Congo-Kinshasa: Une course contre la montre pour battre la rougeole

communiqué de presse

Depuis le début de l'année, la République démocratique du Congo (RDC) connaît une nouvelle flambée épidémique de rougeole, avec plus de 13 000 cas enregistrés. Entre 2018 et 2020, plus de 460 000 enfants ont contracté la maladie et près de 8 000 y ont succombé. Face à l'augmentation actuelle des cas, la réponse d'urgence doit être renforcée.

La faible couverture vaccinale dans certaines zones de santé a entraîné la résurgence de la maladie, pour le moment cantonnée dans le nord du pays. « Plusieurs provinces enregistrent à nouveau une hausse de cas depuis fin 2020, notamment le Nord et Sud Ubangi », explique Anthony Kergosien, coordinateur des équipes d'urgence de MSF en RDC.

Dès décembre, MSF a déployé des équipes dans la zone de santé de Bogose-Nubea, au Sud Ubangi. Les besoins sur place sont massifs : en quelques semaines, près de 5 000 malades, dont une grande majorité d'enfants, ont été pris en charge, et pas moins de 70 000 enfants ont été vaccinés, ralentissant la progression de la maladie. Dans la foulée, l'équipe mobile a continué vers la province voisine du Nord-Ubangi, où la zone de santé de Bosobolo est elle aussi en situation critique.

« Depuis notre arrivée à Bosobolo mi-février, nous soutenons la prise en charge des patients dans huit centres de santé ainsi qu'à l'hôpital général, vers lequel les cas compliqués sont dirigés », explique Faustin Igulu, le responsable de l'intervention MSF sur place. Dans ces différentes structures, l'association forme les équipes locales de santé à la prise en charge et supervise les soins, notamment pour les cas les plus sévères. Plus de 1 200 patients ont été pris en charge, mais la capacité d'hospitalisation a rapidement été dépassée. « Nous avons dû augmenter le nombre de lits pour soigner les enfants, certains étaient à un stade très avancé de la maladie et de malnutrition associée », poursuit Faustin Igulu.

Un infirmier s'occupe d'un jeune patient malade de la rougeole, hôpital général de Bosobolo, en RDC, février 2021. © Franck Ngonga/MSF

MSF a également débuté la vaccination de 66 000 enfants dans cette zone de santé isolée, en visant en priorité les aires les plus difficiles d'accès. Nos équipes assurent également la formation des agents de santé locaux à la surveillance épidémiologique afin d'améliorer la détection précoce des cas de rougeole. Mais comme beaucoup d'autres zones de santé dans le pays, les moyens dont disposent les autorités sanitaires locales ne sont pas suffisants.

La maladie la plus contagieuse au monde

La rougeole est une maladie virale propagée par la toux, les éternuements ou par le contact direct avec des sécrétions nasales ou laryngées. Les enfants qui contractent la maladie peuvent faire face à de graves complications, causées notamment par le fait que la rougeole 'efface' leur mémoire immunitaire, mettant leur santé et leur vie à risque pour des années.

« La rougeole est la maladie la plus contagieuse au monde, près de dix fois plus que la Covid-19 », explique Anthony Kergosien. Pour lutter efficacement contre ce fléau en RDC, il faudrait une couverture vaccinale de 95% avec deux doses par enfant, et des campagnes régulières pour vacciner les nouveau-nés et ceux qui passent entre les mailles du filet, y compris dans les zones les plus difficiles d'accès. Mais on en est encore très loin. »

En 2019, le Ministère de la Santé et ses partenaires ont lancé des plans de riposte contre la rougeole, suivis d'activités vaccinales supplémentaires (AVS) ciblant des millions d'enfants. Ces activités ont permis de faire baisser le nombre de cas, sans toutefois couper la chaîne de transmission.

Une course contre la montre

A Bosobolo, comme ailleurs en RDC, la lutte contre la rougeole ressemble à une course sans fin. Les efforts destinés à enrayer la propagation de la maladie se heurtent aux défis sur place : un programme national de vaccination et de surveillance qui doit être renforcé, un système de santé sous-équipé, des difficultés géographiques et sécuritaires pour accéder à certaines régions d'un pays grand comme quatre fois la France.

Dans l'ex-Katanga, tout au sud de la RDC, MSF a mis en place le projet URGEPI pour mieux répondre aux épidémies de rougeole successives. La surveillance épidémique globale se fait grâce à un système d'alerte prenant en compte le risque épidémique. Ce dernier varie géographiquement en fonction de la couverture vaccinale et des précédentes épidémies.

Si le seuil de cas suspects de rougeole est dépassé sur une zone de santé, une investigation est mise en place. « Le seuil optimal a été calculé à partir des enquêtes menées en 2018-2020, précise Birgit Nikolay, chargée des activités épidémiologiques d'URGEPI. Ce seuil est plus sensible dans les zones à haut risque. » Si le nombre d'alertes dépasse la capacité d'intervention, la priorisation des zones se fait en fonction du risque et du stade de l'épidémie, ainsi que du nombre de cas dans les trois dernières semaines.

Le projet a trois autres volets qui permettent d'améliorer la réactivité et la réponse : la riposte, c'est à dire l'intervention en cas d'alerte avec la vaccination et la prise en charge des malades ; la prévention avec le renforcement des capacités de vaccination ; et le support du laboratoire situé à Lubumbashi, qui permet de confirmer plus rapidement le diagnostic.

« Les enjeux de réactivité dans la réponse aux épidémies de rougeole sont cruciaux, poursuit Birgit Nikolay. Détecter l'épidémie tôt reste difficile car il y a des retards dans la transmission des données de surveillance et dans la confirmation biologique des cas. Faire parvenir les vaccins et le matériel médical dans des zones éloignées, notamment en respectant la chaîne du froid, peut aussi prendre du temps. »

Dans le monde, plus de 140 000 personnes sont mortes de la rougeole en 2018, malgré la disponibilité d'un vaccin efficace, sûr et peu coûteux homologué depuis 1963. La majorité de ces décès sont survenus en Afrique subsaharienne.

Selon un article publié dans le Lancet en 2021*, la rougeole continuera d'être endémique en Afrique de l'Ouest dans les années qui viennent. Les résultats d'une enquête réalisée entre 2001 et 2019 ont montré que la couverture vaccinale moyenne pour une première dose de vaccin était de 66% en 2019, contre 45% en 2001. En décembre 2019, 11 pays d'Afrique de l'Ouest sur 15 avaient introduit une seconde dose. Cependant, il est estimé que plus de 4 500 000 enfants, âgés de 12 à 23 mois, n'ont pas reçu de première dose en 2019, la majorité d'entre eux vivant au Nigéria.

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