Ethiopie: Les forces érythréennes ont massacré des civils dans la région du Tigré

Aperçu des dommages et des débris autour de la ville d'Aksoum, en Éthiopie, région du Tigré, après une attaque par les forces éthiopiennes et érythréennes en novembre 2020.
communiqué de presse

Nairobi — L'ONU devrait enquêter d'urgence sur les atrocités commises par divers belligérants à Axoum et ailleurs dans la région

Les forces armées érythréennes ont massacré de nombreux civils, y compris des enfants dont l'un n'avait que 13 ans, dans la ville historique d'Axoum dans la région du Tigré en Éthiopie en novembre 2020, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui. L'Organisation des Nations Unies devrait ouvrir d'urgence une enquête indépendante sur les possibles crimes de guerre et crimes contre l'humanité commis dans cette région, afin d'ouvrir la voie à la justice. Les autorités éthiopiennes devraient immédiatement accorder à l'ONU un accès sans entrave à la région du Tigré.

Le 19 novembre, les forces éthiopiennes et érythréennes ont mené contre Axoum des tirs d'artillerie sans distinction, tuant et blessant des civils. Pendant la semaine qui a suivi leur prise de contrôle de la ville, ces forces ont tué d'autres civils, et ont pillé et détruit des biens et établissements, y compris des centres de santé. Le 28 novembre, des milices tigréennes et des habitants d'Axoum ont attaqué les forces érythréennes. Durant les 24 heures qui ont suivi, les forces érythréennes, en guise de représailles, ont abattu et exécuté sommairement des centaines de résidents, pour la plupart des hommes et des garçons.

« Des troupes érythréennes ont commis des meurtres odieux à Axoum, démontrant un mépris flagrant pour la vie des civils », a déclaré Laetitia Bader, directrice pour la Corne de l'Afrique à Human Rights Watch. « Les dirigeants éthiopiens et érythréens ne devraient pas nier les faits et aggraver ainsi le traumatisme des survivants, mais devraient plutôt ouvrir la voie à la justice et à des réparations. »

Les attaques à Axoum ont fait suite à des semaines de combats dans la région du Tigré entre d'une part les forces militaires éthiopiennes soutenues par des forces de la région Amhara et par des troupes érythréennes, et d'autre part des forces affiliées au Front de libération du peuple du Tigré, qui gouvernait précédemment cette région.

Entre décembre 2020 et février 2021, Human Rights Watch a mené des entretiens téléphoniques avec 28 habitants d'Axoum - des témoins, des victimes d'abus et des proches de victimes tuées - et a examiné plusieurs vidéos montrant les attaques et leurs conséquences.

Les survivants ont systématiquement identifié les troupes érythréennes par le biais de leurs véhicules portant des plaques d'immatriculation érythréennes, leurs uniformes, leur dialecte tigrinya, et même leurs chaussures en plastique « Congo shama », portées par les forces érythréennes depuis leur lutte pour l'indépendance.

Le 19 novembre, après le retrait des forces et des milices tigréennes d'Axoum, les forces éthiopiennes et érythréennes ont commencé à bombarder la ville vers 16 heures ; les tirs d'artillerie se sont poursuivis dans la soirée. Le lendemain, des témoins ont vu des forces éthiopiennes et érythréennes tirer sans discrimination sur des civils, y compris dans l'Hôpital Sainte-Marie.

Pendant environ une semaine, les forces militaires ont commis des actes de pillage. Certains résidents ont déclaré à Human Rights Watch qu'ils avait vu les forces éthiopiennes participer au pillage, mais la plupart ont indiqué que les soldats éthiopiens ont simplement observé les faits sans intervenir. « C'était douloureux », a déclaré un homme. « Je pensais que l'armée éthiopienne représentait l'Éthiopie et son peuple... Mais [les soldats] n'ont rien fait pendant que les forces érythréennes pillaient et tuaient. Ils sont restés silencieux. »

Les abus ont engendré une colère considérable dans la ville. Le 28 novembre, après 7 heures du matin, un groupe de miliciens tigréens et d'habitants de la ville ont attaqué les forces érythréennes, déclenchant de nouveaux combats. Plus tard, dans l'après-midi, des renforts érythréens sont entrés dans Axoum et ont tué de nombreuses personnes dans les 24 heures qui ont suivi.

Des survivants ont décrit leur sentiment d'horreur en voyant des soldats érythréens qui entraient dans des maisons pour y rechercher des jeunes hommes, et ensuite exécuter de nombreux hommes et garçons. Les troupes érythréennes ont aussi tiré sur des civils dans les rues de la ville.

Human Rights Watch n'a pas été en mesure de déterminer le nombre exact de victimes. Toutefois, sur la base d'entretiens et d'autres indices, Human Rights Watch estime que plus de 200 civils ont probablement été tués à Axoum, les 28 et 29 novembre.

Le droit international humanitaire, qui codifie les lois de la guerre et qui s'applique au conflit armé dans la région éthiopienne du Tigré, interdit les attaques délibérées contre des civils ainsi que les attaques indiscriminées, susceptibles de causer des dommages civils disproportionnés. Le pillage est également interdit. Les personnes qui commettent de graves violations du droit de la guerre, y compris dans le cadre de la chaîne de commandement, peuvent être tenues responsables de crimes de guerre.

Les crimes contre l'humanité comprennent les meurtres et autres actes illicites commis dans le cadre d'une attaque généralisée ou systématique contre une population civile.

Les attaques de fin novembre ont été documentées par plusieurs médias, ainsi que par Amnesty International. La Commission éthiopienne des droits humains (EHRC) a également ouvert sa propre enquête. Le 18 février, Human Rights Watch a communiqué les résultats de ses recherches à des responsables des gouvernements éthiopien et érythréen mais n'a reçu aucune réponse. Le 26 février, le gouvernement éthiopien a annoncé qu'il enquêterait de manière approfondie sur les événements à Axoum, et s'est déclaré « prêt à collaborer avec des experts internationaux des droits humains ».

Compte tenu de la présence de plusieurs groupes armés et du piètre bilan des parties belligérantes à mener leurs propres enquêtes sur de graves violation, le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme (HCDH) devrait aussi mener une enquête indépendante, et préserver des éléments de preuve, y compris des preuves médico-légales, selon Human Rights Watch.

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