Bénin: Vive tension à l'approche de la présidentielle

Manifestations dans les rues de Cotonou

La tension est montée d'un cran mardi. Des incidents ont éclaté dans plusieurs villes. L'opposition conteste la légitimité du président Talon.

La journée du 6 avril a été tendue au Bénin. Le 6 avril correspondait à la date anniversaire de l'investiture du président Patrice Talon. cinq ans jour pour jour donc, et les opposants estiment que c'est la fin de son mandat constitutionnel et que celui-ci ne devrait plus être au poste jusqu'à l'élection d'un nouveau président, le 11 avril prochain. D'où plusieurs manifestations dans le pays.

Les manifestations étaient la réponse à l'appel à l'insurrection lancé depuis l'exil par des opposants. Commencées dans la nuit du lundi, les manifestations se sont poursuivies dans la journée de mardi, dans plusieurs villes du pays où en majorité, elles n'ont pas perturbé les activités quotidiennes.

De graves débordements à Parakou

Des slogans à l'instar des messages inscrits sur des banderoles, hostiles à la prorogation de 45 jours du mandat du président de la république ; on a observé aussi des pneus brûlés entraînant le blocage de certaines routes. C'est le cas à Cotonou, à Porto-Novo, à Kandi mais aussi à Savè et Tchaourou, fiefs de l'ancien président, Boni Yayi, où les biens d'un député ont été brûlés.

C'est Parakou, la principale ville de la partie septentrionale du pays qui a enregistré le plus de débordements. Des affiches de campagnes détruites, le siège d'un des partis qui soutiennent le pouvoi,r vandalisé.

Les manifestants ont également saccagé les locaux d'une radio privée de la localité.

"Une foule de jeunes qui scandait des slogans et qui est venue tout vandaliser, la régie, les studios, les bureaux...tout y était passé. Il ne reste plus rien", a déclaré Angelo Ahouanmagnan, le directeur général d'Urban Fm.

De l'amertume dans la voix d'Angelo Ahouanmagnan, le directeur général d'Urban Fm qui condamne cet acte de vandalisme, perpétré soupçonne-t-il, pour un mobile politique.

"Urban Fm émet à Parakou depuis 2003, c'est une radio qui rend d'énormes services à la communauté et qui est utile aux populations. Les interprétations des uns et des autres par rapport au positionnement des actionnaires etc... C'est un faux débat et il est vivement souhaitable que la raison triomphe et surtout l'esprit de cohésion nationale parce que vous savez que, comme les gens le disent couramment "on sait quand ça commence mais on ne sait pas quand ça finit."

La société civile dénonce les violences

Les acteurs de la société civile aussi déplorent ces événements. Pour Fatoumatou Batoko Zossou, présidente de la plate-forme électorale des organisations de la société civile, rien de constructif ne s'obtient dans la violence.

"Les conflits sont des opportunités pour aller de l'avant, les conflits mettent en exergue ce qui fâche, les frustrations, mais il faut sortir de ces frustrations-là à travers le dialogue. Le pouvoir n'est pas dans la rue, le pouvoir n'est pas dans les bagarres, dans les armes. Le pouvoir, on l'acquiert à travers des règles qu'on s'est données. Il faut discuter."

Les forces de sécurité étaient présentes sur le terrain pour essayer de contenir les manifestations, mais ces événements font craindre davantage des menaces de tension et d'insécurité quant à la suite du processus électoral.

Joèl Atayi Guèdègbé de l'association nouvelle éthique explique la crispation et l'angoisse actuelles des Béninois. "Il y a deux ans, les élections législatives ont été l'occasion de violences plutôt inédites pour des raisons politiques. Donc c'est plutôt ça que beaucoup ont en mémoire en se demandant de quoi serait fait ce processus électoral et quel sera son aboutissement ?".

Le gouvernement dit avoir pris ses responsabilités face à la situation. Pour l'heure, la campagne électorale se poursuit et est prévue pour s'achever vendredi prochain.

Plus de: DW

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