Sénégal: Série de manifestations meurtrières de mars dernier - L'Etat livre sa «part de vérité»

Près d'un moins après les manifestations violentes et meurtrières notées au début du mois de mars dernier suite à l'arrestation du leader de Pastef, Ousmane Sonko, le gouvernement a organisé hier, jeudi 8 avril, une conférence de presse pour donner sa part de vérité sur ces événements.

Lors de ce face-à-face avec les journalistes, le ministre des Forces armées, Me Sidiki Kaba, tout en imputant la responsabilité de ces manifestations violentes et meurtrières au député Ousmane Sonko, a annoncé la mise en place par le gouvernement d'une commission « indépendante et impartiale » qui se chargera de faire toute la lumière sur ces émeutes.

Le gouvernement du Sénégal rompt enfin le silence sur la série de manifestations violentes et meurtrières qui avaient «fortement secoué l'Etat et les institutions de la République» sur l'ensemble du territoire national en début du mois de mars dernier, suite à l'arrestation du leader de Pastef, Ousmane Sonko, visé par une plainte pour « viols répétés » et « menaces de mort ».

Face à la presse hier, jeudi 8 avril, le ministre des Forces armées, Me Sidiki Kaba, a justifié cette sortie du gouvernement par un besoin de «rétablir la vérité et prononcer la part de vérité du gouvernement du Sénégal » sur ces manifestations violentes qui ont été enregistrées dernièrement au Sénégal. En effet, selon lui, l'opposition et la société civile «prennent l'Etat pour responsable des violences qui ont eu lieu suite à l'interpellation de Ousmane Sonko ». Sous ce rapport, rappelant que ces manifestations se sont produites dans un contexte de Covid-19 qui a eu non seulement « des effets réticents sur l'ensemble des systèmes économiques du monde » mais aussi conduit le « Gouvernement à adopter l'état d'urgence et des restrictions de certaines libertés pendant un certain temps », Me Sidiki Kaba affirmera dans la foulée que « l'entière responsabilité de ces évènements ne doit pas être imputée à l'Etat du Sénégal ».

Et pour cause, souligne-t-il, la plainte de la masseuse Adji Sarr accusant Ousmane Sonko de faits de viols répétitifs et de menaces de mort et l'appel à la résistance du mis en cause qui a dit qu'il s'agissait d'un complot d'Etat ont eu un écho favorable dans un contexte marqué par la pandémie, avec la privation des libertés, les difficultés économiques et le mal être de la jeunesse. Et c'est ce qui a, selon lui, fait sortir dans les rues des manifestants qui s'en prenaient à des biens d'autrui, des investissements étrangers et aux symboles de l'Etat, maisons de dignitaires du régime, des brigades de gendarmerie.

« On a voulu faire porter l'entière responsabilité des faits à l'Etat or, cette plainte et ce refus de déférer devant la Justice sont les éléments déclencheurs de ces évènements», a fait remarquer le ministre des Forces armées qui avait à ses côtés son collègue en charge des Collectivités territoriales et porte-parole du gouvernement, Oumar Guèye, et Abdou Latif Coulibaly, ministre Secrétaire général du gouvernement lors de cette conférence de presse.

LES FORCES DE L'ORDRE ONT FAIT PREUVE DE RETENUE

Poursuivant son propos, Me Sidiki Kaba a réfuté les accusations portées à l'encontre des forces de l'ordre, comme étant à l'origine de ces violences. Soulignant que «sur des images de reportages, les forces de l'ordre ont même reculé et parfois, on a même entendu qu'elles ont fui », il explique que « n'eût été leur sang-froid, leur professionnalisme, peut-être qu'on aurait un bilan beaucoup plus lourd ». Car soutient-il « elles ont, par moment, reçu des pierres, elles ont été piétinées mais elles sont restées calmes ». Par ailleurs, le ministre des Forces armées, sans le nommer, a également profité pour déplorer les accusations proférés par le leader de Pastef Ousmane Sonko qui avait soutenu lors de sa déclaration de presse, le 8 mars dernier, que le président Sall et son gouvernement n'ont plus la légitimité de rester au pouvoir après les manifestations violentes.

Jugeant « excessives et sans fondement » ces accusations portées contre l'Etat du Sénégal, le ministre Sidiki Kaba a rappelé que le président Macky Sall a été élu à plus de 65% en 2012 et confirmé par le peuple sénégalais en 2019, avant de déclarer : « en démocratie, on ne s'autoproclame pas légitime. C'est l'onction du suffrage universel qui confère la légitimité, parce que c'est le peuple souverain qui valide ou invalide le mandat de ses dirigeants, lors des consultations régulières ».

Poursuivant son propos, le ministre des Forces armées est également revenu sur le bilan de ces manifestations dressé par certains organismes non gouvernementaux et qui font état des violations massives des droits de l'homme au Sénégal. Et c'est pour dire qu'il s'agit plutôt de rapports précipitamment écrits et qui font état de 13 morts et 500 blessés. « Ils disent que les violences policières sont à l'origine de tout ce qu'on a vu au Sénégal. C'est des accusations excessives. Le chef de l'Etat avait donné des instructions de ne pas tirer sur des manifestants et elles ont été respectées. Voilà l'exagération », a-t-il martelé.

UNE COMMISSION INDÉPENDANTE EN GESTATION

Lors de ce face-à-face avec la presse, le ministre des Forces armées ne s'est pas seulement contenté d'apporter des démentis à certaines accusations portées à l'encontre de l'Etat concernant les manifestations violentes que le Sénégal a connues en début du mois de mars dernier. Me Sidiki Kaba a également annoncé la mise en place par le gouvernement d'une « commission indépendante et impartiale » qui se chargera de faire toute la lumière sur ces émeutes. Cette commission qui sera ouverte à l'opposition et aux membres de la société civile est, selon lui, « la meilleure façon de situer les responsabilités ». «Nous voudrions rétablir les faits, nous avons dit notre part de vérité. Et pour cela, le gouvernement du Sénégal annonce la mise sur pied d'une commission indépendante et impartiale pour rétablir toute la vérité dans la dynamique de paix, d'apaisement. La vérité, pour que justice soit faite, est un élément qui conforte aussi l'Etat de droit et notre volonté de vivre en commun », a-t-il fait remarquer tout en précisant au sujet de la plainte déposée par Adji Sarr contre Ousmane Sonko que «l'État ne freinera pas l'action qui a été enclenchée » puisque « la mise sur pied de cette Commission d'enquête n'est pas une remise en cause du travail de la Justice, mais d'une initiative complémentaire ».

USAGE D'ARME A FEU LORS DES MANIFESTATIONS ET MORT D'HOMME : «Il n'y aura pas d'impunité», selon Sidiki Kaba

La situation des responsabilités relativement au feu ouvert sur des manifestants et les morts qui s'en sont suivis, ont été réclamés au ministre des Forces armées, Me Sidiki Kaba, ce jeudi 8 avril 2021, à l'occasion de cette rencontre dite « Le Gouvernement face à la presse ». Devant les journalistes, le ministre des Forces armées a promis la poursuite et des sanctions contre ceux qui auront tiré sur les populations à balle réelle. À propos des personnes qui ont ouvert le feu sur les manifestants, Me Sidiki Kaba a tenté également de rassurer les populations : « S'il y a des cas, s'ils sont établis, il n'y aura pas d'impunité. Et une fois que c'est établi, la justice fera son cours. Ceux qui veulent porter des plaintes, rien ne s'y oppose, nous sommes dans un État de droit.

Si vous êtes victime d'un abus de votre droit, vous saisissez la justice. Et celle-ci, en toute indépendance, rétablira la vérité selon les preuves. Rien n'empêchera cela. Donc, il faudrait le dire, il n'y a pas ici une volonté de soustraire le gouvernement ou les forces de défense et de sécurité qui ont été mêlées à ces actes de violence ». Et de dire que ces forces de sécurité et de défense seront devant la justice, s'il est établi qu'elles auront commis un acte qui est contraire à la loi.

Plus de: Sud Quotidien

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