Madagascar: Heureux ceux qui croient sans avoir vu

« Sarah Brad ford e t Angela Dupray sortirent ensemble reprendre leurs voitures (infectant quatre ou cinq personnes sur leur passage), puis s'embrassèrent du bout des lèvres avant de se séparer.

Sarah rentra chez elle pour infecter son mari, ses cinq amis qui jouaient au poker avec lui, et leur fille, Samantha. » On croirait lire un autre récit d'un de ces lugubres faits récents, un de ces nombreux coups de vent qui attisent la flamme, déjà vivace, de la pandémie, et vivifiée par nos propres souffles. Mais les inconditionnels de Stephen King ont peut-être reconnu l'extrait du romanfleuve Le Fléau (1978).

Comment le roman, même avec une quarantaine d'années d'avance, remplit sa fonction de « miroir qu'on promène le long d'un chemin. » (Stendhal): l'ascendance naturelle, sur la raison, du cœur qui peut être le meilleur mais aussi le pire des conseillers. Et les élans qu'il suscite sont, en ce moment de pandémie, aussi mortels que celui qui a poussé Icare vers le soleil.

L'hubris, (orgueil démesuré) qui a propulsé Icare vers l'astre qui, en faisant fondre la cire des ailes confectionnées par Dédale, entraînera sa chute et sa mort dans la mer Icarienne, est un comparant idéal à cette impulsion qui exerce une emprise plus pesante que celle du daimon de Socrate et qui nous fredonne le même refrain intemporel : « Carpe Diem ».

Cueillir le jour présent sans se soucier du lendemain, s'adonner aux plaisirs qui nécessitent la proximité physique et donc incompatibles avec les masques et les gestes barrières. Le principe de réalité est dompté par le principe de plaisir (Cf. Freud). Le lendemain, qui a été négligé et sacrifié sur l'autel des joies éphémères, sera toujours ponctué par un décompte sinistre et funèbre.

On vit déjà quelques-uns des glaçants passages prophétiques du roman de Stephen King sus-cité comme « Harry, un homme sociable qui aimait son travail, transmit la maladie à plus quarante personnes ce jour-là et le lendemain. Combien de ces quarante personnes la transmirent à leur tour [... ] En comptant cinq par tête de pipe, au bas mot, on arrive quand même à un total de deux cents. Et selon la même formule, sans doute assez réaliste, ces deux cents en infectèrent mille, ces mille cinq mille, ces cinq mille vingt-cinq mille. »

Nous sommes en guerre. Un stade où une plus forte implication de l'armée, comme dans le roman Le Hussard sur le toit (J. Giono, 1951), est peut-être nécessaire pour neutraliser notre propre indiscipline qui est, par sa trahison, le meilleur allié de l'ennemi invisible. Une invisibilité qui inocule en nous les poisons du scepticisme et de l'inconscience qui font tomber les barrières et laissent le virus circuler librement.

La leçon donnée par l'évangile de Jean devrait de nouveau être enseignée: « Heureux ceux qui croient sans avoir vu. »

Plus de: L'Express de Madagascar

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