Afrique: Génocide des Tutsi au Rwanda - L'Afrique sans mémoire

analyse

Le 7 avril 1994 débutait le dernier génocide du 20e siècle qui allait faire plus d'un million de morts. Cette horreur est commise dans l'indifférence de la communauté internationale. On découvrira l'ampleur du désastre plus tard, avec les charniers à ciel ouvert, et toute l'étendue de l'horreur avec les récits des survivants. Vingt-sept ans après, existe-il une mémoire de ce génocide hors du Rwanda ?

Après la sidération née de la découverte de l'ampleur du génocide, le monde sort de la torpeur et dès 1998, dix écrivains africains se rendent au Rwanda pour recueillir les témoignages des survivants en vue de rendre compte de ce qui s'est passé par le biais de la fiction et de l'essai. La romancière burkinabè Monique Ilboudo et l'écrivain sénégalais Boubacar Boris Diop faisaient partie de ce contingent d'écrivains embarqués dans l'aventure de « Rwanda 94 : écrire par devoir de mémoire », pilotée par Fest'Africa. Il s'agissait pour ces auteurs de témoigner pour conjurer la possibilité d'un tel acte dans le futur. Un pari loin d'être gagné.

En effet, un écrivain confiait récemment la déception de Boubacar Boris Diop face à l'indifférence sur le génocide en Afrique. Son roman témoignage, Murambi, le livre des ossements, peu l'ont lu et il dit ne point trouver une oreille attentive quand il évoque le génocide. C'est chez le jeune public européen qu'il y a de l'intérêt. Sans doute parce que c'est un terrain de compassion créé de longue date par la mémoire de la Shoa.

On assiste depuis quelques années à l'émergence de théories négationnistes qui tendent soit à relativiser l'intention génocidaire des politiques hutu de l'époque, soit à créer de toutes pièces un autre génocide des Hutu qui aurait été perpétré par le front populaire rwandais. Par ailleurs, la pyramide de la haine prospère dans les pays voisins du Rwanda et il suffit de lire les journaux ou les réseaux sociaux de la RDC pour comprendre que le Tutsi est constitué en ennemi irréductible. La haine du Tutsi est en plein essor, contrairement à ce que l'on aurait pu penser, après tout le travail mémoriel fait par les historiens et les écrivains.

Mais il faut reconnaître que ce travail n'a jamais été valorisé et disséminé dans les populations en Afrique. Ainsi, aucun pays d'Afrique ne commémore le génocide tutsi et l'Unité africaine est aux abonnés absents dans le débat mémoriel sur le génocide. De sorte que c'est le Rwanda qui porte sur ses frêles épaules ce lourd fardeau et c'est le pays des mille collines qui engage seul le combat sur tous les fronts pour défendre la mémoire de ce génocide.

Ce refus des Africains de porter la mémoire du génocide des Tutsi fait que le continent n'en a tiré aucun enseignement et reste exposé à de possibles tragédies. Après le Rwanda, on a connu des charniers géants lors de guerres civiles comme au Liberia, en Sierra Leone et en Côte d'Ivoire.

Avec la montée de l'extrémisme violent dans le Sahel, on assiste à la mise en place de politiques de l'inimitié envers des communautés entières qui sont stigmatisées avec la bénédiction ouverte ou tacite des pouvoirs publics. On ne peut oublier Yirgou au Burkina Faso où, pendant plusieurs jours, des hommes de la communauté peule ont été pourchassés et tués par une milice armée. Au Mali, les communautés dogon et peule s'entretuent avec des désirs d'extermination.

Et pourtant, une appropriation de la mémoire du génocide des Tutsi pourrait enseigner aux peuples d'Afrique qu'une tragédie de cette ampleur reste possible et qu'il faut cultiver les ressorts du vivre-ensemble pour éteindre définitivement la mèche de la poudrière identitaire. C'est le rapport cavalier des Africains à la mémoire et à l'histoire qui fait le lit de leurs malheurs. Tenez, la guerre civile en Côte d'Ivoire a fait plus de trois mille morts et voilà les principaux responsables blanchis par la Cour pénale internationale sous les youyous des Africains. A qui la faute ? A l'Afrique oublieuse de l'histoire, à cette terre des hommes à la mémoire amputée qui produit des citoyens amnésiques...

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Plus de: L'Observateur Paalga

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