Congo-Kinshasa: Plaidoyer pour une transformation en profondeur des Universités Congolaises

Puissent-elles passer du plomb vil des simples lieux des cours à l'or pur des hauts lieux du savoir, internationalement reconnus et capables de tirer le pays vers l'émergence. Les universités congolaises ne font pas le poids tant sur le plan mondial que sur l'échiquier continental.

Le couperet est tombé pour l'année 2021. La société Britannique Quacquarelli Symond (QS en sigle), spécialisée dans les domaines de l'enseignement universitaire et de la recherche scientifique vient de livrer son verdict. QS, qui jouit d'une réputation non usurpée, vient de publier son classement de meilleures universités, tant sur le plan mondial que sur le plan continental, pour l'année en cours.

Il ne s'agit pas comme certains pourraient le suspecter, d'une escroquerie intellectuelle camouflée derrière des statistiques robustes. Il est question d'un travail très rigoureux d'aide à la décision multicritères.

Ici, les critères sont nombreux, Ils concernent le budget, les bâtiments, la logistique, les équipements mais aussi et surtout la qualité des enseignements, la rigueur dans la recherche, les publications scientifiques et la hauteur des services offerts à la société.

Je dois avouer que cette liste des critères est loin d'être exhaustive. Dans l'échiquier mondial, il n'y a que onze universités africaines qui font partie des mille meilleures universités au monde. Plus précisément, il s'agit de sept universités sud-africaines et de quatre universités égyptiennes.

Pour faire court, nous n'allons pas les citer in extenso. Nous allons plutôt mentionner pour l'Afrique du Sud, l'Université de Cape Town qui occupe la 220ième place et l'Université de Witwatersrand classée 403ème.

En ce qui concerne le classement des universités africaines, ce sont toujours les universités des deux pays ci-dessus qui mènent le bal en occupant à elles seules toutes les treize premières places. Un fait insolite qui échappe à toutes les grilles de lecture usuelles est celui de ne pas retrouver une seule université du grand Congo parmi les cent premières universités d'Afrique.

Deux questions se bousculent, tout naturellement dans les têtes du lecteur. Celle du Quid juris (pourquoi cet état de choses ?) et celle du Quid factis (comment améliorer cet état de choses?).

Les réponses à ces questions sont données de manière implicite dans les lignes qui suivent. Les universités congolaises doivent actualiser leurs programmes, dispenser des enseignements de qualité et se soustraire de toute sorte de médiocrité.

De prime abord, nos universités doivent créer des cadres convenables pour le déroulement des enseignements, des auditoires spacieux et aérés, des bibliothèques achalandées, des laboratoires d'informatique à la page, pour tout ce qui est numérique et activité online, des connections assurées, des laboratoires spécialisés pour les sciences expérimentales etc.

En ce qui concerne le personnel, nos universités doivent se doter des enseignants qualifiés, compétents et dévoués ainsi que d'une équipe d'appoint à la hauteur.

Nos universités ont la lourde responsabilité de transmettre à leurs étudiants un savoir et un savoir-faire dans leurs domaines de spécialité respectifs.

Outre ce transfert d'intelligence, les étudiants doivent aussi être dotés d'un savoir être qui fait d'eux des citoyens responsables et patriotiques. Chaque université doit veiller bec et ongle à ce que l'information, l'éducation, l'instruction et la formation que reçoivent ses étudiants se fassent dans un terreau fertile. Pas dans un environnement truffé d'antivaleurs telles que la corruption, le népotisme, le tribalisme et les mauvaises pratiques.

Ces dernières concernent, entre autres, les points sexuellement transmissibles, les cops, la vente au forceps des syllabus etc.

Aucune infraction en rapport avec ces matières sensibles, qui ternissent l'image de nos universités, ne devrait rester impunie. Malheureusement, tout ce qui précède ne relève, que d'un chapelet d'intention.

Nos universités ne doivent pas négliger la recherche scientifique et les services à la communauté. Beaucoup de nos universités ont tendance à oublier que l'enseignement n'est pas la seule mission d'une université. Toute université, digne de ce nom, doit encourager les activités de recherche dans ses rangs. Une université affirme son identité scientifique grâce aux travaux de recherche menés dans ses laboratoires.

Les enseignants de nos universités doivent consacrer une partie de leur énergie et de leurs efforts à résoudre des problèmes théoriques et à appliquer les résultats obtenus pour s'attaquer à des problèmes concrets. Ils doivent aussi être en mesure de transformer des hypothèses en certitude et de faire des va et vient incessants entre théorie et pratique.

C'est ici le lieu de faire allusion à la boutade d'Einstein: "Il ne faudrait pas que tout soit expliqué et que rien ne fonctionne ou que tout fonctionne et que rien ne soit expliqué". Les résultats obtenus dans les travaux de recherche doivent être publiés dans des journaux spécialisés. Ce n'est pas l'abondance des papiers qui compte mais l'excellence. La recherche doit être l'alliée du service à la communauté. Ce sont deux univers indissolubles.

Ils se nourrissent et s'influencent mutuellement. De l'une à l'autre, les idées et les pratiques ne cessent de circuler. Il faut à partir de certains résultats de recherche, trouver des bifurcations vers le bien-être des populations.

Malheureusement au Congo, très peu d'enseignants s'adonnent à la recherche. Les rares qui font des recherches choisissent, pour des raisons de facilité, de publier leurs résultats dans des revues de caniveau. Très peu se soucient d'intervenir, d'une manière ou d'une autre, au service à la communauté.

En guise de conclusion

L'Equation congolaise: université égale formation cause du tort à nos universités. En effet, partant de cette équation, elles n'ont plus d'autres options que de jeter aux orties les deux autres missions dévolues aux universités, à savoir: la recherche scientifique et le service à la communauté.

Dans leurs démarches intellectuelles, nos universités devraient plutôt être dotées d'une sorte d'œil pinéal de Descartes.

Avec dans le versant intérieur, un enseignement de bonne facture et une recherche d'un excellent niveau.

Et dans le versant extérieur, un service impeccable à la communauté. Elles devraient aussi se soustraire de la médiocrité qu'incarnent les antivaleurs.

Toutefois, il y a un prix à tout cela. D'une part, l'assiette financière de chacune de nos universités doit être majorée de manière substantielle.

D'autre part, les propositions faites ici en matière d'amélioration des enseignements, des activités des recherches et des services à la communauté doivent être scrupuleusement respectées.

En plus, les antivaleurs doivent être bannies au sein de nos institutions universitaires. Avec ça nos universités pourront donner des bons résultats et ainsi avoir les bonnes grâces des agences de classification des universités. Terminons par les citations ci-après se trois grands penseurs, en l'occurrence Aristote, Marx et Freiber.

Ils avaient affirmé respectivement que l'homme était un animal politique, un animal social et un animal créatif.

Puisse les universités, nouvelles moutures, que nous appelons de tous nos vœux pour notre pays, lui offrir des jeunes qui conjuguent avec élégance les trois attributs que les trois grands savants avaient assignés à un homme bien pensant.

C'est-à-dire, des jeunes capables de saisir et d'orienter les mutations politiques, socio-économique et technologiques.

En d'autres termes, des citoyens à même d'ajuster les filtres perceptuels de leur environnement.

Citoyens dont nous avons besoin pour tirer le pays vers l'émergence.

Plus de: La Prospérité

à lire

AllAfrica publie environ 800 articles par jour provenant de plus de 130 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.