mon fils avait été tué pour la deuxième fois", a-t-elle regretté.

Mme Ibn Ziaten se souvient comment elle a rassemblé ses forces et a crié au visage de ces jeunes hommes avec force: "Je suis la mère d'Imad, qui a été tué par Merah, celui que vous considérez comme un martyr. Est-ce à cela que l'Islam nous appelle?". Pris de court, l'expression de leur visage a immédiatement changé.

Ils se sont alors excusés pour leurs paroles blessantes et ont commencé à blâmer leur réalité difficile dans les quartiers populaires, leur isolement au sein de la société française et même leurs problèmes avec leurs parents qui ne supportent plus leur présence.

"Ces jeunes hommes étaient dans un état de désespoir extrême", poursuit Mme Ibn Ziaten. "Cependant, malgré ma situation difficile, j'ai tenu à discuter avec eux pour corriger les nombreuses idées fausses qui étaient courantes parmi eux et les appeler à se débarrasser des sentiments de haine envers l'autre quelle que soit sa religion. En revanche, j'ai insisté à ce qu'ils déploient leurs efforts à la recherche d'opportunités de mener une vie décente."

Elle a ajouté qu'à ce moment, elle a dit à ces jeunes qu'elle avait décidé de créer une association à la mémoire de son fils baptisée + l'Association Imad pour la Jeunesse et la Paix+. "Je n'avais pas encore déterminé la nature exacte de son activité, mais après mon dialogue avec ces jeunes, j'ai réalisé qu'ils avaient besoin de moi".

"Ils étaient la cause de ma blessure, mais j'ai décidé de leur tendre la main pour les aider. Je suis allée dans le terrain pour travailler et sacrifier ma vie et ma maison pour être à leurs côtés et pour éviter que ces quartiers défavorisés n'engendrent un autre Mohamed Merah.

Depuis lors, Mme Ibn Ziaten a entamé ses visites dans les établissements scolaires et pénitentiaires, les quartiers défavorisés et même au sein des familles dans toute la France, et dans plusieurs pays à travers le monde, en vue de promouvoir les valeurs de paix et de coexistence et de protéger les jeunes des partisans de l'extrémisme.

Elle a ainsi organisé des séminaires et des rencontres avec des jeunes de différentes religions pour corriger un ensemble d'idées fausses sur l'autre, simplement parce qu'il est diffèrent dans sa religion, sa culture ou même la couleur de sa peau.

Son but ultime était de "convaincre ces jeunes, qu'ils soient musulmans, chrétiens, juifs ou même laïcs, de la nécessité de trouver une base commune de compréhension pour vivre ensemble".

Le dialogue est une arme pour Latifa Ibn Ziaten, qui a affirmé recevoir entre 3 à 4 demandes par semaine de diverses institutions pour coopérer avec l'association "Imad pour la jeunesse et la paix" dans le cadre de réunions ouvertes qui connaissent la participation de centaines de jeunes.

"Le message que je transmet est simple. Il sort du cœur pour atteindre leur âme et leur esprit de manière fluide, car ils ont désespérément besoin de quelqu'un pour leur parler et leur redonner espoir pour l'avenir", a-t-elle dit.

Cet engagement ferme a forgé la réputation de Mme Ibn Ziaten au niveau international, lui permettant de remporter de nombreux prix internationaux, dont le dernier était le Prix Zayed pour la fraternité humaine 2021, ex aequo avec le Secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres.

Cette reconnaissance s'ajoute à de nombreux autres hommages et prix qui ont été attribués à Mme Ibn Ziaten, dont notamment le prix Chirac 2015 et le prix Femme de courage 2016 du Département d'État américain.

Pour Mme Ibn Ziaten chaque prix qu'elle remporte est dédié d'abord à l'âme de son fils et elle l'utilise au profit des jeunes. Il s'agit également d'une source de motivation pour faire tout ce qui est en son pouvoir pour le bien des jeunes "parce qu'ils représentent l'avenir et parce qu'on ne peut pas ignorer ce qui se passe dans le monde. Nous avons besoin de vivre dans la paix, la sécurité et la fraternité humaine."

Tout ce succès qu'elle a connu, grâce à ses efforts qui ont mis en échec des plans de nombreuses organisations terroristes cherchant à embrigader les jeunes, lui a attiré des ennuis et avait reçu de nombreuses menaces.

À la faveur de sa forte détermination pour protéger la jeunesse, elle se dresse en rempart inébranlable devant les plans et les idées ténébreuses qui continuent, malheureusement, de trouver leur chemin vers l'esprit de nombreux jeunes.

Concernant les intimidations qu'elle a reçues et dont certaines sont des menaces de mort, Latifa Ibn Ziaten affirme avoir suffisamment de courage et de détermination pour avancer dans son parcours avec le même enthousiasme.

"Il est vrai que j'avais peur pour les membres de ma famille. Mais quant à moi, je n'ai pas du tout ressenti de peur. J'ai choisi de promouvoir la paix et il est de mon devoir de continuer.", a-t-elle martelé.

Quelques jours après le neuvième anniversaire de la mort de son fils Imad, Mme Ibn Ziaten se prépare à organiser une série d'activités et à lancer plusieurs projets, comme elle le fait chaque année, pour tenter de faire de cette journée douloureuse pour elle, un moment de joie pour d'autres jeunes.

Pour elle, il n'y a aucun moyen de combler le vide laissé par Imad si ce n'est d'aider un jeune homme ou une jeune femme à réaliser ses rêves et de les protéger de tomber dans le piège des organisations terroristes.

"Je vis pour le souvenir de mon fils et pour tous les jeunes hommes qui me considèrent comme leur seconde mère. Par conséquent, rien ne me découragera de remplir mon devoir envers eux, peu importe combien cela me coûte", a-t-elle soutenu.

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