Afrique: Allocution liminaire du Directeur général de l'OMS lors d'une table ronde sur les liens entre santé et économie, London School of Economics - 17 mars 2021

Merci beaucoup, Minouche Shafik, et merci d'organiser cet événement ici aujourd'hui. C'est un honneur d'être parmi vous.

Professeure Mariana Mazzucato,

Dre Clare Wenham,

Mesdames et messieurs les invités, chers collègues et amis,

Merci à tous de participer aujourd'hui à ce débat très important.

Il est inutile de vous rappeler que la COVID-19 a provoqué une crise mondiale sans précédent qui a ébranlé les fondements de la sécurité sociale, politique et économique.

La pandémie a révélé et exploité les lacunes de nos systèmes de santé et les inégalités de nos sociétés.

Elle a submergé les systèmes de santé, même dans les économies les plus solides du monde.

Lors de certains débats publics, la riposte à la pandémie a été présentée comme un choix entre la santé et l'économie.

Mais ce n'est pas réellement un choix. Nous n'avons pas à choisir entre la vie et les moyens de subsistance. Ils vont toujours de pair.

L'OMS tente depuis des années de montrer l'intérêt économique d'investir en faveur de la santé.

La pandémie l'a montré on ne peut plus clairement : la santé, l'économie, le développement et la stabilité vont ensemble et sont interdépendants.

Quand les personnes sont en bonne santé, elles peuvent apprendre, gagner leur vie et innover.

Quand elles sont malades, toute la société en souffre.

Une situation d'urgence sanitaire de grande ampleur peut faire vaciller la société et l'économie.

Ce sont les personnes et les communautés les plus vulnérables qui en souffrent le plus.

Mais les investissements dans les systèmes de santé n'évitent pas seulement les effets négatifs d'une crise, ils peuvent aussi stimuler l'économie.

Ainsi, selon la Commission de haut niveau des Nations Unies sur l'emploi dans le secteur de la santé et la croissance économique, 40 millions de nouveaux emplois devraient être créés dans le secteur de la santé d'ici à 2030 au niveau mondial.

C'est essentiel pour la santé, mais cela permettra aussi à un plus grand nombre de personnes de percevoir régulièrement un salaire.

Et comme les femmes représentent 70 % du personnel de santé à l'échelle mondiale, les emplois de soignants sont aussi un investissement dans l'égalité des genres.

Cependant, tous les investissements dans la santé ne sont pas égaux, et la façon dont les pays financent la santé peut également avoir des conséquences au-delà du secteur de la santé.

Par exemple, lier l'assurance-maladie à l'emploi peut entraîner d'importantes inégalités dans les sociétés où le secteur informel occupe une place importante, ou lorsqu'un ralentissement économique soudain entraîne des pertes d'emplois, comme dans le cas de la COVID-19.

Mais l'économie de la santé va bien au-delà du système de santé.

En réalité, les investissements les plus rentables en faveur de la santé sont ceux qui évitent ou retardent le recours au système de santé, en permettant de s'attaquer aux raisons pour lesquelles les personnes tombent malades et meurent - liées à la nourriture, à l'eau, à l'air et aux conditions de vie et de travail.

Les pays dépensent des milliards pour traiter le cancer du poumon au lieu d'éliminer le fléau du tabagisme.

Ils traitent l'obésité, le diabète et les cardiopathies au lieu de promouvoir une alimentation saine.

Ils traitent les conséquences des accidents au lieu d'améliorer la sécurité sur les routes.

Ils traitent la dépression au lieu de promouvoir la santé mentale.

Et ils ripostent aux épidémies au lieu d'investir dans la préparation.

Nous devons faire des choix différents.

Pour relever les principaux défis de la santé publique, aujourd'hui et dans les années à venir, nous devons aller au-delà du secteur de la santé pour agir sur les déterminants sociaux, économiques et commerciaux de la santé.

Nous savons, par exemple, qu'il est possible de réduire la consommation de tabac par le biais de la fiscalité, et il faut adopter des approches similaires pour combattre les effets de l'alcool, du sucre et des combustibles fossiles sur la santé.

Il ne suffit donc pas d'investir davantage dans la santé publique. Nous devons aussi repenser la façon dont nous considérons la santé.

Il est temps de voir les choses autrement pour considérer la santé et les systèmes de santé non pas comme des coûts, mais comme des investissements fondamentaux pour une économies productive, résiliente et stable.

Et nous devons faire de la santé un objectif social et un but fondamental des politiques économiques.

C'est pourquoi l'OMS met en place un nouveau Conseil sur l'économie de la santé pour tous, présidé par la Professeure Mariana Mazzucato, afin de mettre en lumière les liens entre la santé et une croissance économique durable, inclusive et axée sur l'innovation.

Je vous remercie donc, Mariana, d'avoir accepté de présider ce Conseil, et je me réjouis de notre collaboration.

Chers amis, votre collaboration est essentielle, non seulement pour vaincre cette pandémie, mais aussi pour bâtir le monde plus sain, plus sûr et plus juste que nous voulons tous.

Je vous remercie.

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