Afrique: La mise en œuvre du Mécanisme COVAX montre ce qu'il est possible de faire - Servons-nous-en pour parvenir à une véritable équité en matière de vaccins

Cette semaine, des vaccins fabriqués en Inde dans le cadre du Mécanisme COVAX, un programme mondial d'accès aux vaccins, sont arrivés dans plusieurs pays, dont le Ghana, la Côte d'Ivoire et la Colombie. Il faut sans nul doute se réjouir que le miracle de la science soit partagé, mais aussi avoir honte que de nombreux pays durement frappés pendant la pandémie n'aient toujours pas reçu de vaccins.

Avec la mise au point et l'approbation en un temps record de vaccins sûrs et efficaces, nous disposons, en plus des mesures habituelles de santé publique, d'un nouvel outil essentiel pour protéger les populations du virus. Le Mécanisme COVAX, l'axe de travail Vaccins du Dispositif pour accélérer l'accès aux outils de lutte contre la COVID-19 (Accélérateur ACT) présenté au mois d'avril dernier par l'OMS, le Président de la République française et d'autres partenaires mondiaux, commence à porter ses fruits et permet d'envisager une sortie de la pandémie.

Nous devons maintenant nous assurer que ces vaccins soient disponibles pour tous et partout. Le partage des doses, l'augmentation des capacités de fabrication en éliminant les obstacles et l'utilisation efficace des données pour cibler les communautés laissées pour compte sont essentiels pour mettre fin à cette crise.

Je me félicite que l'Inde partage maintenant des doses. Je suis également heureux que les pays du G7 s'engagent à partager une partie de leurs vaccins, après l'appel lancé par le Président de la République française, Emmanuel Macron, et l'Organisation mondiale de la Santé, et à verser des sommes importantes pour financer à nouveau le Mécanisme COVAX.

Toutefois, la grande majorité des 225 millions de doses de vaccin administrées jusqu'à présent l'ont été dans une poignée de pays riches et producteurs de vaccins, tandis que la plupart des pays à revenu faible ou intermédiaire attendent encore. Cette attitude du « moi d'abord » pourrait servir certains intérêts politiques à court terme, mais elle est contre-productive et retardera la reprise car les secteurs du commerce et des voyages continueront de souffrir.

Il faut saisir sans hésiter la moindre occasion de vaincre ce virus. Les nouveaux variants qui apparaissent semblent être plus transmissibles, plus mortels et moins sensibles aux vaccins. La menace est évidente : tant que le virus se propage, il a plus de possibilités de muter et ces mutations peuvent nuire à l'efficacité des vaccins partout. Il se pourrait que l'on revienne à la case départ.

Des chefs d'État, des institutions internationales et des groupes de la société civile ont déjà signé une déclaration sur l'équité en matière de vaccins qui appelle les gouvernements et les fabricants à accélérer les procédures d'homologation et à renforcer les capacités de fabrication.

Mais le renforcement des capacités de fabrication ne se produira pas spontanément. Nous vivons un moment historique et nous devons relever le défi. Qu'il s'agisse du partage des doses, du transfert de technologie, de l'octroi de licences volontaires, comme le préconise le Groupement d'accès aux technologies contre la COVID-19 de l'OMS, ou de la renonciation aux droits de propriété intellectuelle, comme l'ont suggéré l'Afrique du Sud et l'Inde, nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir.

Les règlements commerciaux prévoient des flexibilités dans les situations d'urgence, et il ne fait aucun doute qu'une pandémie mondiale qui a mis de nombreuses sociétés à l'arrêt et causé tant de tort aux entreprises - grandes et petites - en est une. Nous devons être sur le pied de guerre, et il est important que nous disions clairement ce dont nous avons besoin.

La fabrication et la production de vaccins doivent être durables partout dans le monde. Ce sera utile pendant cette pandémie et essentiel pour les pandémies futures. Certains laboratoires, comme Astra Zeneca, ont partagé leurs licences afin que les vaccins puissent être fabriqués sur plusieurs sites. D'autres, comme Pfizer et Sanofi, ont conclu des accords de transfert de technologie, par exemple pour la finition des flacons de vaccins. Certains gouvernements, comme celui du Canada, ont également conclu des accords avec des entreprises et ont créé des unités de fabrication entièrement nouvelles, qui permettront de produire de nouvelles doses en quelques mois.

Il s'agit de mesures importantes, mais nous ne pouvons pas relâcher nos efforts tant que tout le monde n'aura pas accès aux vaccins, et nous devons garantir l'existence de chaînes d'approvisionnement en vaccins durables beaucoup plus grandes que celles dont nous disposons actuellement. Ce sera d'autant plus important si nous devons administrer des doses de rappel ou reformuler des vaccins pour lutter contre les variants. La renonciation temporaire aux brevets ne signifie pas que les entreprises novatrices seront perdantes. Comme pendant la crise du VIH ou en temps de guerre, les entreprises percevront des redevances pour les produits qu'elles fabriquent.

Pour certaines choses, le secteur privé est vraiment performant, tandis que dans d'autres domaines, les gouvernements doivent intervenir. Je ne crois pas qu'à l'échelle mondiale les capacités de fabrication soient actuellement à leur maximum. Par exemple, certains fabricants n'ont pas été en mesure de produire les vaccins candidats retenus, ce à quoi on pouvait s'attendre, mais leurs installations de production peuvent être réutilisées pour les vaccins qui ont fait leurs preuves. À cette fin, je suis heureux que le Président Biden annonce que J&J et Merck vont s'associer pour augmenter la production de vaccins.

Il est également important que les pays à revenu faible ou intermédiaire s'appuient sur leurs capacités de fabrication nationales. Tout comme le vaccin contre la fièvre jaune est maintenant produit à Dakar, au Sénégal, un investissement dans la fabrication permettrait de faire de même pour les vaccins contre la COVID-19.

Il n'a jamais été possible de vacciner l'ensemble de la population mondiale en une seule fois. Mais avant la pandémie de COVID-19 également, nous n'avions jamais mis au point si rapidement des vaccins sûrs et efficaces contre un nouveau virus. Aujourd'hui, plusieurs vaccins sont utilisés pour protéger les populations du nouveau coronavirus et de ses variants. La pandémie a montré ce que la solidarité et l'engagement mondiaux permettaient de faire.

Bien que les gouvernements et les groupes pharmaceutiques soient essentiels au déploiement équitable des vaccins, tout le monde a un rôle à jouer. Pour les multinationales dont l'activité dépend du commerce et des voyages, par exemple, faire un don au Mécanisme COVAX est le moyen le plus rapide d'agir plus vite pour mettre fin à la pandémie et pour permettre aux êtres humains de se déplacer à nouveau. Les particuliers, notamment ceux qui ont déjà eu la chance de se faire vacciner, peuvent également manifester leur soutien en faisant un don au Mécanisme COVAX, et indiquer ainsi clairement aux gouvernements que l'équité en matière de vaccins est une bonne chose.

Il ne s'agit pas seulement de vaincre la COVID-19 sur le plan médical. Pour des millions de personnes, cette pandémie est synonyme d'absence de travail et de difficultés pour se nourrir. Le développement et l'éducation des enfants sont au point mort. Ces effets sont aussi graves que la pandémie elle-même et sont une raison supplémentaire pour laquelle nous devons recourir à la vaccination et à d'autres outils sanitaires pour remonter la pente ensemble.

Et en termes de sécurité mondiale, plus vite nous pourrons vacciner, plus vite nous pourrons nous concentrer sur la lutte contre d'autres menaces comme la crise climatique, qui n'a pas disparu alors que notre attention a été monopolisée par le virus.

C'est à nous d'écrire l'avenir. La politique, le statu quo ou ceux qui disent que nous n'y arriverons pas ne doivent pas nous décourager. Il s'agit de la plus grande crise de notre vie, mais assister au déploiement des vaccins au Ghana ne devrait qu'alimenter notre enthousiasme collectif pour qu'aucun pays ne soit laissé pour compte. Bien que le virus ait profité du fait que notre monde soit interconnecté, nous pouvons également renverser la vapeur en utilisant cette interconnexion pour diffuser des vaccins vitaux plus loin et plus rapidement que jamais.

C'est le moment ou jamais.

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