Congo-Kinshasa: Que de USD milliards perdus dans les guerres de l'Est depuis 1960...

Christophe Mboso aujourd'hui, Cléophas Kamitatu hier, la « Grande Muette » qu'est l'Ouest par rapport à la question sécuritaire de l'Est a parlé. Tôt ou tard, ce qui arrive devait arriver, et maintenant que c'est fait, il reste à en prendre acte. Il faut avouer que le Centre, pour avoir donné au pays son fils Félix Tshisekedi, n'en pense pas moins. Déjà, l'Est voit certains des ses enfants prendre le courage de stigmatiser la forfaiture à laquelle se livrent quelques-uns des siens. Le Congo entier est fatigué mais alors fatigué d'une guerre n'ayant désormais ni justification valable, ni explication tenable.

Comme relevé plus d'une fois dans ces colonnes, une guerre civile (opposition armée) est une revendication adressée à l'Autorité établie (Pouvoir en place) en guise de protestation contre un traitement donné.

La guerre, mieux les guerres de l'Est ont la particularité de remonter aux sécessions katangaise et sud-kasaienne des années 1960, suivies des rébellions, des agressions (ou invasions) et encore des rébellions, si bien que dans son histoire, jamais le Congo n'a connu une accalmie au cours d'une vingtaine d'années successives.

Qu'en 2019, au moment où se produit la première alternance démocratique, les statistiques aient révélé la présence de 140 groupes armés rien qu'au Sud et au Nord Kivu, il y a là de quoi s'interroger sur des motivations véritables. Celles-ci semblent, hélas !, se résumer à l'affairisme. Celui exercé surtout sur l'effort de guerre supporté par toutes les provinces congolaises.

Cet affairisme consiste à profiter des sommes dépensées par le souverain primaire pour soutenir les militaires au front : *solde, prime, ration, soins médicaux, armement etc. Sommes mal gérées, privant ceux qui y ont droit de ce qui leur revient pourtant de droit.

Comment empêcher alors certains diplomates (suivez mon regard !) de se retrouver au front ? Que de fois n'a-t-on pas appris le ravitaillement en aliments (eau potable comprise) assuré aux éléments Fardc par les éléments de la Monusco pendant des opérations militaires contre les groupes armés ?

Il y a pire : le détournement de l'aide humanitaire par certains leaders du Kivu pour financer leur campagne électorale. Des populations déplacées - constituant la base de l'électorat - sont ainsi réduites en source de financement d'une telle campagne. C'est plus que de la méchanceté, c'est de l'animalité révélée courageusement par un compatriote du Kivu, Valentin Migabo Nshurani, dans son mémoire «L'aide humanitaire au grès des prédateurs en RDC».

Est-ce parce que Christophe Mboso a mis et remué le doigt dans la plaie que ceux qui se sentent morveux se mouchent ? Peut-on vraiment tirer sur lui en même temps qu'on a le regard fixé sur cette photo (cette fois mise en clair) présentant un bébé en train de téter la mamelle de sa mère tuée on ne sait par qui et pourquoi ? Non !

Par l'Est et pour l'Est, tout le pays souffre.

Il ne faudrait pas que l'Est devienne le tombeau des espoirs des populations congolaises, toutes provinces et toutes catégories confondues, suscités dans le changement des régimes.

Déjà, en 61 ans (bientôt) d'indépendance, que de milliards de dollars américains investis dans la lutte contre les groupes armés, les uns dépensés par le Trésor public congolais, les autres par les partenaires extérieurs.

Certes, personne - du moins côté RDC - n'a jusque-là songé à en faire l'évaluation. On ne serait pas étonné d'apprendre que ce ne soit pas moins de USD 50 milliards, de 1960 à 2020.

Quand on estime déjà ceux de la Monusco à près de USD 20 milliards rien qu'au cours de ces 20 dernières années de son déploiement sur le territoire national, et si on ajoute les opérations de l'Onic au début des années 1960, tout comme l'apport extérieur à la lutte contre les deux guerres du Shaba (1977 et 1978) et plus tard celle de l'Afdl de 1996 à 1997 sans compter la suite (Rcd, Mlc, Cndp, M.23 etc.), il faut admettre qu'on doit approcher sinon dépasser les 100 milliards de dollars US !

Comparaison n'est certes pas raison, mais on devrait tout de même se demander ce que des pays comme la Corée du Sud ou le Canada (qui avaient le même niveau du PIB avec le Congo-Belge au 30 juin 1960) n'auraient pas fait avec un tel pactole, eux qui connaissent la valeur de la paix !

Le constat est qu'au moment où la Corée du Sud et le Canada ont des budgets annuels des centaines de milliards de dollars, la RDC peine à atteindre 5 milliards en recettes internes. Et elle doit faire face dans sa partie Est à 140 groupes armés qui ne savent même plus pourquoi se battent-ils.

Entre-temps, on passe le temps à rappeler à Félix Tshisekedi sa promesse d'y séjourner, voire son engagement à mourir si la paix n'y est pas rétablie...

Le Congo entier, comme relevé en introduction, est fatigué, mais alors fatigué d'une guerre qui n'a effectivement ni justification valable, ni explication tenable en dehors de l'affairisme...

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