Madagascar: Charles Ravaojanahary, l'inspirateur méconnu de la Révolution socialiste malagasy

Quand les moins jeunes regardent aujourd'hui la couverture du « boky mena » ou Chartre de la Révolution socialiste malagasy, ils ne peuvent s'empêcher de voir en surimpression de la photo de Didier Ratsiraka celle d'un autre personnage, Charles Ravaojanahary.

Un méconnu de la postérité et pourtant, tout le monde, du moins ceux qui ont suivi notre histoire contemporaine s'accordent à lui accorder la réelle paternité de l'ouvrage. Notre propos n'est pas d'amoindrir le rôle de celui qui deviendra conjointement avec le « boky mena » Président de la République démocratique de Madagascar, mais le poste prépondérant que l'amiral lui attribuera au sommet de l'Etat au début de la mise en place du régime témoigne de cette reconnaissance.

De l'homme pourtant , peu ont été dit et les bribes retenues de sa biographie nous ont été révélées dans l'ouvrage « Paysans, intellectuels et populisme à Madagascar (1960-1975) de Françoise Raison-Jourde et Gérard Roy qui rappelle que : « Charles Ravoajanahary (1917-1996), est une grande figure de l'accession de Madagascar à l'indépendance. Très tôt, il eut conscience de l'importance de la mémoire dans l'histoire des nations opprimées. Ses premiers combats portèrent sur la reconnaissance de la culture et de l'histoire de son pays, contre le silence et l'interprétation imposés par le colonisateur.

Professeur d'histoire au moment de l'indépendance... Membre fondateur de l'AKFM et du Monima, parrain du MFM, tous partis opposés au président Tsiranana, il encouragea en 1972, fidèle à ses engagements, le mouvement des étudiants qui mettra fin au régime néocolonial. Conseiller, garant de la légitimité d'un gouvernement issu de ce mouvement et en quête d'identité... . Charles RAVOAJANAHARY a été également membre fondateur de l'AREMA aux côtés de Didier RATSIRAKA. Il est l'un des principaux contributeurs à la rédaction du Boky mena, la charte malgache de la révolution socialiste. il devient Doyen du CSR (Conseil Suprême de la Révolution), nommé à ce poste par le Président Ratsiraka, en 1977. »

Puis on retrouve dans une œuvre de l'écrivain Jean Luc Raharimanana « Il en fut démis parce qu'il organise en 1981 une grande exposition destinée à célébrer les « résistances malgaches » à travers leurs acteurs, les auteurs et les poètes, de l'insurrection des Menalamba en 1895 à la rébellion de 1947, du syndicaliste Ralaimongo aux figures du VVS et du MDRM, livrant ainsi une partie de ses archives et de ses fonds photographiques. Cette exigence vis-à-vis de la mémoire et ses multiples prises de position fragilisèrent peu à peu sa situation au sein du gouvernement devenu amnésique et corrompu. Lâché par ses « amis » politiques et par ceux-là mêmes qui lui devaient leur pouvoir et leur crédibilité, il fut démis de ses fonctions et assista, impuissant, au vol de ses archives et au pillage de son pays. Il meurt « opportunément » en 1996. »

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