Cote d'Ivoire: Décédé le 10 mars dernier - Voici l'héritage qu'Hamed Bakayoko lègue à la jeune génération ivoirienne

Les hommages ont afflué de partout à travers le monde. De la Côte d'Ivoire aux autres pays d'Afrique, tous, chefs d'Etat, présidents de partis politiques et d'institutions internationales, diplomates, tous comme s'ils s'étaient passés le mot reconnaissent que le fils de feu Anliou Bakayoko, Hamed Bakayoko fut un grand serviteur de l'Etat, un prototype d'abnégation, de courage, de persévérance et d'ardeur au travail.

Un homme qui a fait de la générosité, la loyauté, la droiture, l'honnêteté, la franchise en un mot la fidélité à son mentor Alassane Ouattara un sacerdoce. De ces nombreuses années passées sur la scène politique ivoirienne, celui qu'on nomme sur les lutrins des grandes rencontres politiques HamBak est resté loyal, refusant toutes formes de compromissions.

Malgré les tentations les plus pontifiantes et les plus acérées des adversaires politiques, les menaces que furent la prison en 1994, et autre calice qu'il boira jusqu'à la lie dans la longue et sinueuse marche du RDR d'alors, Hamed Bakayoko n'a jamais fléchi, encore moins pensé un seul instant renier, son engagement et son dévouement pour la cause qu'il défendait.

«Monsieur le président de la République, nous sommes ici à Séguéla. Nous sommes chez vous. Ici tout vous appartient, tout est à vous. Notre peuple a une relation toute particulière avec vous. Ici, on vous aime à la passion. On vous aime à la folie. Et, ce n'est pas un fait du hasard. Depuis des temps anciens, nos devanciers ont légué ce message à toutes les familles et de génération à génération. Qu'un jour, un homme providentiel viendrait nous redonner notre dignité et nous sortir de la pauvreté. Ce jour est arrivé. Nos anciens nous ont exigé que quand ce grand homme, ce "fama"," le fama Ouattara" viendra, nous devons être devant lui pour le protéger, nous devons être derrière lui pour le protéger, à côté de lui pour le protéger, lui faire des bénédictions et lui offrir notre énergie, notre corps », avait indiqué avec beaucoup d'entrain le défunt Premier ministre le dimanche 26 juillet 2015 lors du meeting marquant la fin de la visite d'Etat du président de la République, Alassane Ouattara, dans le district du Woroba.

Son engagement aux côtés d'Alassane Ouattara d'abord au RDR (Rassemblement des Républicains), et ensuite au RHDP (Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix) est une leçon de vie pour tous. Avouons-le, de telles qualités sont fort bien rares dans le landerneau politique africain.

A la moindre intempérie, certains hommes politiques adoptent la démarche du caméléon et changent aussitôt de couleur, pour ne pas dire perdent conviction et foi. Tout le monde s'accorde sur la droiture de l'homme même ses adversaires politiques dont Soro Guillaume, Blé Goudé, Henri Konan Bédié, Pascal Affi N'guessan(... .) saluent les valeurs qu'incarnait l'époux de l'avocate Yolande Bakayoko.

Un exemple raffiné de pragmatisme, d'adaptation, d'ardeur au travail et d'abnégation. Un homme qui n'a point rechigné devant la tâche. Rigoureux, baroudeur et discipliné, il s'est consacré corpset âme à sa mission de servir d'abord son pays et ensuite son parti.

Un vrai modèle pour la jeunesse, une école de vie pour la jeune génération. Hamed Bakayoko était respecté ; pour un homme politique c'est la chose la plus importante. Il était aimé car il n'avait jamais, vis-à-vis même de ses adversaires, été dans la condescendance, la supériorité ni même le mépris.

Les valeurs qu'il cultivait au quotidien sont suffisamment remarquables pour le souligner. « Il y a évidemment une génération Hamed Bakayoko qui n'est pas que dans la sphère politique ou économique. C'est quelque chose de diffus chez bon nombre de jeunes. S'il y a eu autant de gens dans la rue, autant d'hommages, c'est bien parce qu'il incarnait quelque chose. J'ai entendu des gens, certains étaient des adversaires pas forcément favorables au personnage, me dire « c'est extrêmement triste parce que c'était un grand Ivoirien ».

L'héritage est là, dans l'esprit de chacun, ceux qui l'ont aimé, ceux qui l'ont moins aimé mais qui ont reconnu en lui ce grand Ivoirien » confiait Claudy Siar l'animateur vedette de Rfi sur une chaine de télé internationale. « J'ai tout appris à l'école de la vie » Hamed Bakayoko a fait les bonnes études de la vie ; il a eu un cursus scolaire atypique, on devine très vite ce qu'il peut devenir mais ce qui est fascinant avec lui, humblement Hamed Bakayoko a su s'entourer des gens qu'il fallait au moment où il le fallait. Il a su saisir les opportunités qui se présentaient à lui. A force de croire en lui, en ses capacités, en sa fougue et sa détermination l'homme qui aimait dire à qui veut l'entendre « j'ai tout appris à l'école de la vie » n'a jamais reculé devant la difficulté.

Hamed Bakayoko n'était pas quelqu'un qui voulait être là où les choses sont confortables. Son profil paraît tellement unique qu'il semble improbable de le faire entrer dans une de ces catégories classiques de cursus. Ni technocrate, ni populiste, HamBak n'a pas gravi les échelons de la politique ivoirienne par clientélisme ou favoritisme.

« On retient d'Hamed Bakayoko, cette image de HOMMAGE/APRÈS LE DÉCÈS DU PREMIER MINISTRE l'homme qui s'est fait lui-même, fils d'une famille modeste, qui n'a pas forcément fait de brillantes études et qui est parvenu à ce poste de Premier ministre, après être passé par différents postes ministériels, dont celui de l'Intérieur et de la Défense » écrivait dans le livre de condoléances un diplomate.

Même ses adversaires lui reconnaissent cet amour pour l'Ivoirien sans distinction et cela est suffisamment rare sur la scène politique en Afrique. Lorsque l'époux de Yolande est devenu ministre, il est resté, aux yeux de tous les Ivoiriens, le même homme. Il a fait de la proximité avec les populations un rite qu'il affectionnait. Hamed Bakayoko était discret, accessible, c'est ce qui a fait sa popularité aussi bien auprès de l'élite que de monsieur et madame tout le monde. Les jeunes Ivoiriens des quartiers défavorisés reconnaissent en lui un fils de la Côte d'Ivoire mais surtout, une personne qui les respecte et qui donne sa dignité au pays.

En Afrique, les responsables politiques ont souvent une distance avec le peuple, ce n'était pas le cas avec Hamed Bakayoko. « On ne dit pas « Hamed est de tel bord, de tel ethnie », il est la Côte d'Ivoire » pouvait-on lire dans les hommages à lui rendus par les Ivoiriens. La Côte d'Ivoire et de nombreux pays d'Afrique ont besoin d'hommes capables qui se dépassent et Hamed Bakayoko s'est dépassé.

« Nous sommes dans une époque où une frange de la jeunesse africaine et les diasporas parlent d'émancipation. Hamed Bakayoko a symbolisé cela, dans son giron et son parti politique, avec les convictions qui étaient les siennes, mais c'est un homme politique moderne qui sort des vieux clichés des politiques d'Afrique. C'est ce qui a fait sa force. Hamed Bakayoko, c'est un homme moderne, c'est l'Afrique d'aujourd'hui.

Que l'on soit d'accord ou non avec ses convictions politiques, je parle de ses adversaires politiques, c'est un homme moderne et par son passage, par ses actions, je pense qu'il a fait évoluer la politique en Côte d'Ivoire et a permis un autre regard sur le pays » confiait un autre diplomate dans le livre de condoléances.

L'ascension politique d'HamBak débute dans les années 2000. A 38 ans (en 2003), il est nommé ministre des Nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC), à la suite des accords de Linas-Marcoussis qui instaurent le gouvernement d'union nationale. Il reste à ce poste jusqu'à la dissolution du gouvernement, en 2010, par Laurent Gbagbo.

Malgré tout, même au plus fort de la crise, Hamed Bakayoko, l'ont reconnu ses adversaires poli tiques, arrive à transmettre les messages d'un camp à l'autre. Il faut savoir qu'il a toujours eu une relation cordiale empreinte de respect mutuel avec Laurent Gbagbo dont il a toujours admiré l'instinct politique.

A preuve, lors du décès de son père Anliou Bakayoko depuis sa prison à La Haye, Laurent Gbagbo a fait un don symbolique de 200 000 FCFA. En 2011, tout le monde avait la peur au ventre lorsqu'il avait été nommé ministre de l'Intérieur, un poste ultra-sensible dans un contexte d'insécurité généralisé.

Il a remis de l'ordre dans le pays en ramenant l'indice général de sécurité de 3,8 % en janvier 2012 à 1,1 % en décembre 2015. Il a réussi avec brio à contrer la déstabilisation du pays projetée par les activistes proches de Laurent Gbagbo réfugiés à l'étranger. Désormais, plus personne ne s'étonne de sa présence et de sa capacité à gérer les affaires de l'Etat.

A bien des égards, la politique ivoirienne a connu très peu d'hommes de la trempe d'HamBak. Lui qui a réussi, après l'élection présidentielle sous haute tension du 31 octobre 2020, à ramener l'opposition à la table des négociations et permis la tenue d'élections législatives apaisées.

Respecté et apprécié pratiquement de toute la classe politique ivoirienne, la jeunesse pleure un patriote, un rassembleur, mais surtout un amoureux de la Côte d'Ivoire, parti trop tôt. Sa vie et son parcours restent un vivifiant terreau de valeurs cardinales et d'actions pragmatiques dans lequel peut puiser la nouvelle génération pour de nouvelles approches de la politique en Côte d' Ivoire et même en Afrique.

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