Ile Maurice: Incursion - Le patrimoine culturel de Plaine-Verte revalorisé par ses habitants

Donner un second souffle à Plaine-Verte. C'est le but du groupe «PLAINE-VERTE» sur Facebook. Créé en 2014, il compte aujourd'hui plus de 18 000 membres. Sheik Afzaal Hussein Mungloo, chef de file, revient sur la création de ce groupe.

Il aura fallu attendre sept ans pour que le groupe «PLAINE-VERTE» prenne forme. Si jadis, Sheik Afzaal Hussein Mungloo (en médaillon aux côtés de son père), infographiste, avait créé ce groupe afin de partager des photos, il est aujourd'hui responsable de ce groupe, qui a plus de 200 publications chaque semaine. En effet, les membres, qui sont principalement les résidents et anciens résidents de Plaine-Verte racontent, images à l'appui, l'histoire de leur localité dans une variété de styles, les uns plus colorés que les autres.

Pour en avoir le cœur net, nous nous sommes rendus à Plaine-Verte. Ce jour-là, en raison du confinement, l'endroit était comme une ville fantôme. Cependant l'absence d'activités courantes dans la rue Paul et Virginie lui donnait un cachet tout spécial. C'est un silence que cette région n'a jamais connu en jour de semaine depuis sans doute plusieurs dizaines d'années. Plaine-Verte respirait la tranquillité car on pouvait y circuler avec une étonnante facilité. Mais puisqu'il est plus question du regard que les résidents de Plaine-Verte ont pour leur propre localité, donnons la parole à Sheik Afzaal Hussein Mungloo.

«Plaine-Verte a longtemps souffert et souffre encore d'une perception défavorable. Toutefois, dans la réalité, ce n'est pas le cas. C'est un endroit qui n'est ni meilleur ni pire que les autres quartiers. S'y trouvent des familles qui vivent des situations comme c'est le cas ailleurs à Maurice», raconte ce père de deux enfants.

Une des pages préférées de l'histoire de Plaine-Verte pour Afzaal Hussein Mungloo, c'est l'origine des noms de rue. «J'imagine que nos aînés n'ont pas eu de mal pour attribuer des noms à des rues. Il semble que les critères sur lesquels ils se basaient sont les noms d'arbres plantés le long des rues. Il s'ensuit que le nom de la route de Pamplemousses, par exemple, a été choisi en raison de la présence de nombreux pamplemoussiers dans ce lieu spécifique. Idem pour la rue Tamarin. À l'époque coloniale française, on avait nommé une rue, la rue Pagoda, car les Français croyaient que la mosquée était une 'pagode', d'où sa forme. Aujourd'hui, cette rue est connue comme la rue Hassen Sakeer, qui était un médecin très connu de Plaine-Verte.»

Comment Afzaal Hussein Mungloo assure-t-il la gestion de sa page ? C'est une équipe composée de quatre personnes, qui s'en occupe : Sharmeen Mungloo, Pheerunggee Noor Mahamad, Ameer Peerbaccus et Afzaal Hussein Mungloo. Chaque jour, ils enregistrent plus d'une centaine de demandes de publications et leur rôle consiste à vérifier les contenus des entrées afin de s'assurer qu'ils ne portent pas atteinte à la réputation et à l'honneur des gens.

Pour rendre le groupe plus amusant et intriguant, chaque semaine ils publient «une photo de la semaine» et nomment dix personnes, qui ont contribué à enrichir davantage l'histoire de Plaine-Verte. Parmi les nombreuses facettes de l'histoire, de la région qui a marqué la vie d'Afzaal Hussein Mungloo, ce sont les rôles joués par les prestataires de fast-food Made in Plaine-Verte. Cette liste comprend également son père, Sheik Mahmood Mungloo, 76 ans, qui a été un incontournable marchand de rôtis pendant 55 ans à Plaine-Verte.

Ce que les jeunes en pensent

Nadiya Jaunbocus, étudiante en biochimie aux États-Unis, 22 ans est aussi membre de ce groupe.

Étant une habitante de la Plaine-Verte, quel est ton ressenti sur le groupe «PLAINE-VERTE» sur Facebook ?

Je suis absolument sous le charme de ce groupe. La plupart des groupes sur Facebook ne contiennent pas de publications liées au thème du groupe. Or ici, ce n'est absolument pas le cas. Les administrateurs vérifient chaque publication et font un travail très louable. J'adore lire les commentaires où les gens racontent leur expérience de la Plaine-Verte. Mais aussi, j'adore les peintures et autres photos, qui sont publiées. L'autre jour j'ai vu un magnifique tableau de la mosquée tout près du lieu où j'ai grandi et cela m'a fait énormément plaisir.

Est-ce que tu as appris des anecdotes et est-ce que tu penses que c'est un bon moyen pour faire les jeunes découvrir et connaître l'histoire des villes/villages ?

Pour moi, c'est un moyen efficace pour faire les jeunes découvrir l'histoire et le patrimoine de leur quartier. J'ai moi-même appris tellement de choses sur ce groupe surtout des individus et autres personnalités, qui ont marqué la Plaine-Verte d'une façon ou d'une autre. D'ailleurs, quelques jours auparavant, j'ai lu quelque chose à propos d'un Monsieur qu'on surnommait Bolom Lindor, très connu lors des célébrations du Yamse, qui pour moi, a une place importante dans la Plaine-Verte.

Étant donné que tu es à l'étranger, est-ce que ça te rapproche de Maurice/ de Plaine-Verte ?

Ce groupe m'a permis de me rapprocher un peu plus de la Plaine-Verte. J'ai souvent eu des sentiments assez conflictuels entre mon admiration absolue pour la beauté et l'atmosphère de la Plaine-Verte et les valeurs, qui y sont omniprésentes. Mais, en lisant les commentaires sur ce groupe où les gens partageaient leur passion pour la Plaine-Verte, avec bien souvent les mêmes pensées que moi, j'ai réalisé que la Plaine-Verte sera toujours dans mon cœur, où que je sois dans le monde.

Chamilah Rughony, fonctionnaire, 30 ans.

«Ce qui m'émeut, c'est comment nous partageons tous la même passion et le même lien avec la nourriture, les gens et les maisons coloniales, qui ont fait de la Plaine-Verte ce qu'elle est. On peut voir qu'au fil des années, la Plaine-Verte, même si elle a changé physiquement, n'a pas beaucoup changé en termes d'atmosphère et de camaraderie. Et cela me rappelle une phrase qu'on entend souvent dans les rues de cette partie de la capitale : «seki inn res dan Plaine Verte ki konn lavi!» «Une anecdote que j'ai apprise concernait l'héritage et les changements d'occupation d'une ancienne maison coloniale existante que ma famille possédait auparavant. «Les plateformes de médias sociaux sont définitivement une extension des outils d'éducation et de sensibilisation.»

Plus de: L'Express

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