Afrique: Déclaration sur la violence sexiste dans la région du Tigré en Éthiopie

Alors que la situation humanitaire s'aggrave dans la région éthiopienne du Tigré, des attaques à l'aveugle ou ciblées contre des civils, notamment des viols et d'autres formes horribles de violence sexuelle continuent d'être signalées. Il faut que cela cesse.

Nous appelons toutes les parties au conflit, étatiques et non-étatiques, à remplir leurs obligations en vertu du droit humanitaire international et du droit international des droits de l'homme ; à veiller à ce que leurs forces respectent et protègent les populations civiles, en particulier les femmes et les enfants, contre toutes violations des droits humains ; à condamner expressément toutes les formes de violence sexuelle ; et à prendre des mesures pour que les auteurs soient traduits en justice quand des actes illicites sont perpétrés.

Dans les zones touchées, les femmes et les enfants ont difficilement accès aux services de santé, de protection sociale et de justice. D'après l'état des lieux dressé dans certains établissements de santé de la région, y compris à Mekele, Adigrat et Shire, la sécurité laisse à désirer dans les locaux et il y a des lacunes en matière de personnel, de services et de fournitures. Des évaluations initiales réalisées dans 106 établissements du Tigré entre décembre 2020 et mars 2021 révèlent que près de 70 % des établissements sont pillés, 30 % endommagés et seulement 13 % en état de marche au Tigré. Les services de santé ont aussi été mis à mal par le déplacement de nombreux agents de santé, en plus du non-versement des salaires. D'autres études de disponibilité des services de santé dans plus des deux tiers des 264 établissements que la région compte au total montrent que les services sont fréquemment et profondément perturbés. Les services de vaccination de l'enfant ne sont assurés que dans 28 % des établissements et seulement 29 % environ des établissements qui fonctionnent assurent des services de nutrition complets.

Seul un établissement offre la gamme complète des services de prise en charge clinique des victimes de viol, et la contraception d'urgence est entièrement disponible dans moins de la moitié des établissements étudiés. L'impossibilité d'accéder directement aux services de santé crée un climat de peur parmi ceux qui ont besoin de soins, en particulier les femmes et les enfants, dont la sécurité est déjà gravement menacée et qui sont souvent déplacés à l'intérieur du pays. De surcroît, beaucoup de civils déplacés s'abritent dans des bâtiments inachevés ou endommagés, et la plupart des centres collectifs n'ont pas d'espaces d'accueil ni de latrines séparés pour les femmes et les hommes, les filles et les garçons, ce qui augmente le risque de violence sexiste et de propagation de certaines maladies infectieuses.

Pour prévenir et soulager les graves souffrances humaines résultant de ce conflit, il faudra mener une action concertée à tous les niveaux.

Premièrement, il est essentiel d'entreprendre une enquête indépendante sur la violence sexiste liée au conflit qui sévit au Tigré, enquête à laquelle la Haute-Commissaire des Nations Unies aux droit de l'homme doit participer.

L'accès humanitaire est essentiel. Le personnel humanitaire doit pouvoir accéder à toutes les régions d'Éthiopie qui sont le théâtre de conflits et de violences, notamment les grandes villes et les régions rurales du Tigré, ainsi que le Benishangul Gumuz, l'Oromia, la région des Nations, nationalités et peuples du Sud et l'Amhara, ainsi que les régions qui accueillent des milliers de personnes déplacées.

En ce qui concerne l'envoi d'effectifs de secours et de matériel au Tigré, il reste beaucoup à faire malgré les progrès récents. S'ils bénéficient de l'accès et des ressources dont ils ont besoin, les organismes d'aide pourront appliquer les mesures de prévention et de riposte qui permettront de sauver et de transformer des vies - services et matériel de santé, prise en charge des victimes de la violence sexiste, kits dignité, traitement consécutif à un viol et espaces sécurisés pour les femmes et les enfants. Compte tenu du traumatisme profond que beaucoup ont subi, une aide dans le domaine de la santé mentale et une aide psychosociale sont également nécessaires.

Ce n'est que grâce à une action concertée et globale, ayant pour fondement le respect des droits humains et du droit humanitaire international que l'action humanitaire au Tigré pourra répondre aux immenses besoins de la population, surtout à ceux des femmes et des enfants.

Signataires

M. Mark Lowcock, Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d'urgence (OCHA)

M. Ignacio Packer, Directeur exécutif, Conseil international des agences bénévoles (ICVA)

M. Samuel Worthington, Président-Directeur général, InterAction

M. António Vitorino, Directeur général, Organisation internationale pour les migrations (OIM)

Mme Michelle Bachelet, Haute-Commissaire aux droit de l'homme (HCDC)

M. Achim Steiner, Administrateur, Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD)

Dre Natalia Kanem, Directrice exécutive, Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA)

M. Filippo Grandi, Haut-Commissaire pour les réfugiés (UNHCR)

Mme Maimunah Mohammed Sharif, Directrice exécutive, Programme des Nations Unies pour les établissements humains (ONU-Habitat)

Mme Henrietta H. Fore, Directrice exécutive, Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF)

Mme Cecilia Jimenez-Damary, Rapporteuse spéciale des Nations Unies sur les droits humains des personnes déplacées dans leur propre pays

Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, Directeur général, Organisation mondiale de la Santé (OMS)

A La Une: Organisations Internationales et l'Afrique

Plus de: WHO

à lire

AllAfrica publie environ 900 articles par jour provenant de plus de 130 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.