Ouganda: Le président menace d'attaquer en justice le premier quotidien du pays

communiqué de presse

Le président Yoweri Museveni a menacé de poursuites judiciaires et de pressions économiques le principal quotidien ougandais. Reporters sans frontières (RSF) condamne cette attitude indigne et demande au chef d'Etat de respecter la liberté de la presse dans son pays.

Alors qu'il s'exprimait lundi 8 mars, à l'occasion de la journée mondiale de la femme, le président ougandais Yoweri Museveni, au pouvoir depuis 34 ans, a menacé de poursuites judiciaires et de "pousser à la faillite" le Daily Monitor, le principal quotidien du pays, après que celui-ci a relayé des informations du Wall Street Journal révélant que des membres proches du président s'étaient secrètement fait vacciner contre la Covid-19. Le chef de l'État est allé jusqu'à demander que les journalistes du Daily Monitor "s'excusent, s'allongent et demandent pardon". Contacté par RSF, l'un des rédacteurs en chef du quotidien a confirmé que les avocats du président avaient écrit au journal pour les notifier de l'intention de leur client d'engager des poursuites.

"Les menaces proférées à l'encontre de ce journal sont dangereuses et indignes d'un chef d'État, dénonce le responsable du bureau Afrique de RSF, Arnaud Froger. Ces propos sont d'autant plus inquiétants qu'ils surviennent dans un contexte post-électoral très mouvementé où les médias et les journalistes n'ont pas été épargnés."

En janvier, le président Yoweri Museveni a été réélu pour un sixième mandat au terme d'une campagne électorale marquée par de nombreux cas de violence et une répression intense à l'égard des médias. RSF a enregistré près d'une quarantaine d'attaques contre les journalistes depuis le mois de novembre 2020, dont 21 agressions et 8 arrestations.

Yoweri Museveni est coutumier des invectives et menaces visant la presse indépendante. Le Daily Monitor qu'il qualifie régulièrement d'ennemi de l'État fait partie de ses cibles favorites. En 2018, le président avait menacé de "s'occuper" du journal qu'il avait qualifié de "diabolique" pour avoir dénoncé l'augmentation de la dette du pays dans ses colonnes. Selon les informations obtenues par RSF, le principal actionnaire du journal a également reçu des pressions et des menaces sur ses intérêts économiques en dehors du journal s'il ne changeait pas la ligne éditoriale de ce dernier.

Depuis 2015, l'Ouganda a perdu 28 places et occupe désormais la 125e position sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF.

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