Afrique de l'Ouest et du Centre - 90% des femmes victimes de fistules laissées en rade

Micheline Yotoudjim (à gauche), une survivante de la fistule, aide d'autres femmes qui souffrent de fistule obstétricale à suivre le traitement. Ici, on la voit assise avec une femme au Centre national de traitement de la fistule à N'Djamena au TChad.
25 Mars 2021

La capitale du Niger, Niamey, a abrité, le mardi 22 mars 2021, une table ronde sur l'élimination de la fistule obstétricale. Cette rencontre a servi de tribune pour lancer, à nouveau, un appel afin que ce fléau soit éradiqué. D'autant plus que sur 30.000 cas de fistules enregistrés, chaque année, en Afrique de l'Ouest et du Centre, seuls 3.000 sont traités. De ce fait, 90% des femmes victimes de fistules sont laissées en rade.

La jeune dame, Bassira Harouna, est plus chanceuse. Elle ne fait pas partie des 30.000 femmes souffrant de fistule obstétricale qui ne bénéficient pas de prise en charge en Afrique de l'ouest et du centre. C'est à l'âge de 14 ans qu'elle est tombée enceinte après un an de mariage. Elle a suivi toutes ses consultations prénatales. Mais comme le veut la tradition nigérienne, Bassira devait retourner chez elle pour accoucher dans sa famille. Malheureusement, son village est éloigné d'une structure sanitaire.

Son accouchement a viré au cauchemar. Le travail a duré tout une journée, sans qu'elle puisse donner naissance. Les parents décident alors de l'évacuer à bord d'une charrette. Le trajet a duré 7 heures. Malheureusement, avant d'arriver à la structure de santé, elle accouche d'un mort-né. Quelques semaines après, elle constate qu'elle ne peut pas retenir ses urines. Sa famille la conduit dans une structure de santé où elle tombe par chance sur un camp de chirurgie de fistule obstétricale. Après deux interventions, elle retrouve une vie normale.

Cerise sur le gâteau, elle bénéficie d'une somme de 50.000 FCfa offerte par une Ong. C'est ainsi qu'elle a repris ses activités génératrices de revenus. « Aujourd'hui, je rends grâce à Dieu. J'ai retrouvé ma dignité de femme. Je suis de nouveau remariée. J'espère que le bon Dieu me donnera des enfants», confie Bassira Harouna. Elle a fait ce témoignage, le mardi 23 mars 2021, à Niamey, au cours d'une table ronde virtuelle et en présentiel sur le thème « Partenariat renforcée et élargi : levier essentiel pour l'élimination de la fistule obstétricale ».

La jeune dame est sauvée parce que, dans sa présentation, le Dr Zalha Assoumana, conseillère régionale en santé maternelle du Fonds des nations unies pour la population (Unfpa) en Afrique de l'ouest et du centre, a révélé que ces deux régions du continent enregistrent, chaque année, 30.000 nouveaux cas de fistules obstétricales. Dans ce groupe, seuls 3.000 bénéficient d'une prise en charge médicale. « Cela veut dire que, chaque année, nous avons environ 27.000 cas de fistules qui ne sont pas traités, soit 90% des femmes victimes de fistules laissées en rade », a regretté l'experte de l'Unfpa.

La table ronde a été organisée par la Fondation de la Première Dame du Niger, Dr Lala Malika Issoufou, et le bureau régional pour l'Afrique de l'ouest et du centre du Fonds des nations unies pour la population. Elle a vu la participation, en présentiel, des représentants du système des nations unies, des chefs traditionnels et religieux nigériens, mais aussi de premières Dames de pays d'Afrique.

En co-présidant cette rencontre, le Directeur régional pour l'Afrique de l'ouest et du centre du Fonds des nations unies pour la population (Unfpa), Mabingué Ngom, s'est félicité de la remobilisation autour de la fistule obstétricale. Il a rappelé que la persistance de la fistule obstétricale entrave les efforts d'autonomisation de la femme africaine. En santé de la reproduction, la fistule obstétricale demeure une très grande préoccupation dans les pays en développement, selon M. Ngom. À l'en croire, 2 millions de femmes et filles sont victimes de ce fléau dans les pays en développement.

La Première dame du Niger, le Docteur Lala Malika Issoufou, a mis l'accent sur la prévention, en insistant sur la scolarisation des jeunes files jusqu'à l'âge de 16 ans. Elle a rappelé que des campagnes d'information sont menées par des chefs traditionnels, des leaders religieux dans des villages les plus reculés du Niger afin de prévenir les cas de fistule.

ÉRADICATION DU FLÉAU

Les Premières dames s'engagent à accélérer le processus

La Première Dame du Niger, le Dr Lala Malika Issoufou, a lancé, le mardi 22 mars, au Niger, au Palais des congrès de Niamey, un appel à la mobilisation des ressources nécessaires en vue de mettre fin aux fistules obstétricales qu'elle a qualifiées d'atteinte à la santé et aux droits humains des femmes. « Ce fléau dépouille la dignité de la femme et lui fait perdre tout espoir. Travaillons ensemble pour effacer la fistule de la carte de l'Afrique de l'ouest et du centre », a-t-elle plaidé. Elle est peinée par le fait que ce sont les femmes les plus pauvres et marginalisées qui sont les plus touchées par la fistule obstétricale. « Il est maintenant temps d'agir pour y mettre fin de façon définitive », a-t-elle suggéré.

À sa suite, la Première Dame de la Sierra Leone, Fatima Maada Bio, a appelé à l'abandon des mariages précoces pour éviter cette maladie. « Il faut mettre l'accent sur la scolarisation des jeunes filles en leur maintenant longtemps dans les salles de classe. C'est la seule voie pour éliminer les fistules en Afrique », a préconisé Mme Bio. Les Premières dames de la Mauritanie, Mariem Dah et du Tchad Hinda Déby Itno ont promis de mettre des moyens pour protéger les femmes contre la fistule obstétricale. D'après Mme Issoufou, la fistule constitue une pathologie deshumanisante pour les victimes ; car elles sont généralement rejetées par leurs familles, discriminées et stigmatisées.

Le Directeur régional de l'Unfpa a été surpris par la mobilisation des premières Dames. « Elles ont parlé des actions qu'elles sont en train de mener dans leur pays respectif en vue d'éradiquer la fistule obstétricale. 50% des femmes victimes de fistule au monde vivent en Afrique qui compte seulement 5% de la population mondiale », a avancé Mabingué Ngom. Il a aussi salué l'engagement des gouvernements, des chefs traditionnels et religieux et des partenaires au développement.

Les sages-femmes et infirmiers outillés pour traiter les fistuleuses

Pour prendre en charge le maximum de femmes atteintes de fistule obstétricale, le Niger a misé sur la formation des sages-femmes et des infirmiers. L'objectif est de soigner plus de malades. « C'est une approche stratégique qui permet de ne pas dépendre d'une poignée de chirurgiens spécialisés dans le domaine », a indiqué Mabingué Ngom, Directeur régional pour l'Afrique de l'ouest et du centre de l'Unfpa. Il s'exprimait après la présentation de cette stratégie au cours de la table ronde sur la fistule obstétricale. Avec plus d'agents de santé formés dans la prise en charge des fistules, plus de fistuleuses auront plus de chance d'être traitées dans les délais. « À mon avis, c'est une approche stratégique qu'il faut saluer et partager. Il faut aussi la répliquer dans les autres pays, notamment dans les structures de formation régionale », a-t-il souligné.

De notre envoyé spécial, à Niamey

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