Cote d'Ivoire: Noix de cajou ivoirien - Concilier la quantité et la qualité

De 500 000 tonnes en 2013, la production ivoirienne de noix de cajou est passée à 850 000 tonnes en 2020. Cela a permis au pays de consolider sa place de leader mondial pour ce produit de spéculation. Mais comme tout produit de ce type, le prix est fonction de la qualité. Or, à ce niveau la Côte d'Ivoire part largement handicapée. La noix de cajou ivoirienne n'a pas une bonne image à l'internationale. D'où la grande offensive que du Conseil du coton et de l'anacarde auprès des producteurs, pour cette campagne de commercialisation 2021, à l'effet de changer la donne.

"Quelle que soit la demande, c'est la qualité qui détermine le prix. Il faudrait que nous les producteurs, nous nous mettions à la tâche pour appliquer les consignes qui nous sont données. Ce qui nous permettra d'améliorer notre production, d'avoir une meilleure qualité et un meilleur prix ». Soro Katiowa, deuxième responsable de la coopérative Yeko, sait de quoi il parle.

En 2017, les membres de cette coopérative spécialisée dans la production et la commercialisation de noix de cajou, dans la région du Poro, ont fait une expérience très amère. Cette annéelà, les tonnes de noix produites sont restées invendues. Raison évoquée, la mauvaise qualité des noix. « Vraiment, il faut dire que les producteurs avaient tout mélangé. Les débris et les bonnes noix ont été mis ensemble. Donc nous n'avons pas pu vendre. On a enregistré des pertes énormes », se souvient-il.

Depuis lors, la coopérative sensibilise ses membres sur la qualité des produits avec l'aide des agents de l'ANADER et du Conseil du coton et de l'anacarde (CCA). Cette sensibilisation donne des résultats probants. Les bonnes pratiques mises en œuvre ont permis à la faitière d'avoir des partenaires pour l'achat de sa production et la cerise sur le gâteau, l'augmentation de son volume de vente lors de la campagne de 2020.

Cela, malgré la pandémie de la Covid-19. « La campagne antérieure a été un succès. Nous avons triplé le volume des produits que nous avons l'habitude de livrer », jubile notre interlocuteur. Aujourd'hui, on comprend aisément que le credo de la coopérative Yekone soit autre que la qualité.

D'où son adhésion totale aux messages du CCA appelant les producteurs au respect de la qualité. En effet, après avoir lancé la campagne de commercialisation de la noix de cajou 2021, le CCA a entrepris des missions de sensibilisation des acteurs de la filière anacarde sur l'amélioration et la préservation de la qualité des noix brutes de cajou. Les régionsduPoro (Korhogo) et du Tchologo (Ferké) ont abrité dans un premier temps, ces séances de sensibilisation, à laquelle ont pris partle corps préfectoral des deux régions. La qualité, rien que la qualité

A Korhogo, devant les producteurs, acheteurs, pisteurs et usiniers réunis, M. Mamadou Berté, DGA du Conseil du coton et de l'anacarde a présenté l'enjeu de la bataille à tous les acteurs de la chaine. « Malgré les performances, la filière anacarde reste confrontée à d'énormes défis notamment celui de la qualité. En effet, si le taux d'humidité moyen national a connu une amélioration sur la période 2013-2020, passant de 9,6 en 2013 à 8,4 en 2020, l'évolution des autres paramètres liés à la qualité (KOR, grainage et le taux de défaut) se fait en dents de scie. La moyenne nationale du KOR est ainsi passée de 46 en 2013 à 48 en 2014 et 2015 avant de baisser à 46,8 en 2020. Pendant cette campagne, des résidus de pommes ont été découverts dans desvolumes importants de noix de cajou, nécessitant le recrutement d'une main d'œuvre supplémentaire par les exportateurs », a-t-il détaillé.

En matière de qualité, l'atteinte d'un bon KOR est l'angoisse, pour ne pas dire la hantise de tous les acteurs durant la campagne. Le KOR ou Kemel Outtum Ratio est le taux de rendement par amande. « C'est-àdire que quand on fait le décorticage de noix de cajou, on obtient combien d'amande pour un kilo. On peut décortiquer une qualité amande et on trouve 205 g. Pour une autre qualité, on trouve 300 g. Il y a une différence et l'acheteur ira là où le KOR est soutenu », explique M. Soro Klotcholoman, coordonnateur national adjoint ANADER, chargé de la filière anacarde.

De ce taux dépend donc la qualité des noix vendues par un pays. Et. M. Soro d'expliquer comment faire pour obtenir des produits de qualité, donc un bon KOR. « D'abord, il faut bien entretenir le champ. Nettoyer le champ, apporter les fertilisants qu'il faut et les traitements phytosanitaires. Laissez les fruits murir sur l'arbre. C'est quand ils tombent qu'il faut les ramasser automatiquement ou chaque deux jours. Ilne faut ramasser que les fruits qui ne présentent aucun aspect défectueux. Cela, pour éviter des travaux de triage après.

Après le ramassage, il faut immédiatementséparer la noix de la pomme avec des ficelles et faire le séchage. Pendant le séchage qui dure trois jours, il faut faire encore le tri. Car, il y a encore des noix de mauvaise qualité qui peuvent échapper à la vigilance. Ensuite, il faut conditionner ces noix dans des sacs jute que le CCA met à la disposition des producteurs. Stocker tout cela sur des palettes ou des bois pour conserver la qualité », développe l'agent ANADER.

Ce procédé a été longuement expliqué aux producteurs de la région du Tchologo. Cela, à juste raison. Bien qu'ayant augmenté sa production en 2020, cette région à l'un des plus bas KOR du pays. « Notre KOR se situe entre 44 et 46. Ce qui fait que les acheteurs préfèrent débuter la campagne dans les autres régions avant de revenir chez nous », explique Coulibaly Zié, directeur régional du Conseil du coton et de l'anacarde de la région.

Le fait que la Côte d'Ivoire ne soit pas en mesure d'avoir un meilleur KOR exaspère aussi bien les responsables du CCA que le corps préfectoral. « Comment comprendre que des pays comme le Burkina Faso et le Ghana qui sont nos voisins produisent des noix de qualité que nous », s'indigne le préfet de région de Korhogo, André Ekponon.

« Si vous ne produisez pas des noix de qualité, vous ne pouvez pas vendre à des prix élevés », a lancé aux producteurs de la région du Tchologo Dr Ouattara Mariam, directrice de la production au CCA. Comme quoi, avec la noix de cajou, on peut dire que le bonheur du producteur dépend de lui-même.

A La Une: Cote d'Ivoire

Plus de: Patriote

à lire

AllAfrica publie environ 900 articles par jour provenant de plus de 130 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.