Afrique: Le Bénin, Quartier latin, la démocratie, le vaudou...

60 ans après son indépendance, le pays organise un scrutin présidentiel inédit. Portrait de cette ancienne colonie française d'Afrique de l'ouest.

C'est un pays qui a été longtemps présenté comme un modèle démocratique. Le Bénin est en effet le premier pays en Afrique à avoir organisé les Conférences nationales en 1990. Un évènement qui a conduit au renouveau démocratique.

Avant le retour de la démocratie en 1990, le Bénin a été longtemps l'un des enfants malades de l'Afrique. Dès le début des années 1960, le Dahomey d'alors enregistre de nombreux coups d'Etat.

Le monstre à trois têtes

Preuve des dissensions entre les politiques, un Conseil présidentiel de trois membres est installé en mai 70, à chacun des membres de diriger cet organe pendant deux ans. C'est ce qu'on a appelé le « monstre à trois têtes ».

Le général Mathieu Kérékou y met fin en octobre 1972 et marque le début de deux décennies d'une période révolutionnaire caractérisée par le parti unique. Mais en 1977, le pays fait face à un coup d'Etat conduit par les mercenaires du colonel français Gilbert Bourgeau, alias Bob Denard.

Au sortir de cette période, l'arrivée du pluralisme politique et l'ouverture médiatique est saluée à la suite de l'adoption d'une nouvelle Constitution en décembre 1990. Nicéphore Soglo, ministre de transition pendant un an devient alors président en 1991, lors de la première élection sous le renouveau démocratique.

La culture vaudou

Le Bénin est aussi connu mondialement pour son culte vaudou. Les villes de Ouidah, Abomey, Porto-Novo et d'autres encore célèbrent chaque 10 janvier une fête nationale, la fête des religions endogènes, déclarée jour férié et chômé.

Pour autant, le dialogue interreligieux fonctionne bien car christianisme, islam et vaudou cohabitent en parfaite harmonie. Certains Béninois sont tantôt à la mosquée ou à l'église le matin et dans les couvents vaudous à la nuit tombée.

La diversité cultuelle du Bénin s'ajoute à une diversité culturelle et multiethnique. Une culture que vend si bien à l'extérieur la diva de la musique béninoise, Angélique Kidjo avec ses quatre Grammy awards.

Mais c'est loin du Quartier latin de l'Afrique qu'Angélique Kidjo rayonne. Au point que certains la verraient en politique dans cette ancienne colonie française de onze millions d'habitants, située entre le géant nigérian avec ses deux cents millions d'habitants, le Togo, le Burkina Faso et le Niger.

Le port et le coton

Le Bénin sert d'ailleurs de façade maritime pour ses deux derniers pays de l'hinterland. Le port de Cotonou est le poumon de son économie. Le pays peut aussi compter sur les recettes issues du coton avec des records de production ces dernières années sous la présidence de Patrice Talon, qui a fait d'ailleurs fortune dans l'or blanc.

Patrice Talon est accusé par les opposants de remettre en cause l'histoire de la Conférence nationale caractérisée par la recherche du consensus. N'hésitant pas à qualifier la démocratie béninoise de "pagailleuse", ou de « démocratie nescafé » comme l'a dit avant lui son prédécesseur Boni Yayi, Patrice Talon aime affirmer que les populations l'ont élu pour avoir de l'eau et de l'électricité.

Il faut dire que les notes des institutions internationales parlent aussi pour celui que les Béninois comparent à Paul Kagamé depuis sa première visite au Rwanda. Le Bénin est devenu pour la première fois un pays à revenu intermédiaire, au même rang que le Sénégal et la Côte d'Ivoire.

Mais dans le Bénin démocratique, il y a depuis peu un vrai débat : oui à la démocratie ou bien oui au développement ? Certains Béninois estiment que les deux peuvent aller ensemble. Les soutiens du pouvoir pensent qu'il faut d'abord se développer.

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