Sénégal: Commémoration et hommage - Amadou Mahtar Mbow, 100 ans d'un éternel combattant

Pr Amadou Mahtar Mbow, ancien Directeur général de l'UNESCO, lors de la célébration de l'anniversaire de son centenaire
20 Mars 2021
opinion

La commémoration des 100 ans du professeur Amadou Mahtar Mbow débute ce samedi 20 mars au Musée des civilisations noires (Mcn). Un colloque international et une exposition sur la vie de l'ancien directeur général de l'Unesco, regrouperont des intellectuels et artistes venus de divers horizons. L'annonce a été faite, mercredi dernier au Mcn, lors d'un point de presse animé par les membres du comité d'organisation.

Cent ans, ça se fête ! D'autant plus que cela n'arrive pas toujours chez les êtres mortels que nous sommes ! A ce propos, le Sénégal veut célébrer avec faste le centenaire d'Amadou Mahtar Mbow, l'un de ses plus illustres fils dont la vie, riche et jalonnée de succès, enjambe avec brio les 20ème et 21ème siècles. De sa naissance, un certain 20 mars 1921 à Dakar, à son enfance passée à Louga, au nord du Sénégal, jusqu'à sa paisible retraite bien méritée, le patriarche a parcouru bien du chemin et occupé des fonctions dont la plus connue est sans doute celle de directeur général de l'Unesco qu'il occupa de 1974 à 1987, soit deux mandats successifs. Auparavant, il fut ministre de l'Education de 1966 à 1968, puis ministre de la Culture, de la Jeunesse et des Sports de 1968 à 1970. Dans une biographie qui lui est consacrée et qui paraîtra en novembre prochain, les auteurs Fatoumata Diallo Bâ et Mahamadou Lamine Sagna passent en revue l'itinéraire de celui qui fait partie des fondateurs de la fameuse Fédération des étudiants d'Afrique noire de France (Feanf). A seulement 19 ans, il s'engagea comme volontaire et participa à la Seconde Guerre mondiale de 1939 à 1945 en tant que soldat de l'armée de l'air française.

Lors du point de presse de mercredi dernier, Mamadou Mansour Seck, ancien Chef d'état-major général des Armées, a fait un témoignage élogieux sur le parrain en se rappelant la visite qu'il lui avait rendue à son bureau de l'Unesco à Paris, alors qu'il venait d'intégrer la célèbre école militaire française de Saint-Cyr. Bien plus tard, en juin 2008, M. Mbow avait convaincu le militaire apolitique à rejoindre l'équipe des Assises nationales qu'il présidait et dont l'objectif était de réfléchir sur le devenir du Sénégal en proie à de fortes turbulences. Durant ces Assises, considérées comme un lieu d'échange et de recherche sur la vie politique, économique, culturelle et sociale du pays, Amadou Mahtar Mbow disait à qui veut l'entendre que le destin d'un peuple n'est inscrit dans aucune fatalité. Dans le même sillage, après le changement de régime, il avait dirigé la Commission nationale de réforme des institutions (Cnri) dont les conclusions furent déposées sur la table du chef de l'Etat, Macky Sall, le 13 février 2014. L'objectif était de mettre sur pied des instruments capables d'améliorer le fonctionnement des institutions sénégalaises, de consolider la démocratie, d'approfondir l'Etat de droit et de moderniser le régime politique.

NOUVEL ORDRE DE L'INFORMATION ET DE LA COMMUNICATION

L'hommage qui lui sera rendu durant les événements jalonnant la commémoration de son centenaire est bien mérité car les parcours de l'homme politique et de l'intellectuel se confondent dans une vie faite de combats contre toute forme d'injustice, que ce soit le racisme, le colonialisme ou le nazisme. On se souvient de la bataille épique qu'il livra, alors qu'il dirigeait l'Unesco, pour un Nouvel ordre mondial de l'information et de la communication (Nomic) qu'il avait théorisé et voulu mettre en œuvre. A cette époque, une poignée d'agences, essentiellement occidentales (la française Afp, la soviétique Tass, l'américaine Associated Press, etc.), monopolisaient le flux de l'information circulant dans le monde. Ce combat de David contre Goliath, à laquelle s'opposaient les Etats-Unis d'Amérique, lui coûta sans doute son poste de directeur général de l'Unesco. Il perdit un combat, mais pas la guerre car, des décennies plus tard, les questions relatives aux stratégies de la communication et des tentatives de domination sont toujours prégnantes et continuent de susciter des débats, surtout à l'ère du numérique et de la dématérialisation des supports d'information.

Quand il dirigeait l'Unesco, Amadou Mahtar Mbow (que ses intimes appellent Ndiaga) soutenait également les « freedom fighters », ces combattants de la liberté qui luttaient pour la souveraineté de leur pays dans le cadre des mouvements de libération. Il épaulait aussi les militants des droits de l'Homme, les artistes, les défenseurs de l'environnement et se distinguait dans son engagement pour la sauvegarde des biens culturels, leur entretien, leur inscription au patrimoine de l'Humanité et leur restitution à leur pays d'origine, comme le rappellent les auteurs Fatoumata Diallo Bâ et Mahamadou Lamine Sagna dans leur biographie à paraître. Lui qui, durant les premières années de son enfance, fut talibé (élève d'école coranique) et parcourut les rues de la ville de Louga en quête de pitance, est bien placé pour ressentir la souffrance des êtres vulnérables. « Il n'intégra l'école française qu'à l'âge de 9 ans car ses parents voulaient d'abord qu'il apprenne le Coran », a rappelé un intervenant lors du point de presse de mercredi dernier.

TRESOR HUMAIN VIVANT

Cet homme, qui a traversé de nombreuses générations, est considéré comme un trésor humain vivant, « un baobab et une boussole de nos libertés », surtout à l'endroit d'une jeunesse complètement déboussolée et en quête de repères. L'allégorie du baobab n'est d'ailleurs pas choisie au hasard car Amadou Mahtar Mbow fournit aux jeunes générations « les antioxydants pour préserver la vivacité de leurs esprits » et plonge ses racines profondes dans la terre qui féconde les arts, la culture, l'éducation et les sciences, autant de disciplines qui constituent la charpente de toute société qui se veut pérenne. « A partir des multiples dimensions imaginaires, symboliques et réelles de sa culture, il a développé une pensée esthétique, éthique et pratique », écrivent ses biographes. Lui-même est auteur de nombreux ouvrages parmi lesquels on peut citer « Le continent africain » (1965), « Le monde en devenir : réflexions sur le Nouvel ordre économique international » (1976), « Le temps des peuples » (1982) ainsi que de dizaines d'études et de communications sur les enjeux culturels, économiques, politiques et sociaux qui secouent le monde. Son parcours académique lui a valu d'être fait Docteur honoris causa de nombreuses universités à travers le monde.

Lors du point de presse de mercredi dernier, l'historienne Penda Mbow, le banquier Amadou Kane, le professeur Babacar Diop dit Buuba, le général Mamadou Mansour Seck et Fatou Mboup, présidente de la commission Organisation et Communication, ont livré les grandes lignes de la commémoration du centenaire d'Amadou Mahtar Mbow. L'événement commence ce samedi 20 mars à 9h30, au Musée des civilisations noires, par la projection d'un film documentaire sur le parrain, des messages de différents chefs d'Etat et de personnalités parmi lesquelles le président Macky Sall et le vernissage d'une exposition sur la vie et l'œuvre du parrain qui sera reversée aux fonds documentaires de la future Fondation qui portera son nom. Le point culminant sera un colloque regroupant des intellectuels autour des thèmes suivants : « Amadou Mahtar Mbow, une vision dynamique de l'éducation » (Penda Mbow), « Restitution des biens culturels » (Souleymane Bachir Diagne et Hamady Bocoum), « Interrogations sur les cultures africaines » (Mamadou Diouf), « Le visionnaire : histoire et actualité du Nomic » (Edwy Plenel et Doudou Diène), « L'engagement politique et citoyen : Assises nationales et Cnri » (Mamadou Lamine Loum), « Le message pour les jeunes dans la vie et l'œuvre d'Amadou Mahtar Mbow » (Hamidou Anne, Aminata Kane et Alyune Blondin Diop). Au mois d'avril, d'autres événements seront organisés au Musée Théodore Monod de Dakar, puis les régions de l'intérieur du pays prendront le relais et, peut-être, d'autres pays africains qui pourraient être intéressés par la commémoration du centenaire d'Amadou Mahtar Mbow, ce fils dont toute l'Afrique est si fière.

Plus de: Le Soleil

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