Sénégal: [Focus] Mode ou dispositif médical - Les lunettes, une tendance en vogue

13 Avril 2021

Les lunetiers qui ont fini de comprendre les enjeux financiers qu'englobe le marché de leur secteur combinent désormais à merveille correction de la vue et esthétique.

Ceintures, montres, lunettes... Samba Sall propose un peu de tout aux passants qui arpentent la principale allée du marché de Pikine. Il est midi. Le jeune homme au corps frêle et à la détermination de fer ne se laisse guère abattre par la teneur de la chaleur. Dans ce tas de marchandises, les lunettes attirent particulièrement l'attention. Plusieurs sont exposées. Elles prennent des formes aussi variées que diverses. Les prix ne sont pas fixes non plus, ils varient selon «l'esthétique, la forme et la marque», promet Samba. Toutes les bourses peuvent apparemment se servir. Les prix sont compris entre 1000 et 2000 FCfa, informe-t-il. Quid de la qualité ? Le vendeur souligne que ses lunettes bon marché ne représentent aucun danger pour les utilisateurs. Vrai ou faux ? En tout cas, ces pince-nez s'arrachent comme de petits pains, souligne Cheikh, un autre jeune vendeur installé sur la route nationale de Sicap Mbao. Agé de 26 ans, il dit s'adonner à cette activité depuis quatre ans. Ici, une palette de choix est à disposition. Moins chère sur les prix pratiqués, Cheikh observe une fourchette comprise entre 900 et 1500 FCfa, relève-t-il.

Augmentation de la myopie, vieillissement de la population, généralisation des supports connectés... Une multitude de facteurs explique le dynamisme du secteur de l'optique. La concurrence fait rage, et il est nécessaire pour les opticiens de se démarquer en proposant des concepts innovants. Cette nouvelle donne, Khadim, opticien qui tient boutique à Dieuppeul 2, l'a bien compris. Ce cinquantenaire, ancien immigré s'active dans la vente de lunettes depuis plusieurs années déjà. «Le défi des vendeurs est de proposer des lunettes de qualité à petit prix», souligne-t-il.

Dans le souci de fidéliser sa clientèle, il s'est ouvert à des partenaires italiens et canadiens. Ici, dans son échoppe est rangée une cinquantaine de modèles de lunettes de vue. En bon homme d'affaires, Khadim allie l'utile à l'agréable. Il suit à la lettre les dernières tendances et la mode qui vont avec le choix de la clientèle.

Marché en plein essor

«Les demandes affluent et le consommateur est devenu plus exigeant. Il veut des modèles chics, éthiques, parfois uniques, au design pointu et au prix juste», souligne-t-il. Khadim veille dès lors à intégrer cette « touche mode» qui manque souvent aux professionnels de l'optique. «Nous sélectionnons des modèles que d'autres ne choisissent pas. En plus de leur utilité, nous avons appris aux gens à aimer les lunettes comme un accessoire de mode. La quasi-totalité des clients qui entrent en souhaitant un conseil reviennent acheter chez nous», souligne-t-il. Ici, on repart avec une monture qui nous va vraiment, se réjouit-il.

Depuis quelques années, le marché de l'optique est en pleine mutation. Les lunettes font partie intégrante du décor. Ils sont partout : rayons du supermarché, boutiques d'optique et pharmacie. Il est toutefois essentiel de s'entourer des conseils d'un spécialiste avant de se procurer des lunettes. Les lunettes ne sont pas seulement un objet stylé, c'est aussi un dispositif médical. D'où la nécessité pour les usagers d'aller voir un spécialiste avant d'acheter des lunettes, recommande avec insistance Khadim. Il assure ne jamais délivrer ses lunettes sans que le client ait préalablement présenté une ordonnance.

La cherté des lunettes

Les lunettes ne sont plus seulement un dispositif médical qu'on achète en pharmacie ou dans des enseignes spécialisées, c'est un atour d'élégance. Avant les gens achetaient leurs lunettes de lecture, c'était juste pratique... Certains acteurs ont considéré qu'au contraire, ça devait être achat plaisir. Ils ont dès lors changé les règles du jeu, avec pour ambition de transformer les modes de consommation de lunettes de lecture, de soleil ou correctrices de vue. Cet intérêt croissant porté sur les lunettes aurait-il des répercussions sur les prix pratiqués ? Khadim assure pratiquer des «prix raisonnables». Ici, les lunettes coûtent entre 130 mille et 180 milles FCfa. Selon Cheikh Ndiaye, vendeur de lunettes chez un opticien agrée à Grand Yoff, le prix relativement élevé pratiqué sur les lunettes se justifie. «Il peut y avoir plusieurs intermédiaires dans le processus d'achat d'une paire de lunettes. Alors forcément cela a des répercussions sur le prix... notamment ceux qui ne disposent pas de mutuelle et l'assurance maladie prenant en charge une grande partie du prix». Les lunettes s'échangent ici entre 150 mille et 200 mille FCfa, informe-t-il. Aujourd'hui, la quasi-totalité des sociétés qui disposent de mutuelles de santé intègre le volet optique, souligne-t-il. Cela pourrait en partie, selon lui, expliquer l'accessibilité des lunettes.

Devant cette multitude de choix, les usagers se perdent. Des acteurs du secteur l'ayant compris choisissent de travailler la finition pour créer des montures uniques : «C'est une façon pour nous de rendre le produit en le rendant plus créatif, plus orignal», souligne Cheikh Ndiaye. Si l'opération séduction aux lunettes marche, c'est parce que la plupart des nouveaux acteurs sont issus de secteurs très différent de l'optique. Ils ont apporté un souffle nouveau, avec des outils marketing jusque-là réservés à la mode ou la beauté. C'est le cas de Fatou Ba. Sa boutique se trouve à Liberté 6. Cette femme qui a fait des études en Marketing s'est spécialisée dans la vente de lunettes tendance. Les lunettes qu'elle propose répondent avant tout aux exigences esthétiques des clients. «Un design pointu, des matières innovantes», voilà comment les nouveaux acteurs de l'optique s'appliquent à transformer notre vision des lunettes. La fourchette des prix varie. Elle part de 15 mille à 40 mille FCfa, selon la gestionnaire.

Le design, au cœur de la demande

Les demandes et les besoins varient selon les interlocuteurs, certains ont besoin de verres correcteurs comme les verres progressifs, d'autres rechercheront les dernières tendances et les plus belles marques de montures comme Ray Ban, Police, Dior, Chanel, Prada, Armani... L'opticien étant habitué à choisir les montures en fonction du visage, de l'âge et du style, il ne peut y avoir meilleur interlocuteur que lui, souligne Khadim. «Sachez cependant qu'ouvrir un magasin d'optique n'est pas chose facile. En effet, si les banques peuvent vous octroyer un emprunt pour financer une partie des achats du matériel et du stock, celles-ci vous demanderont néanmoins de disposer d'un minimum d'apport personnel», souligne-t-il.

Le commun des hommes a longtemps considéré les lunettes comme une prothèse hors de prix. Malgré les alertes des ophtalmologues, il a fallu attendre l'émergence des classes moyennes pour voir que les lunettes solaires ne sont pas qu'un accessoire. Cheikh Faye est un jeune cadre dans un ministère. Spécialisé en comptabilité, le jeune homme passe ses journées à manier des chiffres, de surcroit devant un écran. «Au tout début, je m'étais procuré des lunettes juste par souci de prévention», relève-t-Il. Sur recommandation d'un de ses collègues, il est parti un voir un spécialiste qui lui a prescrit des lunettes conformes à son statut. Ces lunettes sont relativement chères, souligne-t-il 105.000 FCfa, mais sont vraiment de qualité, reconnait-il. Un gigantesque marché s'est ouvert pour les acteurs du secteur. Pour corriger la vue ou la conférer un certain confort, les opticiens mettent à disposition des clients une large gamme de lunettes de vue, de montures, de lunettes de soleil, de lentilles de contact... Ces lunetiers qui ont parfaitement compris les enjeux financiers qu'englobe ce marché savent combiner la correction de la vue et esthétique.

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