Madagascar: Diaspora - Les Mamans Gasy de France s'unissent pour s'élever ensemble !

Les Mamans Gasy de France (ou MGF), un réseau de trois mille trois cents mères de famille malgache vivant à l'étranger lancent ce mois-ci sur facebook « Oser Briller », un programme d'empowerment destiné à redonner plus de confiance à ses membres pour relever les défis du quotidien.

L a confiance en soi des femmes est un facteur d'accomplissement capital. Plus une femme a confiance en elle, plus il est facile pour elle de s'épanouir dans toutes les sphères de sa vie : dans son couple, dans l'éducation de ses enfants, dans son travail, dans ses relations sociales ... Un manque de confiance chez une femme n'est pas seulement un problème individuel. Cela l'empêche de prospérer personnellement mais sa communauté aussi en pâtit. Or, quand les femmes prospèrent, la société dans son ensemble prospère. La femme a un pouvoir économique quand elle travaille, un pouvoir sociétal quand elle éduque ses enfants et un pouvoir politique quand elle s'engage. Le développement des femmes est donc un réel enjeu pour la diaspora malgache.

Pour mieux comprendre ce nouveau programme « Oser Briller », partons d'abord à la découverte du réseau des Mamans Gasy de France avec ses 5 administratrices : Carole Andriamadison, Candice Kiady Rajery, Iris Fozara Randrianjafy, Marianne Razaf et Farasoa Bâtonnier.

Un groupe facebook de trois mille trois cents mamans malgaches vivant en dehors de Madagascar

Comme l'explique Carole Andriamadison, les mamans malgaches de France représentent plus de 90 % des membres. Mais des mamans de tous les continents les ont ensuite rejoints car elles ne trouvaient pas d'autres communautés virtuelles à laquelle s'identifier. Elles ont des membres qui vivent dans toute l'Europe, en Asie, en Afrique, aux Etats-Unis, au Canada ...

Trouver sa place dans une communauté virtuelle

Le groupe MGF est né d'un besoin qui n'était pas satisfait : trouver sa place dans une communauté virtuelle. « Des groupes de mamans, il y en a des centaines sur Facebook. Mais en tant que mamans malgaches vivant à l'étranger, nous ne nous sommes pas complètement reconnues dans les groupes de mamans françaises ou francophones. Il y a cette identité malgache que nous souhaitons transmettre à nos enfants, que nous ne retrouvons pas dans ces groupes-là.

De l'autre côté, il y a aussi de très bons groupes de mamans malgachess. Mais comme elles vivent majoritairement à Madagascar, nous nous sentons un peu en décalage avec certains sujets abordés, qui sont éloignés de nos préoccupations quotidiennes », constate Candice Kiady Rajery. C'est donc à partir de ce dilemme, ce besoin de concilier les cultures malgache et française dans leur vie quotidienne qu'elles ont décidé de créer un nouveau groupe pour des mamans mal-gaches qui leur ressemblent et qui partagent les mêmes préoccupations qu'elles.

Un réseau qui accompagne ses membres au quotidien

« Loin d'être un groupe facebook de plus où la diaspora se réunit pour discuter, le groupe MGF a repris les codes des réseaux féminins d'empowerment. L'empowerment, par définition, c'est encourager les femmes à prendre conscience de leurs capacités, à se sentir plus confiantes pour oser libérer leur plein potentiel et ainsi vivre pleinement. Notre mission collective est d'accompagner chaque maman malgache dans les défis qu'elle doit relever au quotidien en vivant dans un pays étranger, loin de sa famille, de ses amis et des repères culturels dans lesquels elle a grandi », explique Iris Fozara Randrianjafy. En effet, quitter son pays, c'est quitter sa famille et ses amis. On se retrouve alors dans un pays étranger dont on doit apprendre à connaître les codes culturels pour s'intégrer. Dans cette vie à l'étranger, il y a donc un besoin de concilier 2 cultures : la culture malgache qui leur tient à cœur, mais aussi la culture de leur pays d'accueil. Ces deux cultures étant différentes, les mères malgache en France se trouvent confrontées à un choc culturel.

Un choc culturel qui complique l'intégration

Ce choc des cultures, on le retrouve dans tous les aspects de la vie d'une maman gasy à l'étranger : au travail, dans les relations avec l'école, face à l'administration ...

Rompre l'isolement culturel

Quitter son pays, c'est d'abord quitter sa famille et ses amis. Bien sûr, les mamans gasy arrivent à créer un nouveau cercle d'amis grâce aux amis d'amis, au travail, à l'église, à l'école des enfants, aux voisins ... Mais il y a un réflexe commun à tous les immigrés auquel elles n'échappent pas. « Quand on se retrouve en minorité, c'est à dire avec très peu, voire pas du tout d'amis de même nationalité que nous dans notre cercle proche, on a un besoin humain et normal de se rapprocher de personnes qui nous ressemblent. Ne serait-ce que par le fait de parler la même langue maternelle. On a envie et besoin de parler malgache de temps en temps avec des amis. Et c'est là qu'intervient la première force du groupe MGF : il permet de rompre l'isolement culturel. Dans un groupe de trois mille trois cent mamans, on va forcément trouver des affinités avec au moins une personne, on va pouvoir poser des questions qu'on n'ose pas poser à ses amis français ou à notre famille restée à Madagascar. On a des chances de se sentir comprise par des femmes qui nous ressemblent et vivent les mêmes difficultés que nous » explique Marianne Razaf.

« On doit et on veut s'intégrer dans ce pays étranger, mais sans renoncer à notre identité malgache, les valeurs avec lesquelles on a grandi, la culture malgache qu'on chérit et qui fait partie intégrante de qui nous sommes »

Le premier réseau d'empowerment féminin de la diaspora

La deuxième caractéristique des MGF, qui rend ce groupe unique, c'est que dès le début, les administratrices ont voulu en faire un réseau d'empowerment féminin.

Contrairement à la plupart des groupes de mamans, les su-jets de discussion ne tournent pas qu'autour de la parentalité. Les administratrices ont toujours souhaité que les sujets soient ouverts à tous les autres aspects de la vie d'une femme : son épanouissement personnel, sa place dans la société ... mais aussi sa carrière et ses ambitions personnelles. Et pour bien vivre tous ces aspects, leur souhait était que les MGF puis-sent s'entraider en s'élevant ensemble.

Selon Farasoa Bâtonnier : « Comme beaucoup d'immigrés, les mamans malgaches de France ont un jour quitté leur pays d'origine parce qu'elles aspirent à un avenir meil-leur ailleurs. Elles ont des rêves pour elles, et surtout des rêves pour leurs enfants. Mais si elles ont quitté Madagascar, c'est parce qu'elles ont pensé que les conditions là-bas ne permettent pas la réalisation du projet de vie auquel elles aspirent, ni la réalisation des rêves ou des ambitions qu'elles nourrissent. Cependant, poursuivre un rêve seul est difficile quand on n'a pas toutes les connaissances ou les armes nécessaires pour aller au combat. Les choses sont plus faciles quand on a des alliés pour nous encourager, nous aider, nous apprendre ce qui peut nous être utile ». C'est dans cette dimension collective que la force des MGF puise tout son sens. Elles se placent dans une démarche collective de co-développement. C'est-à-dire que chaque membre est invitée à partager son expérience et ses conseils pour faire grandir les autres. Pour cela, elles s'appuient sur le bon sens : « si je rencontre un problème aujourd'hui, dans un groupe de trois mille trois cent membres, il y a forcé-ment au moins une MGF qui a déjà rencontré le même problème, qui a réussi à surmonter ce problème et qui peut donc m'aider à trouver la solution ». Elles ont la chance d'avoir des profils aux parcours très divers, c'est ce qui fait leur richesse.

Entretien avec Carole Andriamadison - Une ambition d'oser briller ensemble en 2021

Pourquoi inciter les MGF à « Oser Briller » ?

Nous constatons qu'en quittant Madagascar, les femmes malgache emmènent dans leurs bagages plusieurs croyances qui sont devenues limitantes. Par exemple le « fanetre-tena », qu'on peut même qualifier de « diso tafahoatra » : notre éducation nous apprend à être humble, à ne pas trop nous mettre en avant. C'est mal vu de parler de soi, de parler de ses succès. On a peur du jugement des autres. A cause de cela, les femmes malgache s'auto-censurent. Elles brident elles-mêmes leur propre potentiel. Cette attitude est un frein à l'évolution professionnelle des femmes en France, car la culture au travail exige qu'on soit visible pour réussir.

Ce n'est qu'un exemple, nous avons identifié d'autres freins comme celui-là qui compliquent l'intégration des femmes malgache en France. Ces freins nous empêchent de briller, de réussir à la hauteur de nos ambitions.

C'est pour cela qu'une fois par mois, à travers des Master Class (des conférences virtuelles en direct), nous invitons 2 MGF qui ont réussi à surmonter ces freins à venir proposer leurs solutions, pour inspirer les autres à oser faire la même chose.

Pouvez-vous nous parler un peu plus de ces freins ? D'où viennent-ils ?

Ce sont des bagages inconscients qu'on a emmené́ avec nous en quittant Madagascar. Un exemple parlant, c'est le sentiment d'infériorité que certaines d'entre nous peuvent avoir face aux « vazaha ». C'est un héritage de la colonisation, un traumatisme tellement fort qu'il a traversé des générations. Certaines femmes, alors même qu'elles sont très compétentes, peuvent ressentir des complexes face à leurs collègues lorsqu'elles intègrent le monde du travail, uniquement du fait de leur couleur de peau. Un autre exemple, c'est le respect des aînés qu'on nous enseigne dans la culture malgache. C'est bien sûr une très belle valeur, mais cela devient limitant quand elle vous empêche de parler d'égal à égal face à un collègue plus âgé, même s'il est de même niveau et statut social que vous.

On a du mal à se défaire de ces croyances parce qu'on peut avoir un sentiment de « trahir » les nôtres en voulant agir autrement que comme on nous a toujours éduqué ... Or, quand on les qualifie de « limitantes », c'est par rapport au nouvel environnement dans lequel nous devons nous intégrer. On ne dit pas du tout que ces croyances sont mauvaises et que nos parents ont eu tort de nous éduquer de cette manière. Mais nous faisons un constat : l'éducation don nous avons reçu à Madagascar explique certains freins qu'on peut rencontrer en France. Les codes culturels qui sont valables à Madagascar ne le sont pas tous forcément en France.

Or, si on a quitté́ Madagascar, c'est pour poursuivre un rêve pour nous et nos enfants. Mais il faut prendre conscience que ce que nous avons emmèné dans nos bagages de Madagascar ne nous rend pas suffisamment armée pour affronter la vie en France, et des fois même nous rend mal armée, ou nous dessert carrément ...

L'intégration est un sujet complexe car il faut faire la part entre ce qu'on doit garder de nos croyances héritées, car cela fait notre force et notre individualité́ en France ; et les croyances limitantes qu'il faut dépasser pour s'adapter dans notre pays d'accueil et réussir à réaliser notre rêve.

Comment ce programme peut-il aider les femmes à dépasser leurs limites pour oser se permettre de briller, puisque c'est votre ambition ?

Un de nos slogans dans les MGF est : « Ny vitako, vitanao, vitantsika ». Nous sommes convaincues par les vertus de l'exemple. Nous encourageons nos membres à faire des REX, des retours d'expérience sur : des expériences réussies, des victoires, des difficultés qu'elles ont réussi à surmonter, des expériences positives qu'elles ont vécues ... Ces REX sont sources d'inspiration car nous sommes des modèles les unes pour les autres. Si l'une de nous réussit quelque chose, elle ouvre une voie et les autres peuvent se dire qu'elles en sont capables aussi.

Tous les mois, nous invitons donc deux de nos membres à venir raconter la manière dont elles ont réussi à surmonter les fameux freins à l'intégration dont je parlais avant, pour que les autres puissent s'identifier et réussissent elles aussi à dépasser leurs propres limites.

Nous avons la chance de compter des femmes talentueuses, généreuses et intelligentes dans notre réseau. La mission des administratrices est de les encourager à raconter leurs parcours pour faire grandir les autres.

Notre 1ere Master Class du 2 avril par exemple avait pour thème : « Osons briller au travail ! Osons négocier comme jamais ! » Pendant une heure et demi, 2 mamans malgaches aux parcours professionnels remarquables ont expliqué comment elles ont dépassé certains freins que nous rencontrons toutes au moins une fois dans notre carrière en France. Et elles nous ont aussi donné les bonnes techniques pour négocier, car savoir négocier est une compétence indispensable à maîtriser tout au long de notre vie professionnelle. On doit pouvoir s'affirmer pour défendre ses intérêts si on veut évoluer. On ne peut pas se permettre d'être attentiste ou « miandry fa gasy ».

Cette première Master Class a été un succès. Elle a répondu aux attentes d'une grande majorité de nos membres puisque la conférence virtuelle a été vue par près de 1 900 mamans malgaches, en direct et en rediffusion. Les prochaines éditions mensuelles devraient susciter le même engouement car nous aborderons des sujets qui nous touchent au plus près : la carrière, l'éducation des enfants et notre épanouissement en tant que femmes.Grâce à ce programme, nous espérons que nos trois mille trois cent membres pourront se dire avec conviction : « Milay aho, Milay ianao, Milay isika ». La formule peut prêter à sourire et pour-tant elle traduit une réalité dont nous n'avons pas encore toutes conscience : chacune de nous a déjà toutes les qualités pour briller. Ce qui manque c'est un coup de pouce pour nous donner l'autorisation de briller. Et justement, l'ambition du programme « Oser Briller » c'est de créer le déclic pour que chaque maman malgache en France puisse lever ses freins intérieurs et se donner les moyens de réaliser ses rêves, pour elle, pour ses enfants et pour tous les membres de la diaspora malgache.

Depuis 7 ans, nous avons progressé collectivement de manière remarquable. Continuons à nous unir pour nous mener toutes vers le succès, sans jamais laisser aucune de nous sur le carreau. C'est de cette manière que la réussite individuelle nourrit la réussite collective.

« Grâce à ce programme, nous espérons que nos trois mille trois cents membres pour- ront se dire avec conviction : « Milay aho, Milay ianao, Milay isika ». La formule peut prêter à sourire et pourtant elle traduit une réalité dont nous n'avons pas encore toutes conscience : chacune de nous a déjà toutes les qualités pour briller. Ce qui manque c'est un coup de pouce pour nous donner l'autorisation de briller. »

Plus de: L'Express de Madagascar

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