Ile Maurice: Vol de vieilles pierres - Pour un contrôle à l'instar de la ferraille

C'est un vol qui a choqué plus d'un. Celui des pierres taillées des marches de l'église Notre Dame du Rosaire à Quatre-Bornes, entre le lundi 5 et le mardi 6 avril. Un édifice religieux situé à côté du collège de Lorette. Outre l'aspect sacrilège de piller un édifice religieux - en plein confinement - et même si ces pierres ont pu être retrouvées, se pose la question de la protection du patrimoine bâti.

Les pierres de Notre Dame du Rosaire ne sont que les dernières victimes en date d'une très longue série de vols. De la Citadelle en passant par le Moulin à Poudre à Pamplemousses, sans oublier d'autres victimes innocentes et silencieuses telles que la Batterie l'Harmonie à Rivière-Noire, le pont Bain des Négresses à Souillac ou encore le vieux cimetière de Saint-Julien, aucun édifice n'est véritablement à l'abri. Qu'il soit classé patrimoine national ou pas.

Que des individus sortent pendant le confinement pour voler des pierres cela montre «implicitement que les gens attachent de la valeur aux pierres taillées», constate Thierry Le Breton, de l'association SOS Patrimoine en péril.

Valeur réelle au patrimoine

Ce nouveau vol ne «veut pas dire que les gens ne comprennent pas ce que c'est que le patrimoine, mais au contraire, qu'ils en évaluent très bien le potentiel puisqu'ils se livrent à du trafic de pierres taillées».

Ce sont, affirme-t-il, «les autorités qui ne veulent pas accorder sa valeur réelle au patrimoine». Alors que larcin en plein confinement confirme si besoin est qu'il y a bien un marché pour ces pierres taillées. Et que les individus qui ont grignoté les marches de l'église ont répondu à une demande de ce marché.

«Ce sont souvent des amateurs de vieilles pierres qui achètent celles qui ont été volées. Le problème, ce n'est pas tant les voleurs, mais ceux qui vont acheter les pierres et qui encouragent davantage le trafic et donc la destruction du patrimoine historique».

Marché de dupes

Thierry Le Breton déplore le «marché de dupes». Avec d'une part les trafiquants et les acheteurs, «où il y a des millions qui circulent». Et, d'autre part, l'absence de surveillance, de contrôle et de lois adéquates pour protéger les vieilles pierres. «Il y a un vide juridique. On ferme les yeux et on laisse courir ce drame permanent qu'est la destruction de notre patrimoine. L'État ne veut pas structurer le modèle économique du patrimoine.» Des amendements à la National Heritage Fund Act maintes fois annoncés (avec plusieurs versions préparées et retravaillées) sont attendus de longue date.

Permis, contrôle et traçabilité

Le responsable de SOS Patrimoine en péril plaide notamment pour des réglementations, «comme celles mises en place pour le marché de la ferraille». Notamment en accordant des permis pour transporter la ferraille et contrôler l'exportation.

«Cela fait dix ans que nous demandons cela au niveau de SOS Patrimoine, sans succès.» Que les vendeurs de pierres taillées soient tenus de montrer les origines et la traçabilité des pierres, ainsi que leur destination. «Sans toutes ces règles, les pierres tournent comme des marchandises indéterminées. Alors que ce sont des morceaux d'édifices qui relèvent de l'histoire.»

Autre élément qui, selon Thierry Le Breton, n'a pas encore été compris: «Ce qui vaut le plus du point de vue du patrimoine ce n'est pas juste la pierre quand elle est vieille, mais l'édifice auquel elle appartient.»

Démonter un bout d'un édifice ayant une histoire, c'est faire disparaître cet édifice et, avec lui, «une mémoire, un tissu urbain et géographique». Parce que quand cette pierre taillée est «chez Notre Dame du Rosaire, cela appartient au bien commun, tout le monde en profite. Chez un particulier, c'est un accaparement du patrimoine. La pierre n'a pas la même valeur que quand elle est chez Notre Dame du Rosaire.»

Eddy Coosnapen : «Il y a des choses auxquelles on ne touche pas»

Dénouement rapide à Notre Dame du Rosaire. Les pierres volées servant de marches à l'église, ont été non seulement retrouvées chez un receleur, mais elles ont également retrouvé leur place initiale en bordure de route. Eddy Coosnapen, le curé de la paroisse, confirme que les pierres ont été mises en place jeudi 8 avril.

S'il ne cite pas de chiffres concernant les travaux pour la remise en ordre, le curé affirme qu'il y a «de la générosité au niveau du maçon». D'autant plus que c'est un travail, «délicat».

Des 12 pierres retrouvées, l'une d'elles ne correspondait pas en termes de dimension. «Il a fallu retourner chez le receleur pour retrouver la bonne pierre», confie-t-il. Des pierres «vendues à Rs 200 l'unité alors qu'elles valent Rs 2 000».

La paroisse a-t-elle pris des mesures de sécurité supplémentaires ? Eddy Coosnapen précise que des caméras de surveillance quadrillent déjà tout le périmètre de l'église, ainsi que l'intérieur de l'édifice. «Mais légalement, nous n'avons pas le droit de filmer la rue. On filme chez soi. C'était impensable que quelqu'un vienne voler des pierres qui donnent sur la rue.» Le comble, explique le curé, c'est que ce vol a eu lieu «à 10 heures du matin, alors que je célébrais la messe en direct sur Facebook». Et s'il y avait bien des passants dans la rue à ce moment-là, «personne ne s'est dit que c'était un vol, croyant peut-être qu'il y avait des travaux».

Ce vol a cependant eu pour effet de renforcer la solidarité. «Cet acte a exaspéré les gens, toutes confessions confondues. Les voisins de l'église nous ont aidés. Tout le monde est unanime : il y a des choses auxquelles on ne touche pas.»

Plus de: L'Express

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