Afrique: Présidence de la CAF - Patrice Motsepe, le triomphe du candidat hors système

Patrice Motsepe, fondateur et président exécutif, African Rainbow Minerals, Afrique du Sud au Forum économique mondial sur l'Afrique 2015 à Cape Town.

Dakar — A 59 ans, l'homme d'affaires sud-africain Patrice Motsepe, encore inconnu pour la quasi-totalité du monde du football africain à l'annonce de sa candidature, a été élu vendredi à la présidence de la Confédération africaine de football (CAF).

Malgré son silence médiatique, jusqu'à l'annonce de son programme il y a une quinzaine de jours, le président des Mamelodi Sundowns (élite sud-africaine) a réussi à succéder au Malgache Ahmad Ahmad, après le désistement des autres candidats, qui ont dit vouloir prôner ainsi l"'unité" du football africain.

Une absence médiatique qui avait d'ailleurs poussé un institut de recherches sud-africain à lui demander de mettre un coup de collier à sa campagne sous peine d'échouer d'autant plus que, du côté des autorités sportives et politiques de son pays, il y avait peu de soutiens pour Patrice Motsepe.

Il a déroulé son programme sans l'onction officielle du président de la Ligue professionnelle sud-africaine, Irvin Khoza. Il a bénéficié de quelques soutiens de taille, dont celui du président de la Fédération sud-africaine de football (SAFA), Danny Jordaan.

Patrice Motsepe a également fait sans l'establishment de la CAF qui ne voyait pas d'un bon œil l'arrivée d'un inconnu du système qui, comme pedigree dans le monde du ballon rond, est seulement le propriétaire d'un club de football. Mais il semblerait que c'était suffisant dans cette volonté d'imposer du neuf après l'échec du magistère du successeur du Camerounais Issa Hayatou (1988-2017).

Et, en définitive, tout le monde a préféré se ranger derrière l'enfant de Soweto devenu milliardaire, malgré son profil relativement inconnu du monde sportif hors d'Afrique du Sud.

Dans son pays, le nouveau président de la CAF incarne cette élite noire sud-africaine qui a prospéré après l'apartheid, et l'onction de la Fifa n'est pas loin d'expliquer ce triomphe.

Dixième plus grosse fortune d'Afrique, parmi les trois Sud-Africains les plus riches, avec un patrimoine estimé à environ 2,5 milliards d'euros, selon le magazine américain Forbes, il a fait fortune dans l'industrie minière et la finance. Mais Patrice Motsepe cultive une certaine discrétion.

Interrogé sur sa volonté de présider aux destinées du football africain, il avait répondu : "J'aime le football. Un amour stupide et irresponsable."

Cela a semblé suffisant, aux yeux des dirigeants du football africain, pour lui faire place nette, même si en amont il a bénéficié du soutien inconditionnel de la Fédération nigériane de football, dirigée par Amaju Pinnick.

Cet ex-proche d'Ahmad Ahmad, qui s'est fait éjecter du bureau de la CAF, et le président de la SAFA ont ouvert la porte à M. Motsepe. Ils lui ont préparé le terrain à l'occasion surtout des grandes messes du football africain. Par exemple, au dernier Championnat d'Afrique des nations, en janvier-février, où il a rencontré plusieurs présidents de fédération de football.

Dans une CAF étranglée financièrement, selon plusieurs analystes, le milliardaire serait une caution pour l'arrivée de plusieurs partenaires et servir de tête de pont pour la Fifa et son programme de développement du football africain.

Même s'il n'était pas connu de la majorité des fédérations africaines avant sa candidature, Patrice Motsepe est connu dans le monde des affaires où il a ses entrées jusqu'au très sélect Forum de Davos, en Suisse.

Des médias brossant son portrait rappellent qu'à la fin de l'apartheid, il est devenu le premier associé noir dans un cabinet d'avocats en Afrique du Sud.

Profitant du nouveau souffle de la nation arc-en-ciel et de l'effondrement du cours de l'or, il achète plusieurs mines à bon prix à la fin des années 90 et crée en 1997 la société African Rainbow Minerals Gold Limited, spécialisée dans l'extraction du cuivre, du platine, du fer et du charbon.

Sa fortune lui permet d'acheter en 2004 les Mamelodi Sundows, qu'il a portés sur le toit de l'Afrique en 2016 en remportant la Ligue africaine des champions, avec à sa tête l'ancien sélectionneur sud-africain Pitso Mosimane.

Ce dernier, qui avait conquis sept titres de champion d'Afrique du Sud, est allé rejoindre Al Ahly d'Egypte en 2020, lui permettant de créer un liant avec le football égyptien, l'un des gros bras du football continental.

Patrice Motsepe est le principal bailleur de la D3 sud-africaine (SAFA ABC Motsepe League), qui porte d'ailleurs le nom du milliardaire.

En plus de sa fortune, il est connu pour être beau-frère du président sud-africain, Cyril Ramaphosa, et une autre de ses sœurs est mariée à Jeff Radebe, un cacique du Congrès national africain, qui dirige l'Afrique du Sud depuis la fin de l'apartheid.

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