Ile Maurice: Réseaux sociaux - Anushka Virahsawmy déplore le lynchage sans fondement de Safe Haven sur Facebook

Autant les réseaux sociaux ont libéré la parole, autant ils ont aussi permis à certains de raconter n'importe quoi et de faire des allégations malveillantes à propos d'autres personnes ou d'institutions. C'est justement contre le lynchage de Safe Haven sur Facebook que s'insurge Anushka Virahsawmy, directrice de cet abri de Moka, maison de transition opérationnelle depuis 2017 et destinée aux jeunes femmes en détresse et aux victimes de violence domestique et à leurs enfants.

L'histoire commence le 8 mars dernier, raconte Anushka Virahsawmy, qui tient à ce que toute la lumière soit faite sur cette allégation, d'où sa décision de venir publiquement de l'avant, même si le nom du centre qu'elle gère et son nom n'ont pas été mentionnés dans les posts sur Facebook. Elle assiste aux funérailles de sa grand-mère quand une de ses connaissances l'appelle pour lui demander de recueillir une femme en détresse et son enfant de deux ans. Comme c'est justement la mission de Safe Haven, la directrice effectue toutes les démarches pour que cette femme y ait sa place avec son enfant. «Pendant les huit jours suivants, tout s'est bien passé. Le 16 mars, cette dame est venue me voir pour me dire que deux enfants de deux et trois ans avaient touché la couche de son enfant. Je lui ai demandé s'ils jouaient ensemble mais elle a été incapable de me répondre car elle n'avait pas assisté à la scène. Elle m'a dit que c'est un enfant de sept ans, qui en a été témoin et qu'elle avait, par la suite, vu des rougeurs à côté des parties intimes de son enfant.»

Tout en prenant l'allégation très au sérieux, la directrice de Safe Haven lui fait remarquer que l'enfant de deux ans mis ainsi en accusation est malvoyant et souffre de paralysie cérébrale. «La dame a paru très surprise et a immédiatement changé de version, affirmant cette fois que c'était un autre enfant de six ans, qui a agressé sa fille. L'incident se serait produit dans la Play-room du centre où les enfants jouent et où chaque parent a la possibilité de voir ce que fait son enfant».

Anushka Virahsawmy a immédiatement fait appeler le garçon de six ans et celui-ci a nié avoir touché la petite fille. Il a précisé que les deux enfants susmentionnés jouaient avec sa fille. «La dame a tapoté la tête de l'enfant de six ans et lui a dit : 'c'est bon mon garçon, tu peux partir. Je lui ai dit de s'assurer que les rougeurs n'étaient pas un nappy rash, qui peut être douloureux. La dame n'a rien dit d'autre», raconte la directrice de Safe Haven. Les résidentes du centre lui ont alors conseillé d'aller voir un médecin en cas de doute. «Elle a refusé.»

Le lendemain, à sa stupéfaction, Anushka Virahsawmy apprend sur Facebook qu'un groupe a été créé par la connaissance, qui l'avait appelée le 8 mars pour lui demander d'héberger la plaignante et que cette connaissance et certains des quelque 9 100 personnes, qui suivent ce groupe, se permettent de faire des allégations sur une institution à Moka. Même si le nom de Safe Haven n'est pas mentionné, il n'y a qu'un centre hébergeant les femmes en détresse et leurs enfants à Moka et Safe Haven est donc facilement identifiable.

De plus, il n'est plus question de «couche touchée» ou de «rougeurs à côté des parties intimes» mais de «viol», allégation qui est ensuite modifiée par la suite sur Facebook en «abus». Il est aussi avancé que la directrice fermerait les yeux sur cette affaire, pire qu'elle tenterait de l'étouffer. Ces posts ont donné lieu à d'autres commentaires enfonçant le clou contre Safe Haven et sa directrice.

Anushka Virahsawmy a tenté de tirer les choses au clair en contactant sa connaissance, cette dernière lui a répliqué sèchement qu'elle était en compagnie d'un avocat et a raccroché. La directrice de Safe Haven n'a eu d'autre choix que de suivre le protocole, soit d'alerter la Child Development Unit pour faire part du cas et aller donner une déposition à la police.

«Je laisse la police faire son travail et je ne commenterai pas plus longuement cette affaire. La seule chose que je me demande, c'est : est-ce qu'une tierce personne peut ainsi s'arroger la liberté de créer un groupe sur Facebook et de parler d'une affaire dont elle ne connaît ni les tenants ni les aboutissants et faire des allégations sans savoir si celles-ci sont vraies ou fausses, les actualiser par d'autres posts et laisser d'autres personnes commenter sans aucune vérification des informations écrites ? A ce rythme-là, on peut accuser n'importe qui d'avoir fait n'importe quoi et ainsi ternir la réputation d'une personne ou d'une institution !»

Elle rappelle, à toutes fins utiles, qu'il y a un protocole à respecter à Safe Haven, qui est le même dans toutes institutions similaires, à l'effet que tout parent qui constate des rougeurs sur son enfant et qui a des soupçons d'abus/de viol sur celui-ci, doit contacter la CDU sur le 113, de même que la police et suivre les procédures pour que son enfant soit admis à l'hôpital et examiné par un médecin légiste, qui est le seul habilité à déterminé s'il y a eu viol/abus ou pas. «Selon ce qu'a posté la modératrice de ce groupe Facebook, ce n'est que le 17 mars que la dame et son enfant se sont rendues à l'hôpital. Le protocole hospitalier veut que l'on garde un enfant et sa mère en attendant que l'enfant soit examiné par le médecin et que d'autres tests soient effectués sur lui. Dans un post, j'ai vu que la dame a refusé de rester à l'hôpital et a pris son enfant et est partie. Les gens doivent savoir qu'il y a des protocoles à respecter dans les institutions, que ce soit les abris ou les centres de soins.»

Par rapport aux allégations à l'effet qu'elle ait fermé les yeux et tenté d'étouffer l'affaire, Anushka Virahsawmy les balaie d'un revers de main. «Nos résidentes restent en moyenne entre six mois à un an et demi et aucune d'entre elles n'a jamais fait de telles allégations. Une femme vient chez nous une semaine et fait ces allégations ! Il y a un problème quelque part. Pour ce qui est des accusations à mon égard, je n'ai que ceci à dire : J'ai lutté aux côtés d'autres activistes du genre pendant des mois et des mois pour que le Children's Bill soit enfin voté afin que les enfants de Maurice soient mieux protégés, ce n'est pas aujourd'hui que je ne tiendrai pas compte de l'intérêt supérieur de l'enfant».

L'affaire a été confiée à l'avocat Neelkhant Dulloo. «La police a ouvert une enquête et est arrivée très loin d'ailleurs. Le rapport préliminaire sera envoyé à leur chef hiérarchique.». S'il est satisfait que la ministre de l'Egalité du Genre et l'Ombudsperson aient réagi rapidement après avoir eu vent du cas sur Radio One, il précise que l'institution Safe Haven se réserve le droit d'engager des poursuites au pénal comme au civil contre les personnes, qui font des déclarations à caractère diffamatoire à propos de l'institution et de sa directrice sur Facebook. Il demande d'ailleurs aux internautes de se calmer. «Durant le confinement, il semblerait que certains internautes soient excités et réagissent à n'importe quoi. Ils doivent se contrôler. Je fais appel à leur retenue. Ne tombez pas dans le sensationnalisme et ne faites pas des allégations que vous ne pouvez vérifier. Car cela peut vous ouvrir tout droit les portes de la prison.»

Me Dulloo : «En cas de plainte de violence domestique, c'est le mari qui doit dégager du toit conjugal»

Pour Me Neelkhant Dulloo, dès qu'il y a une allégation de violence domestique, ce n'est pas à la femme, qui porte plainte, de quitter le toit familial avec son enfant et aller trouver refuge dans un abri. «Même si le mari a eu la maison en héritage ou qu'il ait financé la construction, c'est à lui de bouger du foyer conjugal en attendant la fin de l'enquête. Et dès qu'une femme déclare qu'elle a été victime de violence domestique, elle doit immédiatement avoir non seulement des soins médicaux mais aussi un suivi psychiatrique et psychologique.» Et s'il s'avère que la femme ait fait un faux témoignage, il appartiendra à la Cour de le déterminer. Tout comme Me Dulloo estime très important que chaque poste de police ait aussi une liste de numéros de téléphone de médecins, de psychiatres, de psychologues, d'avocats, de centres de planning familial et de Family Protection Unit et de Regional directors pour traiter ces cas. «Les postes de police ne doivent pas être perçus uniquement comme des lieux où on enferme les voyous mais aussi un lieu d'aide sociale. La police doit être une police force mais aussi faire du police service et du community policing.»

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