Afrique: Allocution liminaire du Directeur général pour le groupe « L'Afrique est-elle prête à financer ses propres vaccins ? »

Conférence des ministres africains des finances, de la planification et du développement

Votre excellence Jose Sele Yalaghuli, Ministre des finances de la République démocratique du Congo,

Votre excellence, Francis Kaikai, Ministre du développement et de la planification économique de la Sierra Leone,

John Nkengasong, Directeur des CDC Afrique,

Benedict Oramah, Président d'Afreximbank,

Winnie Byanyima, Directrice exécutive de l'ONUSIDA,

Excellences, chers collègues et amis,

Je remercie la Commission économique pour l'Afrique de m'avoir invité à vous proposer aujourd'hui quelques réflexions.

Vos débats ont montré que la santé est au bout du compte un choix politique.

La mise au point de vaccins contre le virus responsable de la COVID-19 en un temps record représente une lueur d'espoir pour le monde entier. Mais l'espoir doit être partagé par tous, et pas réservé à certains.

Comme je l'ai déjà dit, personne n'est en sécurité tant que nous ne sommes pas tous en sécurité. Ce n'est pas un slogan creux, c'est la dure réalité. Tant que le virus circulera largement, il mutera.

Le seul moyen de l'éviter est de distribuer des vaccins de façon équitable à tous les pays.

Aucun pays ne peut se sortir de cette pandémie grâce à la vaccination, pas même les pays riches.

La façon la plus efficace et stratégique d'empêcher la transmission et de sauver des vies à l'échelle mondiale est de vacciner les soignants et les personnes les plus vulnérables dans tous les pays, plutôt que de vacciner toute la population de quelques pays.

Mais, même dans le domaine des vaccins, il reste beaucoup à faire.

La transmission du virus se poursuit à un rythme intense, ce qui exerce une pression considérable sur les systèmes de santé, les sociétés et les économies.

Les disparités sur le plan de la couverture ne feront que ralentir encore le relèvement à l'échelle mondiale et régionale.

Le commerce, les voyages et le tourisme ont été interrompus par la pandémie.

Cela est mauvais pour l'industrie, les petites et moyennes entreprises et les travailleurs du secteur informel.

D'après la Banque mondiale, chaque mois de retard pris dans l'arrivée des vaccins sur le continent africain représente une perte de 13,8 millions de dollars des États-Unis en PIB.

Le moyen le plus rapide de remettre nos sociétés et nos économies sur les rails est l'équité vaccinale.

Nous avons constaté pendant la pandémie que les pays africains qui dépendent des importations sont particulièrement désarmés et exclus de l'accès aux produits sanitaires essentiels.

Au bout du compte, l'Afrique doit être en mesure de pourvoir à ses propres besoins en matière de vaccins et d'autres produits sanitaires essentiels.

Pour cela, il faut des financements, des capacités de fabrication à l'échelle locale, une réglementation exhaustive et des chaînes d'approvisionnement pérennes.

La plupart de ces points sont déjà en cours de discussion et de planification, par exemple dans des réunions comme celles d'aujourd'hui. Je vais maintenant approfondir un peu chacune de ces questions.

Pour commencer, laissez-moi exposer brièvement les efforts que nous déployons dans le but de combler l'écart en matière d'équité vaccinale dans le cadre de la pandémie de COVID-19.

L'an dernier, au tout début de la crise, nous avons formé une large coalition internationale afin de lancer le Dispositif pour accélérer l'accès aux outils de lutte contre la COVID-19 (Accélérateur ACT), ainsi que le Mécanisme COVAX, le volet vaccins du Dispositif.

L'objectif était double : mettre au point rapidement des vaccins, des médicaments et des outils de diagnostic, et les distribuer de façon équitable.

La mise au point a bien avancé et nous travaillons maintenant à la distribution équitable.

Les vaccins existent, mais la production doit s'accélérer.

Pour résorber ce goulet d'étranglement, les entreprises devraient partager la propriété intellectuelle, le savoir-faire et les données avec d'autres fabricants de vaccins qualifiés, notamment en Afrique.

Certaines ont déjà commencé, comme nous l'avons vu avec Johnson & Johnson et Aspen en Afrique du Sud.

Mais, à ce jour, ces partages s'appuient sur des ententes exclusives et sur les prérogatives propres à chaque entreprise, pas sur des arguments de santé publique.

Les conditions restent restrictives et ne permettent pas un déploiement à grande échelle, en particulier pour les pays à revenu faible et intermédiaire.

L'OMS a également mis en place le Groupement d'accès aux technologies contre la COVID-19, ou C-TAP, afin d'accélérer la mise au point et la fabrication des produits nécessaires pour lutter contre la COVID-19, notamment des vaccins, et afin de lever les obstacles empêchant d'accéder à ces produits.

Mais les faits sont là : nous n'exploitons pas les capacités de fabrication dont nous disposons.

De nombreux pays sont déjà dotés de ces capacités et pourraient commencer à produire leurs propres vaccins si des dérogations aux droits de propriété intellectuelle étaient obtenues en vertu de l'Accord sur les ADPIC, comme l'ont proposé l'Afrique du Sud et l'Inde à l'Organisation mondiale du commerce.

L'OMS accueille avec satisfaction cette proposition.

L'Accord sur les ADPIC a été conçu de façon à donner une certaine latitude concernant les droits de propriété intellectuelle en cas d'urgence. Il est maintenant temps d'utiliser cette mesure d'urgence.

La pandémie de COVID-19 a mis en lumière la brèche béante qui prévaut en matière de fabrication de vaccins dans toute l'Afrique.

Si l'Afrique représente 16 % de la population mondiale, moins de 0,1 % des vaccins y sont produits.

Il est important de noter que la fabrication des vaccins peut être effectuée par étapes, sans attendre une capacité de fabrication intégrale, mais en commençant par des initiatives de remplissage et de finition.

L'exemple de l'Afrique du Sud montre que les infrastructures existantes peuvent être réaffectées afin d'étendre les capacités pour une production à grande échelle.

Accroître les capacités de production locale en Afrique pourrait rendre plus équitable l'accès aux vaccins contre la COVID-19 et, à long terme, élargir les capacités mondiales de fabrication.

Pour renforcer les capacités locales de fabrication de produits sûrs, efficaces et abordables, il faut faire face aux questions commerciales, réglementaires et techniques en adoptant une approche stratégique et globale.

L'engagement des pouvoirs publics et la pérennité des financements sont les clés de la réussite.

Il va de soi que, pour y parvenir, il faut des compétences locales en matière de recherche-développement, de production de vaccins, d'assurance de la qualité et de conception clinique.

La formation est essentielle, et c'est l'un des aspects auxquels les partenaires internationaux peuvent contribuer.

L'OMS a organisé l'an dernier le premier marathon virtuel de formation aux bonnes pratiques de fabrication en vigueur.

Environ 40 pays d'Afrique se sont inscrits à ce marathon de formation, et plus de 1 000 fabricants, autorités de réglementation, organismes publics et autres acteurs concernés y ont pris part chaque semaine.

Les initiatives régionales portent déjà leurs fruits.

Je salue les travaux menés en matière de préparation à l'introduction du vaccin par l'Union africaine par l'intermédiaire de l'équipe spéciale pour l'acquisition de vaccins en Afrique (AVATT), sous l'égide de Son Excellence Cyril Ramaphosa, Président sud-africain.

L'OMS collabore également avec l'Union africaine dans le but de mettre en place l'Agence africaine du médicament.

Grâce à cette Agence, la Région sera en mesure de réglementer les produits médicaux, d'améliorer l'encadrement réglementaire et de faciliter l'accès à des produits médicaux sûrs, efficaces et abordables sur tout le continent.

J'exhorte les pays africains à ratifier le traité afin que l'Agence africaine du médicament puisse commencer à fonctionner.

La crise actuelle, qui a réaffirmé la nécessité d'un accès équitable aux vaccins et aux traitements, est une preuve suffisante de l'importance et de l'urgence de la mise en place de l'Agence africaine du médicament.

L'OMS collabore également avec l'Initiative pour la fabrication de vaccins en Afrique, qui travaille avec le secteur privé et le milieu universitaire afin de créer un environnement favorable à la fabrication de vaccins, avec la participation de douze pays africains.

Excellences,

Avant de terminer, je souhaite vous demander trois choses essentielles pour appuyer la recherche-développement et la production de vaccins locaux en Afrique.

Tout d'abord, nous vous encourageons à apporter votre soutien à la proposition déposée par l'Afrique du Sud et l'Inde auprès de l'Organisation mondiale du commerce afin d'obtenir des dérogations de propriété intellectuelle.

Ensuite, nous vous invitons instamment à ratifier le traité relatif à l'Agence africaine du médicament.

Enfin, nous vous exhortons à investir dans la fabrication locale.

En fin de compte, l'enseignement que nous devons tirer de cette pandémie, c'est que la santé n'est pas un luxe, c'est un droit fondamental et la base de la stabilité sociale, économique et politique.

Je vous remercie encore une fois et j'espère que les discussions seront productives.

Merci.

A La Une: Organisations Internationales et l'Afrique

Plus de: WHO

à lire

AllAfrica publie environ 900 articles par jour provenant de plus de 130 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.