Niger: Tentative de coup d'Etat au Niger - Pourquoi maintenant?

L'Avenue de Maourey (Rue ST-3) dans le quartier «Stade» au centre-ville de Niamey, capitale du Niger.
analyse

Ce putsch manqué intervient 48h avant la prestation de serment du nouveau président élu. Mohamed Bazoum sera investi vendredi (02.04.21).

C'est la troisième fois depuis 2011 que le gouvernement de Mahamadou Issoufou déclare avoir empêché un coup d'État.

En 2011 et 2015, c'est le président nigérien lui-même qui avait annoncé publiquement qu'un putsch militaire avait été déjoué. Cette fois, c'est à la suite de coups de feu nourris que le pouvoir de Niamey déclare, dans un communiqué avoir mis hors d'état de nuire, des éléments qui ont ouvert le feu aux alentours du palais présidentielle.

Une source au sein de la société civile que nous avons contactée, estime que beaucoup de Nigériens s'attendaient à ce "que l'armée fasse irruption sur la scène politique en raison des frustrations liées aux multiples attaques terroristes, la corruption, le manque d'emploi et le hold-up électoral."

Une idée que ne partage pas Bachirou Amadou Adamou, docteur en droit public. "Un coup d'État ne peut pas être justifié dans un contexte de démocratie."

Bachirou Amadou Adamou estime, cependant, que la tentative manquée de coup d'État, est symptomatique d'un dysfonctionnement dans le processus démocratique."Cette tentative de coup d'État est l'illustration de la faiblesse du système démocratique nigérien et de la nécessité de renforcer les institutions démocratiques, dont notamment l'armée. Parce qu'il faudra que l'on réussisse à réformer notre armée pour qu'elle demeure républicaine de manière à ce qu'on puisse éviter l'irruption épisodique à chaque fois, de l'armée, sur la scène politique", explique le docteur en droit public.

"Un malaise politique..."

Mais pour lui, "cela illustre également un malaise évident, un malaise institutionnel, un malaise politique et un malaise démocratique qu'il faut d'abord commencer par admettre. Le gouvernement n'admet pas aujourd'hui, l'existence d'un malaise. Et pourtant, ce malaise est évident. Cette crise politique, elle est réelle et il faut d'abord l'admettre. Et une fois qu'elle est admise, on pourra tendre vers un dialogue qui est véritablement nécessaire, maintenant plus que jamais."

"Un message..."

Bachirou Amadou Adamou estime par ailleurs que la tentative de coup de force manquée est "un message surtout destiné non seulement au nouveau régime mais destiné aussi à la communauté internationale qui feint d'ignorer la situation de crise postélectorale au Niger."

A Niamey et dans les régions du pays, ils sont nombreux les Nigériens qui pensent, en revanche, que l'annonce du coup d'État manqué est une façon pour le nouveau pouvoir d'étouffer les manifestations à l'appel de l'opposition. Ce qui ouvrirait la voie à des arrestations de masse comme ce fut le cas en 2016.

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