Cameroun: Jean-Marie Teno - Cinéaste engagé pour les femmes

Son prochain film documentaire portera sur les violences et l'idée de consentement tant souvent refusée à ces dames dans la société.

Jean-Marie Teno est arrivé au Cameroun en janvier dernier pour un projet spécial. Son prochain film documentaire : « Mon corps n'est pas un tambour ». Comme ce titre l'indique, cette nouvelle production s'intéresse aux violences faites aux femmes. Ce travail lui trottait dans la tête depuis plusieurs années. Le déclic survient il y a 20 ans. Le réalisateur rencontre à l'occasion d'un de ses tournages, l'association de lutte contre les violences faites aux femmes. « J'ai même appris qu'un mari avait encore à cette époque-là, le droit de correction sur sa femme. Cette question n'a cessé de me hanter », reconnaît Jean-Marie Teno. Deux décennies plus tard, quand il entend des jeunes filles d'une vingtaine d'années parler de leurs premiers rapports sexuels, il est encore plus troublé. « Elles disent : J'ai cédé. Comme si en fait il y avait une pression sur elles qui les obligeait à faire quelque chose qu'elles n'étaient pas du tout prêtes à assumer », souligne-t-il.

S'interroger sur le consentement dans la société camerounaise actuelle, sur le respect de la femme, sur le respect de son désir, s'impose. « Il y a trop de non-dits et de silences dans cette affaire de violences », condamne-t-il. Son documentaire convoque des jeunes femmes, lycéennes et collégiennes, enseignantes, mais aussi des artistes performeuses militantes et familières du sujet : Gabriela Badjeck et Ange Kayifa. Jean-Marie Teno condamne cette pensée autour du mariage, cercle parfois sombre, où les femmes subissent les pires violences. « Pour beaucoup, le mariage c'est la permission de tout faire, comme si la femme devait renoncer à tout choix, à toute décision », regrette le réalisateur. Tout au long de sa carrière, Jean-Marie Teno a montré à travers ses documentaires, bon nombre de dysfonctionnements dans la société, ce qui lui a valu, notamment après son film « Bikutsi Water Blues » sorti en 1988, une réputation d'antipatriotique. Mais rien n'a su altérer les combats contre l'injustice que mène cet ancien élève du Lycée Général Leclerc.

Il se rêvait journaliste, mais a choisi la direction derrière la caméra. Pas trop éloigné, diriez-vous, mais il voulait plus, parler, dénoncer, sans censure. Seul le cinéma lui augurait cette liberté. Il n'y a pas que son combat pour la reconnaissance des droits des femmes, qui ramène Jean-Marie Teno au Cameroun, lui qui vit entre son pays natal, la France et les Etats-Unis. La formation des jeunes aussi. Il était le premier intervenant dans le tout nouveau Master professionnel de cinéma ouvert l'Université de Yaoundé I, et se focalise également sur sa plateforme « Patrimoine et Héritage » lancée en 2017 pour former les jeunes réalisateurs.

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