Afrique: La pisciculture menacée par les ravageurs et les parasites

8 Avril 2021

Si l'aquaculture est devenue un élément clé des systèmes alimentaires mondiaux, sa croissance non réglementée met en danger l'environnement et engendre des ravageurs et des maladies, selon une étude.

Rosamond Naylor, professeur à l'école des sciences de la terre, de l'énergie et de l'environnement de l'université de Stanford et auteur de l'étude publiée le 24 mars dans Nature, affirme que l'aquaculture va se développer à mesure que la demande de fruits de mer va augmenter dans le monde.

« Si nous ne faisons pas les choses correctement, nous risquons d'avoir les mêmes problèmes environnementaux que nous avons vus dans l'agriculture et élevage : pollution par les nutriments, utilisation excessive d'antibiotiques et changement d'habitat qui menace la biodiversité », explique Rosamond Naylor à SciDev.Net.

Dans une étude sur l'aquaculture publiée dans Nature en 2000, Rosamond Naylor voyait l'aquaculture comme une solution au déclin mondial de la pêche sauvage mais qui avait conduit à un changement d'habitat marin, à la propagation d'agents pathogènes et à l'introduction d'espèces envahissantes.

Depuis lors, disent Rosamond Naylor et ses co-auteurs, des progrès significatifs ont été accomplis dans le sens de l'adoption de pratiques durables dans l'industrie, y compris une baisse de la conversion destructrice de l'habitat, en particulier par l'élevage de crevettes dans les mangroves.

En outre, les agents pathogènes, les parasites et les ravageurs constituent un « risque chronique » pour l'aquaculture, amplifié par une intégration accrue du commerce et de la chaîne d'approvisionnement depuis 2000, indique le document.Rosamond Naylor est préoccupé par le fait que les antibiotiques sont de plus en plus utilisés comme arme de première ligne contre les maladies des poissons, ce qui ajoute à l'augmentation mondiale de la résistance aux antimicrobiens. « L'industrie est omniprésente dans ce domaine et de grandes améliorations doivent être apportées », dit-elle.

En outre, il existe de nouvelles preuves que le changement climatique menace d'exacerber ces problèmes, dit Rosamond Naylor. Notant que réduire la dépendance à l'égard des poissons sauvages tels que les anchois et les sardines pour l'alimentation est essentiel pour améliorer la durabilité.

« Il y a eu d'énormes progrès dans ce domaine, à la fois pour amener les poissons piscivores à manger plus de protéines végétales, et en termes d'introduction d'aliments alternatifs à base de plantes et d'autres aliments non sauvages à base de poisson », affirme cette dernière.

Ronald Hardy, co-auteur de l'étude et directeur de l'Institut de recherche sur l'aquaculture à l'université de l'Idaho aux États-Unis, souligne que l'aquaculture est une forme relativement nouvelle d'élevage, impliquant plus de 400 espèces d'animaux et de plantes.

« Les poissons et les crustacés sont élevés dans des étangs, des enclos dans des réservoirs ou des lacs, des enclos dans la mer, des chenaux alimentés par des sources et, plus récemment, dans des systèmes d'aquaculture en recirculation situés sur terre et totalement clos », explique ce dernier.

« Ce que ces divers systèmes de production ont en commun, c'est qu'ils affectent l'environnement aquatique [... ] à travers la production de déchets, et ils nécessitent tous des intrants alimentaires », ajoute Ronald Hardy.En Asie, les ressources marines sont menacées si les petits poissons pélagiques sont surexploités pour produire des aliments pour l'aquaculture, dit-il. Le passage à la pisciculture « végétarienne » signifie que les concentrés de protéines dans les aliments pour poissons proviennent de céréales telles que le blé et le maïs, ou le soja, le colza ou le tournesol, dit-il.

« La nouvelle étude documente les progrès de la production d'aliments durables et discute des incitations pour poursuivre les progrès », ajoute-t-il. « Des questions telles que le bien-être des poissons et leur résistance aux maladies sont affectées par les aliments, de sorte que les gouvernements, les ONG et les producteurs aquacoles ont tous un intérêt dans la recherche.»

Selon l'étude, l'aquaculture d'eau douce, qui comprend près de 150 espèces de poissons, de crustacés et de plantes, représente 75% des aliments aquatiques d'élevage consommés par les humains, l'Asie étant le plus grand producteur.

David Little, co-auteur de l'étude et professeur à l'Institut d'aquaculture de l'université de Stirling au Royaume-Uni, déclare que « l'aquaculture concerne pour l'essentiel les poissons que les gens peuvent se permettre de manger - et la plupart des produits issus de l'aquaculture pratiquée dans les pays asiatiques restent dans ces pays. Cela a un impact important sur la sécurité alimentaire et les moyens de subsistance en milieu rural. »

D'autres régions, y compris l'Afrique, introduisent des fermes d'eau douce, mais avec peu de surveillance, selon l'étude.

Michael Rust, conseiller scientifique pour le bureau de l'aquaculture de la NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration) dans le Maryland, aux États-Unis, affirme que « comme les auteurs le démontrent, si elle est réalisée de manière responsable, l'aquaculture peut soutenir une économie saine, une planète saine et des personnes en bonne santé. »

Les progrès dans l'alimentation, la génétique, la santé et l'élevage documentés par les auteurs démontrent clairement la valeur des investissements stratégiques dans la science au cours des 20 dernières années, soutient Michael Rust.

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