Afrique: Le continent doit renforcer son système de vaccination pour éliminer la rougeole

Une petite fille est vaccinée contre la rougeole dans la province de Merawi en Éthiopie (archive)
14 Avril 2021

« Les Etats de l'Afrique de l'Ouest doivent investir énormément et de manière soutenue dans leurs systèmes de vaccination et déployer des stratégies innovantes qui garantissent que les enfants des régions touchées par les conflits et difficiles à atteindre aient accès aux vaccins.

Telle est la solution que propose Oghenebrume Wariri, chercheur à l'unité MRC de la London School of Hygiene and Tropical Medicine, en Gambie, aux pays d'Afrique de l'Ouest qui, dans leur immense majorité, n'ont pas atteint les objectifs de contrôle et d'élimination de la rougeole pour 2015 et 2020.

Il ajoute que le succès de cette stratégie « passe par un dialogue avec les communautés sur la question de la méfiance à l'égard des vaccins ».

Oghenebrume Wariri est l'auteur principal d'une étude dont les résultats ont été publiés au mois de mars 2021 dans la revue The Lancet Global Health sur l'état des lieux de la lutte contre la rougeole en Afrique de l'Ouest.

Une étude qui constate qu'il y a eu une réduction de 66% de l'incidence annuelle de la rougeole, ainsi qu'une diminution de 73% de la mortalité annuelle due à la rougeole ; et que 23,3 millions de décès dus à la cette maladie ont été évités entre 2000 et 2018.

Les chercheurs ont également constaté que 11 pays sur 15 (73%) avaient déjà introduit la deuxième dose du vaccin contre la rougeole en décembre 2019 et que 66% des enfants avaient reçu la première dose de ce vaccin en 2019 contre 45% en 2001.Pourtant, en dehors de la Gambie, du Ghana et du Cap-Vert, les 12 autres pays[1] de la région ne sont pas sur la bonne voie pour éliminer cette maladie.

En effet, l'étude estime à presque 4,6 millions le nombre d'enfants âgés de 12 à 23 mois (dont 71% au Nigeria) qui, jusqu'en 2019, n'avaient pas reçu la première dose du vaccin.

Interrogé par SciDev.Net, Oghenebrume Wariri explique ces contreperformances par un ensemble de facteurs. « Premièrement, bon nombre de systèmes de santé de ces pays sont faibles, ce qui signifie que les établissements et services de santé ne sont pas disponibles pour les personnes qui en ont le plus besoin », dit-il.

La deuxième raison qu'il avance est que certains de ces pays comme le Nigeria et le Mali sont aux prises avec des conflits armés depuis plus d'une décennie. Ce qui rend difficile la distribution de vaccins.

Sous-investissement

Il cite ensuite le sous-investissement « chronique » dans les systèmes de vaccination par le gouvernement de ces pays qui comptent sur le financement des donateurs internationaux pour cela.

Enfin, « avec la flambée d'autres maladies infectieuses, tous les efforts visent généralement à enrayer ces flambées, ce qui détourne l'attention de l'élimination de la rougeole », indique Oghenebrume Wariri.

L'étude qui conclut que la rougeole va continuer d'être endémique en Afrique de l'Ouest arrive au moment où sévit une épidémie en République démocratique du Congo (RDC) avec plus de 13 000 cas enregistrés depuis le 1er janvier 2021, d'après Médecins Sans Frontières (MSF).Catherine Bachy, conseillère en vaccination au département médical de MSF à Bruxelles, estime que la RDC est dans une condition pire que celle de la plupart des Etats de l'Afrique de l'Ouest qui ont fait l'objet de cette étude.

Car, dit-elle, l'introduction de la deuxième dose du vaccin contre la rougeole n'est pas encore effective dans ce pays.

« Il reste aussi une proportion élevée d'enfants qui n'ont même pas reçu la première dose du vaccin parce qu'ils sont dans des zones d'accès difficile où dans des zones où règne l'insécurité », indique-t-elle.

Une situation qui n'est pas sans conséquences. « Entre 2018 et 2020, la plus grande flambée jamais enregistrée dans le pays avait fait des ravages. En à peine deux ans, plus de 460 000 enfants avaient contracté la maladie et près de 8 000 y avaient succombé », rapporte MSF dans un communiqué de presse publié début avril 2021.

Couverture vaccinale

« La rougeole étant la maladie la plus contagieuse au monde, il faut atteindre une couverture vaccinale supérieure à 95% idéalement avec deux doses pour arriver à arrêter sa transmission », fait savoir Catherine Bachy qui relève au passage que cette couverture est estimée à seulement 57% en RDC.

Elle rappelle que la première dose du vaccin est recommandée à l'âge de 9 mois et la deuxième un peu plus tard.

« Mais, une dose supplémentaire est donnée en période d'épidémie à l'âge de 6 mois, suivie de la première dose à 9 mois et de la deuxième dose ultérieurement », précise-t-elle.

Catherine Bachy insiste sur l'importance de cette vaccination dans la mesure où il n'existe pas de traitement spécifique contre la rougeole comme c'est le cas pour pratiquement toutes les maladies virales.

Cette dernière fait par ailleurs savoir que la réponse immunitaire de l'organisme à la rougeole provoque une sorte d'effacement de la mémoire immunitaire qui rend l'enfant vulnérable à d'autres maladies, y compris celles contre lesquelles il est vacciné.

Dès lors, « le risque de mortalité est plus élevé des années après la maladie chez les enfants qui ont fait la rougeole que chez ceux qui n'en ont pas souffert », conclut la chercheure.

Références

[1] Bénin, Burkina Faso, Côte d'Ivoire, Guinée, Guinée Bissau, Liberia, Mali, Niger, Nigeria, Sénégal, Sierra Leone, Togo.

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