Tchad: Le pays obligé de s'exprimer via les réseaux sociaux

Maréchal Idriss Deby Itno

Le Tchad a interdit les émissions politiques interactives dans les médias durant la période électorale. L'opposition dénonce une atteinte à la liberté.

En pleine campagne électorale en vue de la présidentielle du 11 avril, l'opposition est obligée de recourir aux médias sociaux pour animer des débats politiques. Ceci en raison de l'interdiction par la Haute autorité des médias et de l'audiovisuel des émissions politiques interactives dans tous les médias durant la période électorale.

"Bonsoir chers compatriotes, Tchadiennes et Tchadiens de l'intérieur et de la diaspora."

Cette voix, est celle de l'ancien journaliste François Djekombé, en pleine émission sur sa page Facebook. François Djekombé, qui dirige aujourd'hui un parti d'opposition, est obligé de recourir à Facebook pour s'adresser aux Tchadiens.

Risque de tensions postélectorales

Selon les responsables de la Haute autorité des médias et de l'audiovisuel (Hama), les médias tchadiens n'ont ni les ressources nécessaires ni les moyens techniques pour conduire des émissions interactives. Ce qui constituerait un risque en cette période électorale marquée par des tensions. D'où la décision de suspendre ces émissions.

Mais pour l'opposition, c'est une décision qui vise à museler les citoyens.

Privée de ces émissions radios et télévisées qui permettent aux citoyens de donner leur avis sur des sujets politiques, l'opposition se tourne désormais vers les réseaux sociaux pour s'exprimer.

Selon Mahamat Ahamat Alhabo, le secrétaire général du PLD, le Parti pour les libertés et le développement, un parti d'opposition, "C'est une façon d'interdire à un certain nombre d'acteurs politiques et notamment l'opposition d'accéder aux médias en cette période. Que la Haute autorité des médias et de l'audiovisuel se ressaisisse et laisse les Tchadiens s'exprimer".

L'opposant estime que "Quand on empêche quelqu'un d'accéder à toute forme d'expression, on le frustre énormément. Et une personne qui est frustrée est capable de tout. Devant tous ces obstacles, toutes ces difficultés, l'opposition est tenue de chercher des solutions à ces problèmes et d'utiliser les autres médias qui sont à sa disposition comme Whatsapp et Facebook pour s'exprimer."

Dénoncer la mascarade électorale

Même réaction de François Djekombé, président du parti USPR Union sacrée pour la République. Il souligne que "Les médias d'Etat sont pris en otage par le régime et donc nous pensons que les réseaux sociaux sont importants dans la liberté d'expression. Parce que ça permet aux citoyens, n'importe qui, d'en faire usage pour pouvoir commenter une actualité. Pour cette campagne nous sommes obligés de faire un direct chaque jour. Nous sommes en train de militer pour que cette élection, qui est absolument une mascarade, ne puisse pas avoir lieu."

De nombreux internautes sont également contraints de se tourner vers des webradios animés par la diaspora tchadienne pour commenter l'actualité politique au Tchad.

Mais le coût excessif et la médiocre qualité de la connexion internet ne permettent pas à tout le monde d'avoir accès à ces émissions. Les internautes doivent également faire face à des complications : même s'il a été rétabli début mars, la connexion aux réseaux sociaux était restreinte au Tchad depuis juillet 2020.

Plus de: DW

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