Niger: Tentative de putsch au Niger - Non, pas maintenant !

analyse

Le mercredi 31 mars aux aurores, ce n'est pas le rituel appel du muezzin à la première prière de la journée qui a réveillé les habitants de Niamey mais le crépitement des armes lourdes dans le périmètre du palais présidentiel, situé au Plateau. Plus tard dans la journée, on apprendra de la bouche du porte-parole du gouvernement que des militaires factieux ont tenté de perpétrer un coup d'Etat mais ils ont été mis hors d'état de nuire par les forces républicaines.

Une action suicidaire (tant ils savaient pertinemment que le rapport de force n'était pas en leur faveur) menée par trois pelés et un tondu venus à bord de trois véhicules de la Base aérienne sans qu'on sache s'ils espéraient du renfort d'autres unités ou s'il y a des ramifications dans l'armée. Le bilan de ces affrontements n'était pas encore connu mais de nombreuses personnes auraient été arrêtées et une chasse à l'homme ouverte pour alpaguer les fuyards et les éventuels complices.

Non, pas maintenant ! Pas maintenant alors que le président sortant, Mahamadou Issoufou, après ses deux mandats réglementaires, va passer le témoin républicain à son successeur élu, Mohamed Bazoum, le vendredi 2 avril 2021, une alternance pacifique du pouvoir qui ne s'était jamais vue dans les annales politiques nigériennes.

Ce pronunciamiento raté intervient en effet à seulement deux jours de l'investiture du vainqueur du second tour de la présidentielle, crédité, selon les chiffres définitifs de la Cour constitutionnelle, de 55,66% des suffrages valides. Au grand dam de son adversaire Mahamane Ousmane et de ses partisans qui continuent de dénoncer des données qu'ils jugent frauduleuses. Dès la proclamation des résultats provisoires le 23 février dernier par la Commission électorale nationale indépendante, de violentes manifestations avaient d'ailleurs embrasé la capitale, faisant plusieurs morts, de nombreux blessés et entraînant la destruction de biens publics et privés dont le domicile de Moussa Kaka, correspondant de RFI au Niger, suspecté de rouler pour le candidat du PNDS-Tarayya. Le pouvoir avait alors montré les muscles, procédant à des centaines d'arrestations parmi lesquels Hama Amadou, principal soutien du prétendant malheureux, et le général Boureima Moumouni, dit Tchanga, ancien chef d'état-major général des armées. Les perdants, qui n'avaient toujours pas désarmé, projetaient d'ailleurs une manifestation pacifique ce mercredi fatidique.

De là à voir leurs mains derrière les apprentis-putschistes qui ont appuyé sur la détente, il n'y a qu'un pas que d'aucuns ont vite franchi. Un peu trop vite cependant au goût de certains, un rien complotistes, qui pensent que cette histoire pourraient avoir été montée de toutes pièces par le régime pour purger la grande muette de certains éléments indésirables et mettre au rebut quelques aventuriers politiques qui auraient opté pour la politique du pire. Mais les autorités peuvent-elles vraiment s'amuser à ce petit jeu d'apprentis sorciers potentiellement dangereux avec des armes dans la mesure où la situation peut très rapidement devenir incontrôlable ?

Une chose est sûre, quels que soient les ressentiments des uns et des autres, quelles que soient les frustrations plus ou moins légitimes qu'on peut nourrir, cette situation ne sert pas les intérêts du Niger que tous prétendent pourtant défendre. On se serait du reste attendu à ce que les terroristes envoient de nouveau des messages sanglants au futur chef suprême des armées comme ils n'ont cessé de le faire ces dernières semaines en assassinant froidement des centaines de civil aux mains nues, mais pas que la Grande Muette nous montre qu'elle n'a pas encore totalement vaincu ses vieux démons putschistes.

Et même si, comme on dit, la situation est maîtrisée et « sous contrôle », on en est à se demander si la prestation de serment de demain, qui devait sanctionner le triomphe du modèle démocratique nigérien, aura encore la même saveur.

Plus de: L'Observateur Paalga

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