Afrique: Réécriture des lois du Kenya avec Millie Odhiambo

Bien que le harcèlement sexuel et la violence électorale accablent souvent les femmes politiques au Kenya, Millie Odhiambo et ses pairs prouvent que les femmes tiennent leurs engagements en faveur de l'égalité des sexes et de la protection des survivants. Elle milite également pour l'application des lois existantes sur les quotas.

« La façon dont les infractions sexuelles étaient traitées dans les tribunaux m'horrifiait. Les enfants victimes de viol faisaient l'objet d'un contre-interrogatoire lors d'audiences publiques au cours desquelles il était laissé libre cours à toutes questions portant sur leurs antécédents sexuels. J'ai fait part de ma réprobation, et les juges m'ont alors répondu "qu'[ils] n'avaient pas les mains libres et que la loi le permettait". Nous étions constamment en désaccord total. Des magistrats m'ont fait savoir que "si [je] n'aime pas la loi, [je] n'ai qu'à la changer". Et c'est ce que j'ai fait », conclut Millie Odhiambo.

« Il ne s'agissait pas seulement de sensibilisation ou d'absence de représentation. C'étaient les lois elles-mêmes qui étaient défaillantes. La discrimination basée sur le genre était permise en vertu de l'ancienne Constitution. »

Réécrire les règles

Le Kenya a adopté une nouvelle constitution en 2010 et Millie Odhiambo était l'un des 27 députés siégeant à la commission parlementaire spéciale. Depuis, elle a introduit une série de textes législatifs visant à mieux protéger les survivants d'actes criminels, en particulier les femmes et les filles.

« Je me suis employée à rectifier la loi, et j'ai été à l'origine d'un certain nombre de nouveaux textes. J'ai fait pression en faveur de l'inclusion des droits des enfants et des droits des femmes.

Au Parlement, j'ai introduit la loi sur la protection des survivants. Cette loi a instauré le principe de la déclaration de la survivante/du survivant, qui revient à demander quelles sont les répercussions d'un acte criminel sur la vie de la personne survivante. Un fonds pour les survivants a également été créé. Les juges sont maintenant en mesure de décider, sur-le-champ, d'accorder une indemnisation. Pour la première fois, nous examinons le sort de la personne qui est victime de l'agression. »

« J'ai également mis l'accent sur la simplification des procédures judiciaires... Les avocats étaient réticents, parce qu'ils souhaitaient que les formules conservent une certaine terminologie spécialisée, mais lorsqu'il est question de droits de la personne, la complexité du langage ne devrait pas prévaloir sur la justice », ajoute-t-elle.

Les quotas fonctionnent, mais ils doivent être appliqués

La Constitution du Kenya comprend une « règle des deux tiers entre les sexes », à savoir qu'au moins 33 pour cent des parlementaires doivent être des femmes, en combinant les nominations aux sièges réservés et les sièges des élus.

Toutefois, actuellement, les femmes ne représentent qu'un peu plus de 20 pour cent des parlementaires. Jusqu'à présent, les pressions intenses (et les nombreuses ordonnances des tribunaux) n'ont pas réussi à convaincre le Parlement de légiférer ou de modifier les dispositions existantes sur les quotas de genre. Cette question est tellement controversée que le Président de la Cour suprême du Kenya a publié en 2020 une lettre ouverte recommandant la dissolution du Parlement au motif qu'il n'avait pas réussi à agir en la matière.

Je me suis employée à rectifier la loi, et j'ai été à l'origine d'un certain nombre de nouveaux textes. J'ai fait pression en faveur de l'inclusion des droits des enfants et des droits des femmes.

« Si vous examinez notre historique au regard de l'élection des femmes, vous observerez le rythme très lent de la mise en place des mesures prises à cet effet. Toutefois, lorsqu'on leur en donne l'occasion au moyen de la discrimination positive, les femmes prouvent qu'elles peuvent gagner et tenir effectivement leurs engagements. Je suis arrivée pour la première fois au Parlement par nomination, mais j'en suis maintenant à mon deuxième mandat élu », fait remarquer Millie Odhiambo.

« Grâce à des modalités accélérées de partage du pouvoir visant l'égalité, les femmes et les hommes peuvent collectivement résoudre les défis urgents de notre époque », affirme Anna Mutavati, représentante de pays d'ONU Femmes au Kenya. « Nous savons que les quotas de genre augmentent la représentation des femmes dans les assemblées législatives et dans d'autres secteurs lorsqu'ils sont bien conçus et mis en œuvre efficacement. Ce dont nous avons besoin au Kenya, c'est de mettre pleinement en œuvre le quota de genre, en particulier à l'Assemblée nationale, ainsi que d'investir dans le renforcement de la capacité des femmes à concurrencer d'autres candidats et à jouer un rôle majeur en politique. »

Le Women in Leadership Programme d'ONU Femmes (programme d'accès des femmes aux postes de responsabilité), financé par le gouvernement finlandais, œuvre depuis 2014 à accroître la représentation des femmes dans la prise de décisions. Le programme travaille avec les institutions gouvernementales en vue d'appuyer l'élaboration et la mise en œuvre de cadres juridiques sensibles au genre, il renforce les capacités de leadership des femmes dirigeantes aspirant à s'engager en politique, et il sensibilise les communautés au droit des femmes à la participation politique.

En 2019 et 2020, ONU Femmes a également soutenu l'élaboration d'un programme et d'un manuel de formation des femmes au leadership politique, en collaboration avec le ministère de la Fonction publique, de la Jeunesse et du Genre du Kenya et Echo Network Africa (ENA). Cette année, 100 femmes aspirant à se présenter aux élections en 2022 ont achevé cette formation.

Bien qu'elle reconnaisse l'importance de l'éducation et de la formation pour les candidates au niveau local, Millie Odhiambo met en lumière une autre question qu'il est important d'affronter, celle de la violence électorale : « Nous avons besoin qu'ONU Femmes et la communauté internationale fassent entendre leur voix non seulement pour une représentation égale, mais aussi pour insister sur la nécessité de faire prévaloir la paix et de la non-violence l'année prochaine. »

Réduire la violence basée sur le genre dans les élections

Les élections exacerbent la violence au Kenya, et Millie Odhiambo est l'une des nombreuses femmes précédemment ciblées. Depuis son entrée en fonction, elle a également été victime de harcèlement sexuel de la part de ses pairs masculins.

« J'essaie de démystifier le harcèlement sexuel et la violence utilisés en tant qu'instruments contre les femmes politiques... Ma maison a été incendiée, mon garde du corps a été tué. À l'approche des prochaines élections générales, les perspectives sont inquiétantes. Déjà, vous pouvez voir des candidats chahutés, des gens battus, et il nous reste encore un an... », s'inquiète Millie Odhiambo.

« Il existe bien des lois, mais les parties doivent être plus engagées et promouvoir la discipline... cela ne nécessite rien de moins que des poursuites. Essentiellement, [il s'agit de savoir] si nous appliquons nos lois ou non. »

Les faits

Bien que les femmes soient en plus grand nombre à occuper des fonctions importantes dans la vie publique, les changements en profondeur des normes préjudiciables et les objectifs de parité de genre progressent trop lentement. Les femmes ne représentent que 24,9 pour cent des parlementaires dans le monde, et seuls trois pays ont 50 pour cent ou plus de femmes au Parlement. Au niveau local, les femmes détiennent plus de 2 millions de sièges élus, soit 36 pour cent.

Les quotas de genre renforcent la représentation des femmes dans les assemblées législatives et dans d'autres secteurs lorsqu'ils sont bien conçus et mis en œuvre efficacement. Des objectifs ambitieux, des mesures d'application et des sanctions en cas de non-conformité des partis politiques sont nécessaires pour que les pays atteignent leurs objectifs.

La violence à l'égard des femmes dans la vie politique et publique empêche les femmes d'accéder au pouvoir et réduit au silence leurs voix dans la prise de décisions. Les femmes politiques, les défenseuses des droits, les dirigeantes d'organisations de femmes et les associations féministes sont ciblées en ligne et hors ligne.

Seule la Bolivie a adopté une loi autonome érigeant en infraction pénale la violence à l'égard des femmes en politique. Il reste beaucoup à faire pour s'assurer que toutes les institutions publiques appliquent la tolérance zéro à l'égard de la violence, de la discrimination et des traitements abusifs, notamment par la ratification de la Convention de l'OIT sur la violence et le harcèlement (n° 190).

Pour en savoir plus sur le leadership des femmes, voir le Rapport du Secrétaire général des Nations Unies

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