Afrique de l'Est: Comesa - Madagascar brille par sa frilosité

Les organisations régionales ont-elle apporté quelque chose à l'économie? La reponse est sans ambages négative. Jusqu'ici les bénefices de l'adhésion à des organisations restent à trouver.

Madagascar semble encore être loin d'être prêt à acter une véritable intégration régionale alors que l'Afrique s'achemine vers la mise en route effective de la Zone de libreéchange continentale africaine (Zlecaf). En témoigne son appréhension à affronter le marché de plus de 450 millions de consommateurs que lui offre son statut de membre du Comesa (Common Market for Eastern and Southern Africa).

Le Comesa est aujourd'hui une zone de libreéchange qui comprend vingt-et-un pays membres à la fois partenaires et concurrents. Mais Madagascar a toujours été frileux quand il s'agissait d'attaquer les marchés régionaux et mettre à profit son intégration dans une communauté économique ou un marché de libres échanges. Au déficit de volonté politique s'ajoutent un manque d'intérêt chez les entreprises et une faible compétitivité.

Les chiffres ont révélé une faible implication de la Grande île sur le marché commun du Comesa qui représente moins de 5% des exportations du pays et moins de 10% des importations. Ce qui est une goutte d'eau dans un océan d'échanges commerciaux. L'ensemble des pays membres du Comesa importent plus de 40 milliards de dollars de marchandises et exportent pour une valeur totale de plus de 85 milliards de dollars.

« Madagascar n'est pas entré pleinement dans l'intégration même si les exportations et les importations existent », concède un opérateur économique qui commence à tenter sa chance sur le marché zimbabwéen depuis 2019. « Il nous appartient de pousser notre secteur privé pour attaquer ce marché du Comesa et d'acquérir les expériences nécessaires pour saisir ensuite les opportunités offertes par la Zlecaf », ajoute-t-il.

Si le gouvernement insiste sur l'amélioration de la qualité des produits made in Madagascar, notre interlocuteur estime que le pays doit profiter des facilités que propose le Comesa dans des branches particulières. Madagascar gagnera en effet à exporter des produits finis à haute valeur ajoutée en privilégiant certains segments. Des efforts sont aussi à faire dans le design et l'emballage.

Projets fiables

Les décideurs politiques semblent surtout s'intéresser aux financements potentiels auprès du Comesa. À l'instar du fonds de soutien de 3 127 000 euros que le pays a obtenu il y a quelques années. Mais là aussi, Madagascar doit présenter et négocier des projets fiables en termes de création d'entreprises et de renforcement des réseaux commerciaux afin de pouvoir bénéficier davantage de financements. Pour la Direction du Commerce Extérieur, « les pays africains sont très agressifs quand il s'agit de demander des fonds alors que Madagascar se montre assez timide sur ce terrain ».

Pour rappel, la Secrétaire générale du Comesa, Chileshe Mpundu Kapwepwe, était à Madagascar en mars 2019 pour échanger avec le Président Rajoelina, alors à la tête de la Conférence des Chefs d'État et de Gouvernement de l'organisation. Il s'agissait notamment de donner des éclairages sur les projets dans les domaines de l'industrialisation, de la Zone de libre-échange numérique et de l'Économie bleue qui intéresse particulièrement les pays insulaires comme Madagascar.

On impose à une entreprise locale de fabriquer de la confiture avec une forte contenance en fruits alors que les Égyptiens se contentent d'arômes. L'industrie du savon est mise à mal par des produits importés bon marché fabriqués à base d'ingrédients d'origine hors Comesa. Paradoxalement, le Vita Malagasy tant décrié représente la bonne qualité sur ce type de marché. L'inexistence de grandes unités de production industrielle condamne la Grande Ile à mieux se positionner sur le marché. Le PIB de Madagascar représente toujours moins de 2% de celui du Comesa contre 44,7% pour l'Égypte.

Le PIB par tête au sein de la communauté est de 1 300 USD contre moins de la moitié pour Madagascar. Le Comesa planifie de supprimer toutes les barrières tarifaires et non tarifaires d'ici 2025, ce qui nous laisse quelques années ans pour améliorer notre compétitivité et réaliser les critères de convergence économique requis pour l'intégration régionale.

Plus de: L'Express de Madagascar

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