Maroc: Ramadan et Covid-19 - Encore quelques sacrifices à faire

Rabat — Pour la deuxième année consécutive, les citoyens marocains s'apprêtent à accueillir le mois sacré du Ramadan au rythme de mesures restrictives visant à endiguer la propagation de Covid-19, un mal nécessaire puisqu'il s'agit de sacrifier des rites et des habitudes pour l'intérêt général.

En effet, le Ramadan, mois de piété et de consolidation des liens de l'Homme avec Dieu et avec ses proches, sera marqué cette année par la décision d'interdiction des déplacements nocturnes à l'échelle nationale de 20H00 à 06H00, sauf pour les cas exceptionnels, avec le maintien des différentes mesures préventives annoncées précédemment.

"Cela signifie que pour la deuxième année consécutive, le Ramadan sera terne et sans charme, sachant que ce mois sacré est connu par sa vie nocturne très animée, avec la prière des Tarawih, les visites familiales, les sorties entre amis...", regrette Abdelilah, un fonctionnaire qui semble résigné à l'idée de faire l'impasse sur tout ce qui caractérise cette période en termes de spiritualité et de convivialité.

Approché par la MAP, ce quadragénaire admet, toutefois, que l'enjeu sanitaire doit l'emporter sur tous les autres aspects, même si pour beaucoup, les sacrifices à consentir sont socialement affligeants et économiquement lourds de conséquences pour beaucoup de secteurs, comme c'est le cas des commerçant et des propriétaires et employés de cafés et restaurants, qui "naviguent désormais à vue".

Le constat ainsi fait résume un peu le dilemme qui entoure une telle situation, entre l'impérative d'agir d'une manière proactive pour ne pas dilapider les acquis engrangés dans la lutte anti-Covid, d'une part, et la nécessité absolue d'épargner certains secteurs déjà éprouvés par une année de pandémie et préserver les emplois qu'ils génèrent, de l'autre.

Sur cette question, l'État a fait le choix de la santé publique. La douloureuse décision de mettre la vie sociale sous cloche vise, d'abord, à garder et à renforcer le dispositif préventif en place, au regard de la forte mobilité qui caractérise le tissu social marocain pendant le Ramadan, d'après les explications fournies par le gouvernement.

Le mois sacré est marqué par la multiplication des visites familiales et la promiscuité dans les lieux publics, combinés à une insouciance qui commence à s'installer parmi les gens, ce qui pourrait en résulter une flambée des cas, à un moment crucial de la campagne de vaccination qui se déroule sous de bons auspices jusque-là. D'ailleurs, le relâchement constaté a sensiblement impacté la situation épidémiologique. Une autre raison ayant amené les pouvoirs publics à opter pour la prudence et la vigilance.

A ce propos, le coordonnateur du Centre national des opérations d'urgence de santé publique au ministère de la Santé, Mouad Mrabet a souligné, à la MAP, que la hausse du nombre de cas dans certaines régions du Royaume depuis quelques semaines a incité le gouvernement à restreindre les déplacements nocturnes pendant le mois de Ramadan, afin de juguler une nouvelle vague de transmission du virus.

Cette décision semble, d'ailleurs, recueillir le soutien de la communauté scientifique, à l'image du médecin et chercheur en politiques et systèmes de santé, Tayeb Hamdi, qui a, noté, dans une déclaration à la MAP, que ces mesures contribueront à éviter au Royaume la troisième vague de Covid-19 qui déferle sur l'Europe, et qui s'est révélée "forte, virulente et avec une vitesse de propagation rapide".

Reste que sur le plan social, des efforts sont à consentir pour alléger les répercussions de cette pandémie, surtout sur les catégories vulnérables. Cela renvoie au soutien financier accordé par l'État aux salariés touchés par les effets de cette pandémie.

D'après le ministre du travail et de l'insertion professionnelle, Mohamed Amekraz, ce sont 3.892.668 employés inscrits auprès de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) et exerçant dans les secteurs concernés qui ont bénéficié du soutien, pour un montant de 6.240.140.530 dirhams.

Tous les secteurs touchés ont été soutenus pendant la période du confinement sanitaire, a rappelé le ministre devant la Chambre des représentants, ajoutant qu'après le déconfinement, l'intérêt a été accordé à huit secteurs, parmi les plus touchés, dont le tourisme, qui a continué à être soutenu jusqu'à aujourd'hui après la prolongation décidée par le comité de veille économique.

Ainsi, la priorité doit être de combattre, chacun de son côté, cette pandémie, en observant strictement les consignes de distanciation sociale et précaution, afin de franchir ce tournant décisif avec le minimum de dégât et de retrouver, le plus tôt possible, une vie normale.

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