Madagascar: Microfinance - Un segment concurrent pour les banques

Le microcrédit s'est beaucoup développé en vingt ans. Face à son succès auprès de la population, les banques réagissent par une incursion dans ce secteur.

Dans le même élan que le secteur de la microfinance en Afrique subsaharienne, ce segment a connu une évolution qui a marqué tout le secteur des finances et des banques à Madagascar. Avec un taux très élevé sur le prêt auprès des banques primaires classiques, l'accès à ce service s'est rapidement développé à travers les établissements actifs dans la microfinance sur la Grande Île, ces deux dernières décennies

Ces établissements se sont multipliés pendant cette période et ont couvert plusieurs types de demandes auprès de la population malgache : crédit d'achat (automobile, habitat, mobilier, équipements professionnels ou individuels, crédit d'assurance santé, ... ), crédit pour les très petites entreprises (TPE) communément appelées entreprises individuelles, ... Les offres sont multiples et les établissements se sont développés plus rapidement que les banques sur ce segment très rentable.

Les établissements et les institutions de microfinance

Si l'on a pu dénombrer pas moins de 29 établissements offrant du microcrédit à Madagascar dans les années 2010, la période a également été marquée par le changement de statut de certains établissements de microfinance. Certains ont obtenu de la Commission de supervision financière et bancaire (CSBF) leur licence de banque primaire, qui leur permet d'être à la fois une banque primaire classique, mais également actifs dans la microfinance. À l'exemple de Microcred qui rejoint le giron de Baobab Group, présent dans une dizaine de pays.

Certains sont pourtant restés fidèles à ce segment très recherché par les consommateurs comme la Première agence de Microfinance (PAMF) faisant partie de l'Aga Khan Development Network (AKDN); le Réseau CECAM (Caisses d'Epargne et de Crédit Agricole Mutuels) qui est un réseau mutualiste, OTIV (Ombona Tahiry Ifampisamborana Vola) également constitué autour de plusieurs réseaux mutualistes, la Caisse d'Epargne de Madagascar (CEM) dont l'activité était exclusivement à l'épargne mais qui depuis sa «Vision 2012» offre d'autres services comme les comptes de dépôt à vue et les prêts.

Il faut également noter que certaines banques offrent des services de microfinance comme Accès Banque Madagascar, filiale d'Accès Banque Holding ), où la Société Générale Madagascar détient une part du capital (24%).

Situation

Avant la crise sanitaire de 2020, la Banque Centrale de Madagascar (BCM) a rapporté une stabilité relative du patrimoine financier des ménages malgaches. L'indice n'est pas éloigné de son Rapport sur la stabilité financière de 2018 qui évoque un chiffre de 10,3% du PIB, contre 10% du PIB en 2017. La BCM indique également que la majorité du patrimoine financier des ménages sont les dépôts bancaires. Il faut pourtant noter que le taux de bancarisation à Madagascar peine à dépasser les 5%. Ce qui révèle un segment majoritaire de la population qui n'utilise pas encore les services bancaires.

Cette situation a permis aux institutions de microfinance d'accroître leurs activités depuis 20 ans. La facilité d'accès à leurs services et leur grande présence en milieux ruraux ont accéléré leur essor. Ces établissements, dans l'ensemble, ont réalisé un taux de pénétration de 12%, plus du double de celui des banques primaires classiques à Madagascar.

Il faut également comprendre que cette situation est due au fait que les taux d'intérêt des prêts bancaires sont élevés, oscillant autour de 16%, alors que certains établissements de microfinance offrent jusqu'à 5%, suivant la somme demandée et les projets inscrits pour les demandes de prêts. Cette situation a ramené les établissements de microcrédit à ce taux de pénétration de 12%.

Le taux de bancarisation très bas illustre la faiblesse du tissu économique malgache, constitué par plus 85% de personnes actives qui se retrouvent dans l'informel. Ce qui est également le cas de nombreux pays d'Afrique subsaharienne.

Riposte des banques

Les banques ne sont pas restées inactives devant cette situation. Nombreuses ont commencé une incursion dans le microcrédit à travers des offres de plus en plus agressives et attrayantes pour le consommateur: crédit d'achat (avec des paliers suivant l'importance des achats), crédit scolarité, crédit pour le logement sur le long terme, crédit de vacances,...

Il faut noter également la présence de plus en plus marquée des banques dans les crédits pour les PME, à l'instar de la création récente de la «Maison de la PME» par la Société Générale Madagascar, une banque, déjà actionnaire d'Accès Banque Madagascar, mais qui s'était concentrée auparavant sur les grands comptes et les segments supérieurs des consommateurs sur la Grande île.

La plupart de ces banques sont aussi associées à des groupes de télécommunication afin d'offrir des services de proximité aux consommateurs, à l'instar de ce que la BNI Madagascar fait avec MVola dans les cartes de crédit, les deux sociétés étant des filiales du groupe Axian, ou ce que la Société Générale a lancé avec les services à distance Yup à travers le téléphone mobile.

Il faut pourtant savoir que seulement 0,4% de la population utilise les cartes de crédit, ce qui laisse une marge relativement confortable aux établissements de microfinance à Madagascar.

Plus de: L'Express de Madagascar

à lire

AllAfrica publie environ 800 articles par jour provenant de plus de 130 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.